‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 274 sur 448 · LIVRE I. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE II

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de découvrir leurs ravissements aux autres, quoique le prince des ténèbres en soit ordinairement l'auteur. La plupart s'efforcent encore de s'attirer l'amitié et la familiarité de leurs confesseurs, quoique ces liaisons de cœur et de conversation leur soient une source d'envie et d'inquiétudes. Ils ont honte de déclarer nettement leurs péchés à leurs confesseurs, de peur de diminuer la bonne opinion qu'ils leur ont donnée de leurs vertus. C'est pourquoi ils couvrent leurs fautes de diverb prétextes, afin de ne paraître pas si méchants qu'ils sont : en quoi sans doute ils se trompent, puisque c'est plutôt s'excuser que s'accuser. D'autres fois ils se confessent à un autre, afin que leur confesseur ordinaire, ignorant tout le mal qu'ils font, les estime très-vertueux. C'est dans le même e«pril qu'ils racontent volontiers leurs bonnes œuvres et qu'ils les exagèrent toujours, afin qu'on les estime plus grandes et plus parfaites qu'elles ne sont. Cependant la véritable humilité devrait les incliner à les diminuer et à ne rien dire qui pût leur attirer l'approbation du monde.

1! y en a qui ne se mettent point en peine de leurs fautes; d'autres, au contraire, s'affligent extrêmement de leurs chutes, les supportent avec impatience et se fâchent contre eux-mêmes, s'imaginant qu'ils devraient être déjà de grands saints. Tout cela marque une imperfection considérable. Ils prient souvent Dieu avec ardeur de les délivrer de leurs défauls, non pas tant pour lui procurer de la gloire que pour s'affranchir eux-mêmes du chagrin qu'ils en reçoivent; mais ils ne prennent pas garde que si Dieu écoutait leurs vœux, ils en seraient peut-être plus orgueilleux. Ils ne louent les autres qu'à regret, quoiqu'ils souhaitent d'être loués eux-mêmes des autres et qu'ils recherchent avec adresse leurs applaudissements : de sorte qu'on peut les comparer aux vierges folles, qui demandèrent de l'huile à leurs compagnes, pour mettre à leurs lampes lorsqu'elles allaient s'éteindre [Matth., XXV, 8).

Les imperfections qui .eur sont ordinaires ont des degrés différents : quelques-uns tombent dans les plus grandes, qui les précipitent conséquemment dans de grands maux; quelques autres en commettent de moindres; d'autres enfin n'en sentent que les premiers mouvements; et il ne s'en trouve point, entre les commençants, qui ne donne, pendant ses ferveurs, dans quelques-uns de ses défauts comme dans un écueil inévitable.

Mais ceux qui observent en cet état les règles de la perfection vivent d'une manière bien différente et avec un esprit bien plus tempéré. Ils tâchent de faire de grands progrès en l'humilité, soit en ne faisant nulle estime de leurs œuvres, soit en ne cherchant pas à se contenter euxmêmes, soit en jugeant que les autres sont meilleurs qu'eux, soit en concevant une sainte envie de les imiter, et en désirant de servir Dieu, comme eux, avec amour et avec perfection. Plus leur ferveur est enflammée, et les actions qu'ils font et les délices qu'ils goûtent sont grandes, plus leur humilité les aide à connaître combien Dieu mérite et combien peu de choses ils font pour sa gloire : tellement que, plus leurs œuvres sont considérables, moins ils sont contents d'eux-mêmes. En effet, tout embrasés de son amour, ils voudraient faire de si grandes choses, que les plus admirables, où ils consument leurs forces et leur temps, ne sont rien dans leur pensée. Le soin empressé dont cet amour les anime sans cesse les empêche de s'apercevoir si les autres font du bien ou n'en font point; ou, s'ils le remarquent, ils infèrent de là que les autres ont plus de vertu et plus de perfection qu'eux : si bien que, comme ils ont une très-basse opinion d'eux-mêmes et de leurs actions, ils désirent que les autres aussi n'en conçoivent que du mépris. Lors même que quelqu'un les estime et les loue, ils n'y peuvent

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