‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 271 sur 448 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

On propose le premier vers, et on parle des imperfections de ceux qui

commencent.

Pendant une nuit obscure.

un appelle commençants tous ceux qui se servent encore de la méditation dans la vie spirituelle. Dieu les fait passer à l'étal de ceux qui profilent en la vie intérieure, lorsqu'il les élève à la contemplation, et il les conduit au rang des contemplatifs, afin qu'ils parviennent ensuite à l'état des parfaits, c'est-à-dire de ceux qui ont acquis l'union divine. C'est pourquoi, pour bien connaître ce que c'est que la nuit par laquelle l'âme doit passer, et pour savoir quelle raison oblige Dieu à l'y faire passer, il est nécessaire de remarquer d'abord quelques-unes des qualités qui sont propres des commençants, afin qu'ils conçoivent mieux l'imperfection de leur état, et qu'en relevant leur courage abattu, ils souhaitent que Dieu les mette en cette nuil où les âmes ont coutume de fortifier leurs vertus et de goûter les douceurs inestimables de l'amour divin.

Après donc que l'âme s'est déterminée à embrasser le service divin, Dieu la nourrit spirituellement avec autant de douceurs et de caresses, que la mère la plus passionnée nourrit son enfant. Celte mère l'échauffé dans son sein; elle lui donne le lait le pius doux et la nourriture la plus délicate qu'elle peut avoir; elle le porte entre ses bras; elle le tlalle; elle le réjouit de toutes les manières possibles. Mais à proportion qu'il croît, elle diminue ses caresses ; elle se couvre le sein, ou elle le frotte d'aloës, afin que l'amertume l'en dégoûte; elle le fait marcher lui-même, afin que quittant les faiblesses des petits enfants, il s'accoutume aux choses plus grandes el plus solides. Dieu fait de semblables traitements à l'âme dans ses premières ferveurs ; il lui fait goûter, dans les exercices de la vie intérieure, un lait spirituel doux et savoureux, et des consolations sensibles. Ainsi l'âme sent un plaisir délicieux à mettre beaucoup de temps en l'oraison, el même à y passer les nuits entières, à faire de grandes pénitences et des jeûnes très-rigoureux, à fréquenter les sacrements, à parler de Dieu et de tout ce qui concerne le culle divin et l'excellence des vertus.

Mais quoique les hommes spirituels s'appliquent à toutes ces choses avec force et avec soin, toutefois ou p, ut dire, si l'on comprend bien la nature de la spiritualité, qu'ils s'y conduisent d'ordinaire avec faiblesse et avec imperfection. Comme ils ne se portent à ces saintes occupations que par la douceur qu'ils y trouvent, et comme ils n'acquièrent pas 1'habilude des vertus par l'épreuve des rudes combats qu il faut soutenir en cet étal, ils sonl sujets à plusieurs défauts qui se glissent dans la dévotion, puisque chacun opère selon l'habitude qu'il s'est formée de la perfection. De sorte que, n'ayant pas encore pu s'affermir dans les s. th. m. 36

SCS

«if**

nn:snunui--^^^:::i^^:;^^^

Page 1