LIVRE III. CHVPITRR XXXVII
qui sera suffisante pour éviter les pertes spirituelles qu'on reçoit do l'usage mal entendu dis images. Cette perte n'est autre chose que l'obstacle ou le retardement que l'âme souffre quand elle veut aller promptecient à Dieu, ou la manière imprudente et grossière de se servir des images en ses dévotions, ou les tromperies qui s'y glissent et dans lesquelles le prince des ténèbres la précipite. C'est encore pour lui apprendre à purifier le contentement que la volonté y goûte, et à le sacrifier au Seigneur, comme l'Eglise le prétend et comme elle l'exige des chrétiens. Cette instruction consiste à considérer que le fruit que nous devons recueillir des saintes images, est de nous exciter à nous ressouvenir deschosesinvisibles ; c'est-à-dire, deDieu etdes bienheureux, desorteque nous y attachions notre cœur, que nous y mettions notre joie, et que nous ne cherchions que le culte de ceux qu'elles nous expriment. C'est pourquoi chaquefidèledoituserdecetlecirconspeclion : aussitôt qu'il aurajetéles yeux sur une image rare ou commune, propre à lui donner unedévotion sensible ou spirituelle, il ne s'en laissera point toucher les sens ni le cœur; mais après lui avoir rendu l'honneur qu'il lui doit selon les règles de l'Eglise, il élèvera son esprit, sa pensée et son affection à l'objet qu'elle représente, afin que sa volonté mette toute sa tendresse et toute sa satisfaction en Dieu, ou dans le saint dont il implore le secours, et qu'elle s'occupe de la dévotion et de la prière qui lui conviennent en cette rencontre. De celte façon il ne prendra pas la copie morte pour l'original vivant, ni le corps peint pour l'esprit réel, ni la figure matérielle pour l'objet spirituel qu'elle signifie. Rien aussi ne le trompera ; rien ne l'empêchera d'aller à Dieu avec toute la liberté de son cœur et de ses sentiments. Ainsi les images qui influeront par une vertu surnaturelle en sa piélé, le feront alors plus efficacement, puisqu'il portera tout son amour à Dieu sans retardement et sans résistance. Dieu n'accorde jamais ces faveurs extraordinaires, qu'en tournant l'affection et la joie de la volonté, vers les objets invisibles que les images nous figurent. Ce qui s'accomplit lorsque nous détruisons les forces et la vigueur de nos puissances, à l'égard de toutes les choses, tant celles que nous voyons, que celles qui sont hors de la portée de nos yeux.