‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 259 sur 448 · CHAPITRE TRENTE-HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE-HUITIÈME

Comment il faut se servir des églises et des chapelles pour conduire

Fesprit à Dieu.

Pour conduire l'esprit à Dieu par ce genre de bien , il est expédient de permettre à ceux qui commencent de s'adonner à la vertu, de prendre quelque plaisir sensible dans les images , dans les chapelles, dans les oratoires et dans les autres choses visibles et consacrées à la piété , parce qu'ils ne se sont pas encore assez sevrés des douceurs du monde, pour renoncer à toutes sortes de satisfactions. Il en faut user avec eux comme avec un enfant à qui on donne une chose pour lui en ôler une autre, de peur que si on ne lui laissait rien en la main , il ne se mît à pleurer. Mais l'homme spirituel qui veut faire de nouveaux progrès en la vie intérieure, se doit priver de toutes les délices que le cœur peut trouver en ces objets. Une âme bien pure ne s'en laisse jamais toucher, mais elle vaque uniquement au recueillement et au commerce spirituel avec son Dieu. Quoiqu'elle use des images et des oratoires , elle ne s'y arrête pas ; mais oubliant aussitôt les choses sensibles , elle repose en Dieu seul. Conséquemmenl quoiqu'il soit bon de faire l'oraison dans un lieu fort propre, il faut choisir pour ce saint exercice un endroit où les sens trouvent moins de quoi s'attacher, et où l'esprit soit plus libre pour s'élever à Dieu. Nous pouvons appliquer à ce sujet la réponse que notre Sauveur fit à la Samaritaine, lorsqu'elle lui demanda où il était plus convenable de prier Dieu, dans le temple ou sur la montagne qu'elle lui montra ; il lui répondit que la prière n'était pas resserrée dans les limites d'une montagne, mais que les vœux de ceux qui adoraient son Père en esprit et en vérité, lui étaient agréables. L'heure viendra, dit-il , et elle est même déjà venue , que les vrais adorateurs adoreront mon Père en esprit et en vérité ; car ce sont les adorateurs que mon Père désire. Dieu est esprit, et ceux qui l'adorent doivent l'adorer en esprit et en vérité (Joan., IV, 23, 2fc). Encore donc que les temples et les oratoires bien parés soient destinés à la prière, et que ce soit là le principal usage qu'on en doit faire, toutefois lorsqu'on veut converser intérieurement avec Dieu dans l'oraison, il est plus commode de se tenir (5ans un lieu qui ne dissipe ni les sens ni l'esprit, comme font d'ordi-

Ni

LA MONTEE DC MONT CAIUIEI

naire les endroits agréables à voir, et capables d'adirer notre curiosité et de satisfaire noire aiuour-proprc. Pour celle raison les lieux écartés et incultes ont quelque avantage pour la méditation , et n'empêchent pas l'esprit de prendre son vol vers Dieu. Que si ces sortes d'objets visibles contribuent quelquefois à l'élévation de l'âme vers Dieu, cela ne se fait qu'en les effaçant aussitôt de la mémoire, et qu'en demeurant en Dieu sans retour sur les créatures. Le Sauveur des hommes nous a donné l'exemple de cotte pratique. 11 se relirait souvent pour prier dans les endroits les plus éloignés du commerce des hommes , et les moins propres à lui frapper les sens. Il aimait surtout les montagnes , dont la situation lui donnait lieu , par sa hauteur , de s'élever vers le ciel, et dont l'âpreté naturelle ne lui présentait aucun sujet de se contenter. Un homme spirituel ne cherche que des lieux vides d'agréments, pleins d'horreur et propres à favoriser son attention sur lui-même , atin quir trouve dans l'oubli et dans la privation des créatures un continuel recueillement et une parfaile jouissance de son Dieu. Ce qui est fort opposé à la coutume de quelques-uns qui s'étudient plus à orner leurs oratoires qu'à rentrer souvent en eux-mêmes. Ils négligent la récolleclion intérieure, qui est néanmoins plus nécessaire que tous ces soins, et qui leur donnerait du dégoût de ces ajustements, s'ils la pratiquaient avec assiduité.

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