‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 264 sur 448 · CHAPITRE QUARANTE-TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUARANTE-TROISIÈME

Comment il faut se servir de ces dévotions pour élever à Dieu le plaisir et la force que Li volonté y trouve.

Ces gens-là doivent donc savoir que plus ils s'appuient sur ces cérémonies, moins ils se flenl à Dieu et impétreront ce qu'ils prétendent. Aussi quelques-uns d'entre eux agissent plutôt pour leurs fins particulières que pour la gloire de leur Créateur, quoiqu'ils présupposent que si leur entreprise doit procurer de l'honneur à Dieu elle réussira, et si elle ne doit point lui en procurer, cile ne réussira pas; néanmoins leur amour-propre et leur vaine joie, qu'ils recherchent en celte occasion, empêchent l'effet des prières qu'ils font pour avoir un heureux succès. Ils feraient cependant bien mieux d'offrir tous ces vœux à Dieu pour des choses de plus grande conséquence, telles que sont l'expiation de leurs pèches, la pureté de leur conscience, l'affaire de leur salut éternel, qu'il faut préférer à toutes les autres demandes. S'il les obtenaient du ciel, ils recevraient plus facilement les autres choses moins importantes, quand même ils ne les demanderaient p is, comme Jesus- Christ nous l'a promis dans l'Evangile : Cherchez donc premièrement, dit-il, le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront

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donnée!! par surcroît (Matth., VI, 33), parce que relie prière est conforme à la volonté du Seigneur. En effet, rien n'est plus efficace pour l'engager à satisfaire nos souhaits que de ne chercher en l'oraison que ce qui lui est le plus agréable. Non-seulement il nous comblera des grâces nécessaires pour ménager noire salut éternel, mais il nous donnera aussi tout ce qu'il verra nous être utile, quoique nous ne le demandions pas. C'est ce que David nous dit en ces termes : Le Seigneur est proche de ceux qui le prient en vérité, et il les écoutera (Ps. CXLIV, 18 . Cens-là le prient en vérité, qui lui demandent des choses véritablement bonnes et relevées, c'est-à-dire celles qui regardent le salut de l'Ame. Le même prophète parle de ces gens-là, lorsqu'il ajoute immédiatement après que Dieu fera ce que veulent ceux qui le craignent, qu'il sera favorable à leurs prières pour les conduire à leur salut; qu'il lient sous sa protection tous ceux qui l'aiment, et qu'il la défend de leurs ennemis (Psal. CXL1Y, 19, 20). Celle approche de Dieu consiste donc, selon l'expression du saint roi, en ce qu'il contente toujours ses fidèles serviteurs et leur donne ce qu'ils n'ont pas même la pensée de lui demander. Ainsi Salomon l'ayant prié de lui donner la sagesse, qui était nécessaire pour gouverner son peuple avec prudence et avec justice, cette prière lui fut si agréable, qu'il lui répondit de la sorte : Puisque la sa'/esse vous a plu davantage que toute autre chose, et que vous n'avez pas demandé de grands biens, ni de lu gloire et de l'éclat, ni la vie de vos ennemis, ni une longue vie sur la terre, mais la sagesse et la science pour juger mon peuple sur lequel je vous ai établi roi, non-seulement je vous donne la sagesse et la science que vous désirez, mais je vous comblerai aussi de richesses cl d'honneurs de telle sorte, qu'il n'y a point eu avant vous aucun roi, cl qu'il n'y en aura point après vous de semblables à vous (II Parai., 1, 11). Dieu s'acquitla de sa promesse; non-seulement il le favorisa de tous ces dons, mais il réduisit aussi ses ennemis à faire avec lui une paix inviolable et à lui payer tribut tous les ans. Nous lisons quelque chose de semblable dans la Genèse : Dieu promit à Abraham de multiplier comme les étoiles du ciel la postérité de son fils légitime, comme ce bon père l'avait souhailé; et il dit ensuite que celle du fils qu'il avait eu d'Agar, sa seconde femme, serait aussi très-nombreuse.

Voilà de quelle manière il faut rapporter à Dieu le goût que la volonté seul dans les prières et dans les demandes que nous faisons. On ne doit pas s'appuyer sur les cérémonies que l'Eglise catholique n'a pas approuvées, ni en prescrire au prêtre d'aulres que celles qu'elle a réglées, ni en introduire de nouvelles, comme si on avait plus de lumières que le Sainl-Csprit et plus de sagesse que l'Eglise. Que si ceux qui prient Dieu avec une grande simplicité n'en sont pas écoutés, et s'ils se persuadent qu'en usant de beaucoup de cérémonies ils ne seront pas exaucés, ils ne doivent pas néanmoins mettre leur confiance en d'aulres cérémonies qui peuvent concerner la dévotion, que celles que l'Eglise a établies. H est constant que quand les disciples de Jésus-Christ le conjurèrent de leur apprendre à prier, il leur eût enseigné toutes les choses qui pouvaient porter le Père élernel à recevoir leurs prières, et néanmoins il ne renferma dans l'oraison qu'il leur ordonna que sept demandes, qui contiennent nos nécessités spirituelles et temporelles, sans y ajouter d'autres paroles ni d'aulres cérémonies. Il leur dil même, selon le rapport de saint Matthieu, qu'ils n'usassent pas dans leurs prières de grandes répétitions de paroles, parce que leur Père êonnaissait leurs besoins avant qu'ils les lui demandassent {Mat th., VI, 7, 8). Il seconlentadeleur recommander très-particulièrement de prier toujours sans jamais se relâcher Luc, XVI! 1,4). Il ne nous a pas commandé de faire une grande multitude de demandes, mais il veut seulement que

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