‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 273 sur 448 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

De quelques imperfections spirituelles 011 les commençants tombent à

fard de l'orgueil.

Quoique les choses saintes et divines nous inspirent d'elles-mêmes l'humilité, les commençants, néanmoins, reçoivent par leur faute les impressions de je ne sais quel orgueil secret, parce qu'ils font réflexion sur leur ardeur et sur leur diligence dans les exercices de piété. lis conçoivent de la joie et de la complaisance d'eux-mêmes et de leurs actions, et ils ont un grand penchant à parler des choses spirituelles d.iDs les conversations, et même à les enseigner plutôt qu'à les apprendre. Ils jugent des autres et ils les condamnent en leur cœur, de ce qu'ils n'embrassent pas la dévotion de la même manière qu'eux, et quelquefois ils en disent leurs sentiments : semblables en cela au pharisien, qui louait Dieu, qui se vantail de ses œuvres et qui méprisait le publicain (Lue., XVIII, 11). Le malin esprit les anime souvent à la ferveur, à la vertu, aux bonnes actions, afin qu'ils en deviennent plus orgueilleux et plus présomptueux, sachant bien que ces choses, au lieu de leur profiler, leur nuiront, étant, comme elles sont, vicieuses et criminelles. Quelques-uns même d'entre eux sont assez vains pour désirer qu'ils ne paraissent qu'eux seuls de gens de bien. C'est pourquoi, lorsque l'occasion s'en présente, ils improuvent les autres et de fait et de paroles, et ils flétrissent autant qu'ils peuvent leur réputation. Ils voient, comme parle Jésus-Christ, une paille dans l'wil de leur frère, et ils ne voient pas une poutre dans leur œil (Matlh., VII, 3 . Ils coulent le moucheron qu'ils aperçoivent dans le breuvage des autres, et ils avalent le chameau dans leur propre nourriture {Matlh., XXUI, 3k).

Us souhaitent si ardemment que leurs maîtres spirituels, tels que sont leurs confesseurs et leurs supérieurs, estiment et approuvent leur esprit et leur manière de vivre, que lorsque ces directeurs n'ont pas pour eux cette condescendance, ils se persuadent que ces gens-là ne comprennent pas leur intérieur ou qu'ils n'entendent pas la spiritualité. De sorte qu'ils cherchent aussitôt quelque homme qui soit de leur sentiment et à qui ils puissent découvrir le fond de leur âme; car ils ont beaucoup d'empressement pour trouver des personnes qui fassent état de leurs vertus et qui leur donnent les louanges qu'ils désirent. Au contraire, ils abhorrent comme la mort et quelquefois ils haïssent tous ceux qui semblent n'en faire nulle estime, afin de les remettre en bon chemin par ce mépris apparent. Pleins de la présomption d'eux-mêmes, ils se proposent plusieurs desseins, mais ils ne les accomplissent jamais.

Us ont souvent une extrême passion de se faire connaître aux autres; et, pour cette cause, ils font des mouvements de tête, des gestes et des regards dévots, de fréquents soupirs, d'.iulres actions extérieures, pour fiire entrevoir leurs perfections intérieures. Ils sont aussi trèi-aiscs de tomber en extase devant le monde plutôt qu'en secret, et

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