S2 LA SUIT OBSCURE DE L AME
néanmoins il reste toujours quelque soif dans l'âme. Il faut cependant remarquer qu'on ne découle point cet amour au commencement; qu'on ne trouve que du vide et de l'aridité ; que l'âme, agitée de ces sécheresses et touchée imperc, pliblement de cel amour secret, tombe dans les désirs inquiets de Dieu, dans l'affliction et dans la crainte de ne pas servir saintement son Créateur. Cette peine et ces soins empressés pour Dieu sont un agréable sacriflee à la Majesté divine ; et c est la coutemplalion qui met Pâme dans ces re( herches de Dieu si soigneuses et si ardentes, jusqu'à ce que ces aridités aient purifie le sens de ses affections naturelles et sensibles, cette contemplation allume I amour divin dans le cœur. . .
Pendant que l'appétit sensuel se purifie ainsi dans cette nuit obscure et aride l'âme n'a qu'à souffrir comme un malade qu on traite; et de cette manière elle sera délivrée de ses défauts, et pratiquera plusieurs vertus, pour se rendre capable de recevoir les impressions de cet amour, comme on le va dire dans l'exposition du vers suivant : 0 l'heureuse fortune!
En effet, comme Dieu n'introduit l'âme dans cette nuit, que pour purifier les sens de la partie inférieure, et que pour les soumettre et les unir à l'esprit, elle en tire de si grands avantages, qu elle compte pour un extrême bonheur d'être sortie pendant celte nuit des liens étroits du sens de la partie animale : ce qui lui fait dire ce vers : 0 l'heureuse forluue !
Pour l'intelligence duquel ii est nécessaire d'observer les fruits que l'âme trouve en celte nuit, à cause desquels elle s'estime très-biureuse d'avoir passé par cette obscurité et parcelle purgalion, et qu'elle renferme en ce vers :
Je suis sonie sans £tre aperçue.
Cette sortie signifie la délivrance de l'âme de sa sujétion à la partie sensuelle, dans la recherche de Dieu par des opérations faibles, .imitées et dangereuses, telles que sont les opérations de cette partie. Car elle tombait presque à chaque pas en mille imperfections et en mille ignorances, comme nous avons montre ci-dessus en parlant des sept vices capitaux : desquels cette nuit retire l'âme, en étouffant dans elle les goûts et les douceurs de la partie inférieure et de la partie supérieure, en inlerrrompant ses raisonnemenls el en lui apportant une infinité d'autres biens, et surtout l'acquisition des vertus. Ce sera sans doute une singulière consolation à celui qui éprouve ce rude étal , de voir que ce qui paraîl si dur à l'âme, et si contraire à la satisfaction de l'esprit, lui soit une source de biens si considérables. Biens qu'il acquiert en passant parcelle nuil, en se détachant des créatures, et en entrant dans le chemin qui le mène aux biens éternels. N'est-ce pas là une félicité souveraine el un sort le plus heureux du monde? En effet, l'extinction de l'appétit et de son attachement aux choses créées, lui procure un très-grand avantage. De plus, notre Sauveur dit que la porte de la vie est petite; que le clieu.in qui y conduit est étroit , et qu'il y a peu de personnes qui te trouvent (Mollit., VU, 14-j. L'âme a le bonheur d'y entrer et d'y persévérer avec patience. Car celte petite porte est la nuit, qui dépouille l'âme des opération:» et des plaisirs du sens, afin qu'elle y entre par la foi, qui esl tort éloignée de tous les sens; et que, marchant ensuite par le chemin de la nuil de l'esprit, elle cuire plus avant, et passe jusqu'à des choses plus parfaites par une foi trèspure, qui est le moyen par lequel elle va à Dieu cl s'unit à lui.
A la vérité cette voie est si étroite, si obscure et si horrible, qu'il u'y a point de comparaison entre les ténèbres el les souffrances de la nuit
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