‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 257 sur 448 · CHAPITRE TRENTE-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE-SEPTIÈME

Suite du discours des choses qui nous excitent au bien. On parle aussi des oratoires et des autres lieux destinés à la prière.

Je crois avoir montré assez clairement que l'homme spirituel qui

goûte sensiblement la douceur que les images sacrées lui causent, %&

commet une imperfection très-grande et peut-être plus dangereuse *"*

que le défaut où l'attachement aux autres choses corporelles et passa- %^ gères nous fait tomber. Je dis peut-être plus dangereuse ; car ceux qui

s'affectionnent aux images . les regardant comme des objets pieux et £*;

saints, ne craignent pas de s'en faire un bien propre par des mouve- | S

menls de cœur purement naturels. De sorte qu'ils se trompent souvent jf^ eux-mêmes , s'imaginanl qu'ils sont parvenus à une excellente dévo- '/ *#

tion, parce qu'ils sentent des goûts et des consolations particulières. Sj|

Mais après tout la nature et l'inclination agissent alors plus réellement *=<*

que la grâce et l'onction divine. * \\

De là vient, pour commencer à parler des orato'res , que quelques- jms uns amassent toujours de nouvelles images pour orner leurs oratoires, et qu'ils ne se lassent jamais de les arranger, tantôt d'une façon, tantôt

d'une autre, afin que ces lieu x de dévotion soient mieux parés et pa- $£%

raissent plus agréables à la vue. Néanmoins ces différents arrangemects *>* pas que ces gens curieux aiment Dieu davantage; au

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LA MONTÉE DU MONT CARUEL

conlraire, ils l'en aiment quelquefois moins, parce qu'ils donnent à un ajustement de peintures l'amour qu'ils doivent à la majesté divine et tux esprits bienheureux.

C'est bien une vérité constante dans l'Eglise , que tout l'ornement dont on enrichit les images sacrées, et toute la vénération qu'on a pour elles, sont peu de chose en comparaison de ce qu'elles méritent. Voilà pourquoi il y a sujet de blâmer ceux qui les gardent avec peu de respect et de bienséance. Les ouvriers aussi qui les font si grossièrenienl, qu'au lieu de réveiller la dévotion elles l'eloulTent , sont blâmables, et on devrait leur défendre de s'occuper à ces sortes d'ouvrages. Mais cela n'a rien de commun avec l'affection déréglée que vous avez pour ces parures si recherchées et si préjudiciables à votre âme, qu'elles vous éloignent de l'union de Dieu et de l'oubli de toutes les choses créées. Si vous manquez en cela, non-seulement Dieu n'agréera pas ce que vous ferez alors , mais il vous punira de ce que vous y cherchez plutôt votre contentement que son bon plaisir. Vous pouvez vous persuader cette vérité, par les sentiments qu'eut Jésus-Christ le jour de son entrée à Jérusalem. Tout le monde alla au-devant de lui, on le reçut avec de grands cris de joie ; on n'épargna rien pour l'honorer. Néanmoins il pleura, parce que plusieurs d'entre les Juifs, qui lui donnaient de si belles démonstrations de respect et d'amitié, en avaient dans l'âme une extrême aversion , selon ces paroles de l'Ecriture : Ce peuple m'honore des lèvres, mais il a le cœur beaucoup éloigné de moi (Matih., XV, 7, 8). Ainsi on peut dire que les Juifs faisaient celle fête plutôt pour eux-mêmes que pour Notre-Seigneur. On remarque aujourd'hui le même dérèglement en plusieurs chrétiens (Mattk. , XXI , 8, 9). Ils vont aux solennités publiques plutôt pour voir ce qui s'y passe, ou pour être vus eux-mêmes , ou pour faire de grands repas avec leurs amis, ou pour prendre d'autres divertissements, que pour servir Dieu et pour signaler leur piété. Des inclinations et des intentions si sensuelles sont assurément désagréables à la Majesté divine. Ceux-là lui déplaisent aussi, qui mêlent dans leurs fêles des choses ridicules et propres à faire rire le peuple et à le distraire, ou qui s'appliquent plus à lui plaire par des embellissements magnifiques, qu'à lui inspirer de la piété (Exod. , XXXII, o, G). Mais que dirai-je de ceux qui ne regardent dans ces saintes célébrités que leurs commodités particulières, et qui les ménagent plus soigneusement que le service de Dieu? Ils peuvent cacher aux hommes leurs desseins ; mais Dieu voit le fond de leur cœur. Cependant de quelque manière qu'ils se comportent, c'est plus pour leur utilité cl pour leur plaisir qu'ils solennisent ces jours, que pour la gloire et le contentement de leur Créateur.

Aussi Dieu ne compte pas pour son culte les fêtes qu'on célèbre pour se satisfaire soi-même, ou pour contenter le monde : bien loin de les agréer, il châtie quelquefois ceux qui n'y regardent que leur consolalion. L'Ancien Testament et le Nouveau nous en fournissent des exemples. Les Israélites chantèrent des hymnes et firent d'autres réjouissances à l'honneur de leur idole, se persuadant qu'ils procuraient de la gloire à Dieu : mais Dieu lit éclater sa colère contre eux par la mort de vingt-trois mille do ces rebelles. Il priva de la vie les deux fils d'Aaron, Nadab et Abiu, qui se servirent d'un feu profane pour lui offrir de l'encens (Lévit., X, 1 , 2). Il fit enfin jeter dans les ténèbres extérieures, pieds et mains liés, celui qui était entré dans la salle des noces sans avoir de robe nuptiale [Matth., XXII, 12). Ce qui montre que les irrévérences qu'on commet contre son service en ces sortes d'assemblées , l'irritent extrêmement. Hélas ! mon Dieu, combien de fêtes les hommes célèbrent-ils, où le démon a plus de part que vous! N'est-ce pas là où ce malin esprit, semblable à un marchand , exerce

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