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LA MONTÉE DU MONT CARMEL
mier en deux manières. Premièrement au regard des autres. Car quand ces hommes-là veulent faire quelque miracle hors du temps et sans nécessité, ils tentent Dieu; ce qui est assurément un grand crime. Et parce que l'effet ne répond pas à leurs désirs, ceux qui sont témoins de ce manquement de prodige, ou qui en sont informés, diminuent la force de leur foi, et quelquefois même ils la méprisent. Car quoique l'affaire réussisse quelquefois selon les vœux de ces gens-là, Dieu le voulant ainsi pour des raisons particulières, comme il permit que li magicienne que Saùl consul la fit paraître l'âme de Samuel, si toutefois c'était soriâme(Iiîe<7.,XXVlII, 11, 12), néanmoins il arrive Irès-souvent quelesuccès n'est pas égal en loules choses: et si d'aventure ils obtiennent ce qu'ils prétendent, ils ne sont pas exempts d'erreur et de faute, puisqu'ils emploient ces dons gratuits eu sortant des bornes de leur devoir.
Secondement, ils peuvent recevoir une perte très-importante, qui est la privation du mérite de la foi, parce que l'estime qu'ils fout do ces signes extraordinaires les détourne de la pratique essentielle de la foi, qui est d'elle-même obscure. De là vient que plus il y a de merveilles qui concourent à faire croire, moins il y a de mérite, à donner sa créance ; car la foi , dit saint Grégoire, est vide de mérites, lorsque la raison humaine et l'expérience lui servent de preuve [Greg., homil. 20, in Evang.). C'est pourquoi Dieu n'accorde aux hommes des miracles que quand ils sont nécessaires pour les engager à croire, ou pour avancer la gloire de son saint nom, ou pour d'autres fins très-saintes , que ses fidèles serviteurs se proposent en ces rencontres. De peur aussi que ses disciples ne perdissent le mérite de la foi, s'il les eût convaincus de sa résurrection par des preuves tirées de la raison et de l'expérie-'Hi», il fit plusieurs choses miraculeuses avant que de paraître a leurs yeux en sa vie glorieuse, afin que, sans le voir, ils crussent qu'il était ressuscité. 11 montra d'abord à Marie-Madeieine son tombeau vide; ensuite il commanda aux anges de lui déclarer ce mystère, parte que, dit saint Paul, la foi vient 'Je l'ouie, afin qu'elle le crût avant qu'elle en eût de ■ preuves car la vue. Lors même qu'elle le vit , ce ne fut que sous la figure d'au jardinier, afin que la ferveur que la présence du Sauveur lui inspirerait, achevât d'affermir et de. perfectionner sa créance, qui était au commencement un peu faible et imparfaite: (Juan., XX, fi; Rom., X.17; Matlh., XXVHl, ï, 2; Lue, XXIV, 25, 32). Il fit aussi annoncer par des femmes sa résurrection aux apôtres, qui coururent ensuite voir le sépulcre de leur divin Maître. El lorsqu'il se joignit aux disciples qui allaient au bourg d'Emmaiis, il enflamma leurs cœurs d'une extrême ardeur, avant que de se découvrir à eux; il reprit epfin ses apôtres et ses disciples, tous ensemble, de ee qu'ils n'avaient pas ajouté foi au témoignage de ceux qui leur avaient donné des assurances de sa résurrection. Il fit le même reproche à saint Thomas, qui voulut se convaincre de ce mystère par l'attouchement de ses plaies, et il l'instruisit de son devoir par ces paroles consolantes : Heureux ceux qui croient, quoiqu'ils riaient pas vu (Joan. , XX, 29 . Ces rémarques prouvent que Dieu n'agrée pas toujours que les hommes le prient de faire des miracles, ni qu'ils désirent des choses extraordinaires. Si bien qu'il blâma les pharisiens de ce que, s'ils ne voyaient des prodiges, ils ne croyaient pas (Joan., IV, 48). De sorle que ceux qui se font un plaisir de voir ces œuvres surnaturelles affaiblissent leur foi et le mérite de cette vertu.
Le troisième dommage, qui vient de la satisfaction que ces miracles apportent, c'est la vainc gloire et la complaisance : elles gâtent l'esprit et le cœur de ceux qui succombent à leurs atteintes; car ce plaisir, lorsqu'on ne le renferme pas loul en Dieu, n'est que vanité, comme le montre la réprimande que Jésus-Christ fit à ses apôtres, qui se