‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 286 sur 448 · LA NUIT OBSCURE DE LAME · texte numérisé non relu

LA NUIT OBSCURE DE LAME

s'exercent d'ordinaire dans le discours pendant l'oraison, et ils donnent aux sens toute la douceur qu'ils y peuvent trouver, ce qui est mêlé de beaucoup d'imperfections. Ensuite , après avoir fait quelques progrès en la vertu, en jouissant des délices de la méditation, ils étouffent peu à peu l'amour des choses du monde, et, en acquérant de plus grandes forces spirituelles, ils répriment les passions qui les portent à la recherche des créatures, de sorte qu'ils peuvent soutenir pour l'amour de Dieu les peines que les aridités leur causent; mais lorsque les exercices de la vie intérieure leur réussissent selon leurs désirs, lorsqu'ils sont comblés de consolations et que les grâces du ciel coulent avec abondance dans leur âme, Dieu les relire de cet état qui a encore quelque chose d'imparfait, pour les rendre capables de ses communications les plus intimes ; il les prive de tous ces plaisirs sensuels, de toutes ces tendresses, de toutes les lumières consolantes qu'il répandait sur eux, parce qu'ils étaient encore faibles et tendres, selon le langage de saint Jean : J'ai ouvert une porte devant' vous, que personne ne saurait fermer, parce que vous avez un peu de force et que vous avez gardé ma parole et n'avez pas renoncé mon nom (Apoc, III, 8). Ensuite il les environne de ténèbres si épaisses, qu'ils ne savent de quel côté se tourner, quelque effort d'imagination et d'esprit qu'ils fassent, pour appeler à leur secours le raisonnement et les considérations ; ils ne peuvent plus méditer, et leur sens intérieur est abîmé dans cette nuit et abandonné à la sécheresse, de telle sorte qu'ils ne sentent pas la moindre douceur dans les exercices de piélé ; au contraire, ils sont plongés dans des torrents d'amertume. Dieu les traite ainsi pour les accoutumer à marcher d'euxmêmes, je veux dire, à ne se plus appuyer sur les consolations sensibles ; mais alors celte voie leur paraît toute nouvelle, étant contraire à leurs premières démarches.

Ce changement arrive plus souvent à ceux qui se sont éloignés du monde et qui ont déjà passé par les commencements de la vie intérieure qu'à ceux qui ne sont pas encore entrés dans cette carrière ; ce qui vient de ce qu'ils se sont délivrés des occasions de renoncer à leurs bons propos et qu'ils domptent plus facilement en ce temps-là l'amour des choses terrestres. Ces dispositions sont nécessaires pour entrer dans l'heureuse nuit des sens, ce qui arrive pour l'ordinaire peu de temps après qu'ils ont commencé de s'étudier à la spiritualité.

Page 1