‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 293 sur 448 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

On donne le sens de (rois vers du premier cantique. Enflammée d'un amour inquiet.

On n aperçoit pas d'abord l'ardeur de l'amour divin , parce qu'il ne commence pas alors à s'allumer dans le cœur, soit à cause de l'impureté qui infecte encore la nature, soit parce que l'âme ne l'a pas laissé a^ir paisiblement en elle pour s'embraser, d'autant qu'elle ne se connaissait pas encore elle-même. Néanmoins, soit quelle se connaisse ou qu'elle ne se connaisse pas elle-même, elle commence quelquefois à sentir un ardent désir de Dieu ; en sorte que plus elle avance, plus efl'e se voit touchée de l'amour divin : elle ne comprend pas toutefois d'où naît cet amour. Cependant cette ardeur s'augmente tellement, qu'elle désire Dieu par les mouvements d'un amour inquiet, comme le prophète royal, se trouvant dans cette obscure nuit, le dit lui-même en ces termes : Mon cœur a été enflammé ; mes reins ont été changés; j'ai été réduit dans le néant, et je ne l'ai pas connu [Psal. LXXI1, 21V. C'està-dire : Mon cœur, ô mon Dieu, s'est allumé de votre amour dans la contemplation; mes tendresses et mes affections sont changées; et de sensuelles qu'elles étaient, elles sont devenues spirituelles par les sécheresses et les aridilés qui les ont purifiées et qui les ont fait cesser. Mon âme, sans savoir par quel chemin elle marche, se voit comme anéantie dans toutes les choses qu'elle goûtait auparavant avec plaisir, dans la partie supérieure et dans la partie inférieure : elle se sent aussi blessée d'amour, mais elle ne comprend pas comment tout cela se fait. Cependant les flammes de cet amour s'accroissent de telle sorte en son cœur, et lui donnentde si pressants désirs de son Dieu, que celle soif brûlante semble lui dessécher les os, et que le feu et la force de cet amour causent à la nature de grandes langueurs et de grandes défaillances.

David a expérimenté cette vivacité d'amour : Mon âme, dit-il, a désiré très-ardemment le Dieu vivant (Psal. XL1, 2 . Comme s'il disait: La soif dont mon âme brûlait était fort vivo. Ainsi on peut dire que cette soif vive fait mourir. Mais, quoique sa véhémence ne soit pas toujours continuelle, et qu'il y ait quelquefois de l'interruption , cot'amunément s. th. ni. 37

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