LIVRE II. CHAPITi'.E V
que mon entendement était environné de ténèbres , pendant que ma volonté était accablée de tristesse, pendant que ma mémoire était pénétrée d'afflictions ; j'en suis sortie en m'abandonnant par la foi pure à l'obscurité, qui n'est autre chose que la nuit de mon esprit et de mes puissances naturelles.
Celte sortie m*a comblée de bonheur; car j'ai été aussitôt élevée à des opérations toutes divines et à des conversations très-familières avec Dieu, c'est-à-dire, mon entendement a passé d'un état humain à un état divin ; car, en m'unissant à Dieu par celte purgation , je n'ai plus une connaissance faible et bornée comme elle était, mais je connais par la sagesse divine, à laquelle je me suis unie.
Ma volonté est aussi sortie d'elle-même et devenue en quelque façon divine; car, étant unie à l'amour divin, elle aime non plus par ses premières forces, mais par les forces de l'Esprit divin. Ainsi elle ne l'ait plus , d'une manière humaine, des actes d'amour pour son Créateur.
Ma mémoire est remplie des images de la gloire céleste et éternelle; toutes mes puissances, enfin, et toutes mes affections sont renouvelées par la nuit de l'esprit et par le dépouillement du vieil homme, de sorte qu'elles semblent changer de nature et ne plus goûter que des délices spirituelles et divines.