‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 254 sur 448 · CHAPITRE TRENTE-CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE-CINQUIÈME

On continue à parler des saintes images, et on montre quelle est Viqnorance de quelques-uns sur ce sujet.

L'ignorance de quelques-uns en cette matière est si déplorable , qu'ils ont plus d'amour pour quelques images, à cause de leur figure, ri qu'ils y mettent plus leur confiance qu'en quelques autres. C'est sans doute ne pas bien connaître ce qui regarde le culte et l'honneur de Dieu, lequel, au reste, considère sur toutes choses la foi et la pureté de cœur de celui qui lui fait ses prières.

11 est vrai qu'il gratifie les hommes de ses bienfaits plutôt en un lien OÙ l'on rend de l'honneur à une image, qu'en un autre où une image de même espèce est honorée ; mais il en use ainsi pour donner occasion aux hommes d'accompagner leur dévotion d'une ferveur plus ardente , ou pour réveiller leur piété lorsqu'elle est tombée dans la langueur. C'est la fin qu'il se propose et l'effet qu'il produit, lorsqu'il f;iit des miracles dans de certains endroits, où les fidèles vont offrir leurs tœux au ciel à la vue des images sacrées que leur culte particulier rend célèbres dans le christianisme. Leur foi en Dieu, leur confiance en sa bonté, leur singulière dévotion envers les saints que ces images représentent , et leurs prières continuelles, soutenues de l'intercession des bienheureux , obtiennent de Dieu ces prodiges extraordinaires , dont toute la gloire revient au Créateur et à ses saints.

C'est pourquoi il ne faut point faire de réflexion sur les images d'une beauté plus exquise , pour s'y fier davantage qu'à celles qui ont moins d'art et d'agrément : ce serait une stupidité signalée ; mais on doit se borner à celles qui portent plus sensiblement le cœur à la dévotion. C'est vraisemblablement le dessein que Dieu a pour purifier la piélé des fidèles. Il fait d'ordinaire ces opérations miraculeuses plutôt dans les lieux où l'on garde avec vénération des imagos ou des peintures sacrées d'un art commun et simple , qu'en ceux où les ouvrages donnent de l'admiration aux plus- habiles en celte profession , tant il veut nous empêcher d'attribuer quelque effet à l'excellence de ces sacrées figures. II emploie même souvent en ces effets extraordinaires, les images les plus éloignées du concours des hommes , et les plus cachées dan6 les lieux solitaires. Premièrement, afin que le désir de faire ces saints pèlerinages, et la longueur du chemin enflamment davantage la dévotion. Secondement , afin que ces voyageurs, étant délivrés du bruit du monde, fassent leurs prières , à l'exemple de Notre-Seigneur, avec plus d'attention et de respect. De sorte que ceux qui voudront visiter ces saints lieux , feront bien d'y aller seuls, quoique ce fût peut-être hors du temps qu'on a coutume de les fréquenter. S'ils y vont en compagnie, ils en reviendront ordinairement plus dissipés et moins dévols. Ce serait encore un plus grand mal . si quelqu'un entreprenait ces voyages plutôt pour se divertir que par dévotion : alors la foi et la piélé lui manquant, les images les plus dévotes et les plus touchantes lui seraient très-inutiles. N'est-ce pas ce qu'on a vu autrefois parmi les Juifs? Pouvait-on avoir dans le monde une image plus divine que le Sauveur? Néanmoins , tous ceux qui n'avaient pas la foi, quoiqu'ils fussent témoins de ses miracles, n'en tiraient aucune utilité, et ce fut la raison, dit un évangélisle (Luc., IV, 23. 24), pourquoi il ne fit rien d'extraordinaire en son pa\<.

11 me semble qu'il est à propos de rapporter encore ici quelques effets surnaturels que ces images, comme instruments de Dieu, font dans

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certaines personnes particulières. Dieu attache à ces figures sacrées je ne sais quel attrait , je ne sais quelle onction douce et pénétrante, qui fait une si forte impression dans l'âme, et qui inspire une dévotion si tendre, que les espèces en demeurent aussi présentes dans l'imagination et dans la mémoire, et les sentiments en sont aussi vifs dans le cœur, que si elles étaient continuellement exposées à la vue : néanmoins leur activité n'est pas toujours égale; et leurs effets sont quelquefois plus grands, quelquefois plus petits. Il y a cependant d'autres images d'une excellence singulière, sur lesquelles Dieu ne répand pas celte force et cette douceur divine.

De plus, on en voit plusieurs qui sentent plus de dévotion pour certaines images, à cause de leur air, que pour d'autres qui sont de différents caractères/quoique rares. Ils s'y plaisent davantage, quoiqu'elles ne soient pas des plus régulières, et ils en sont frappés, comme quelques-uns trouvent plus d'agrément en un visage qu'en un autre, qui sera néanmoins peut-être mieux tourné. Cependant ces sentiments pieux ne sont à proprement parler que des mouvements naturels de cœur, et que des affections que la compleiion de ces gens-là et leur penchant à une figure plutôt qu'à une autre, excitent en leur âme. Ain>.i plusieurs personnes se peuvent tromper en prenant pour un effet de piété ce qui n'est qu'une production de nature.

Quelques-uns aussi regardant fixement une image, la voient remuer, ou changer de visage, ou faire quelque signe, ou parler. Encore qu'il soit vrai que Dieu fait quelquefois ces effets surnaturels, soit pour augmenter la dévotion des fidèles, soit pour donner quelque appui sensible aux âmes faibles en la vertu, soit pour attacher l'imagination à quelque objet, et pour empêcher les distractions qui interrompent les prières : néanmoins le démon est souvent l'auteur et l'ouvrier de ces changements extraordinaires, afin de jeter dans l'erreur les gens simples qui donnent facilement dans ces pièges. C'est pourquoi nous apporterons dans le chapitre suivant les remèdes nécessaires pour guérir un mal si dangereux.

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