‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 267 sur 448 · IA MONTÉE DU MONT CARHEL, LIVRE 111, CHAPITRE XLIV · texte numérisé non relu

IA MONTÉE DU MONT CARHEL, LIVRE 111, CHAPITRE XLIV

produise son effet, deux sortes Je dispositions sont requises : les unes regardent !< prédicateur, les autres regardent les auditeurs. Le IVuit de la prédication esl proportionné aux dispositions du prédicateur. Ainsi l'on dit communément que le disciple esl tel que le maître. C'est pourquoi lorsque les sept fils de Sceva, prince des prêtres juifs, voulurent exorciser les démons avec la même formule dont saint Paul s'était servi, un de ces malins esprits se mit en fureur contre eux, et leur dit : Je connais Jésus, et je sais qui est Paul; mais vous qui étes-vous? Et le possédé s'étani jeté sur ces exorcistes, et s1 étant rendu maître de deux ■>■(] iiir. ils s'enfuirent hors de la maison nus et blessés (Act., \1\, lo. 16). Cet accident leur arriva, non point parce que Jésus-Christ ne voulait pas qu'on chassât les dénions en son nom, mais parce qu'ils n'avaient pas les dispositions nécessaires. Aussi lorsque les apôtres empêchèrent un homme qui n'était pas des disciples de Jésus-Christ, de délivrer les possédés par la vertu de son nom adorable, Notre-Seigneui les reprit: Ne l'en empêchez pas, leur dit-il, parce qu il ne se peut faire qu'un homme qui aura fait un miracle en mon nom, incontinent après cela parle mal de moi (Marc, IX, 38). Il hait néanmoins ceux qui enseignent la loi de Dieu aux autres el ne la gardent pas eux-mêmes, qui prêchent le bien et ne le pratiquent pas. C'est pourquoi le Saint- Esprit, parlant par l'Apôtre, blâme ces gens-là : Quoi donc, dit-il. vous enseignez les mt/res, et vous ne vous enseignez pas vous-mêmes? Vous prêchez qu'il ne faut pas dérober, et vous dérobez (Rom., II, 21)? Et le roi-prophète : Dieu, dit-il, a fait par mon ministère ce reproche au pécheur : Poure/moi déclarez-vous aux autres mes commandements qui renferment toute justice et toute sainteté, pourquoi faites-vous profession de vous attacher à mon Testament, puisque vous avez de l'aversion des instructions que ma loi vous donne, et que vous méprisez tous mes préceptes (Psal. XLIX, 16, 17)? Ce qui nous apprend que Dieu ne donnera peint son esprit à ces gens-là, pour les rendre capables de travailler utilement pour le prochain. Ainsi nous voyons communément, autant qu'il nous est permis d'en juger, que plus le prédicateur a de sainteté, plus il l'ait de fruit en ses prédications, quoique son style soit simple et qu'il ait peu de doctrine et d'éloquence. Véritablement on ne peut désavouer que les paroles choisies, le style rele\é, les beaux gestes, l'action noble, la scie nce sublime, l'éloquence accomplie et agréable ne touchent les auditeurs, et ne fassent de plus grands fruits lorsque l'Esprit de Dieu s'y trouve; mais s'il ne s'y trouve pas, la volonté des auditeurs n'en sera nullement enflammée dans le service de Dieu, quoique les sens et l'esprit en reçoivent du plaisir. Elle restera aussi languissante cl aussi lâche qu'auparavant dans la pratique des vertus et des bonnes œuvres, quoiqu'on prêche admirablement et qu'on dise des choses merveilleuses. Tout cela n'est bon qu'à flatter les oreilles, comme un concert très-harmonieux. Mais, après tout, ces paroles n'étant point animées de l'Esprit de Dieu, sont mortes et n'ont pas la puissance de ressusciter les pécheurs et de les retirer du tombeau de leurs péchés. On oublie bientôt les choses les plus sublimes que les prédicateurs prêchent, lorsquYllcs n'allument pas le feu divin dans le cœur; parce que non-seulement le plaisir que l'auditeur prend à entendre des discours savants, polis et éloquents n'est de nulle utilité, mais il l'empêche encore d'entrer dans son intérieur, et il le relient dans l'extérieur, en l'appliquant plutôt à faire réflexion sur la bonne grâce el le beau sermon du prédicateur, que sur les moyens d'édifier son Ame, de corriger ses défauts et de sanctifier ses mœurs.

C'est ce que nous avons à dire aux auditeurs, puisque saint Paul désire qu'ils ne s'attachent point à ces choses, et qu'ils ne fassent état que de la simplicité de l'Evangile: il en a usé de la sorte avec les

œmmiiiim^^^

ARGUMENT. oG'5

Corinthiens : Pour moi, mes frères, dit-il, lorsque je suis venu vers vous pour vous annoncer la vérité dont J<:*us-Cltri*t nous a rendu témoignage, je ne me suis point servi des discours élevés, de l'éloquence et de lu sag des hommes ; mois ça été avec la démonstration de l'esprit et de la puissance (I Cor.. Il, 1, V • Cependant, ni L'intention de l'Apôtre, ni mon dessein n'est pas de rejeter le style élégant, l'art de la rhétorique et la manière de dire propre, honnête et pathétique : ce* choses sont utiles au prédicateur, et contribuent au succès des prédications. Car, quand on dit bien, on rétablit les choses les plus désespérées ; au contraire, on perd les meilleures lorsqu'on en parle grossièrement et sans grâre.

Il faut donc que d'un côté le prédicateur étudie assidûment l'Ecriture sainte, les saints Pères, les théologiens scolastiques et les mystiques, autant qu'il s>ra nécessaire pour prouver solidement les vérités qu'il avance; il faut qu'il compose avec exactitude et avec une éloquence mâle et forte, les discours qu'il doit prononcer. 11 faut enfin qu'il s'adoune à l'oraison pour s'enflammer le cœur avant que de monter en chaire, et pour parler avec beaucoup d'ardeur et de zèle. Mais de l'autre côté, il faut que les auditeurs conçoivent un ardent désir de profiler de la prédication; qu'ils entendent la parole de Dieu avec humilité ; qu'ils s'appliquent à eux-mêmes et non pas aux autres ce qu'ils entendent; qu'ils Fassent reflexion sur les vérités qu'on leur a prêchées ; qu'ils viennent à la pratique des instructions qu'ils auront reçues, et qu'ils rendent grâces à Dieu d'avoir le bonheur d'entendre la parole divine dont les païens sont privés.

Page 1