LIVRE II. CHAPITRE VI
et invisible , et ils tombent dans une agonie si cruelle, que la mort partit alors un véritable soulagement. Le saint homme .lob avait expérim. né ces rigueurs1 lorsqu'il disait : Je ne désire pas q\iè Dieu combatte de toutes ses fores avec moi, de peur (pie le poids de sa grandeur ne m'accuble {Job, XXIII, 6); car l'âme , dans le plus fort de son oppression , se voit si éloignée des faveurs de Dieu , qu'elle croit que toutes les ressources de son appui et de son secours se sont évanouies avec lous ses biens, et qu'il ne se trouve personne qui lui porte compassion. Si bien qu'elle peut dire, avec le plus affligé des hommes : Ayez pitié de moi; au moins vous, mes amis, parce que la main du Seigneur m'a frappé (/o6,XIX,21). C'est en vérité une chose digne d'admiration et de douleur, de voir que l'âme a tant de faiblesse et d'imperfection en cet état, qu'elle trouve la main de Dieu si dure et si pesante , quoiqu'elle soit d'ellemême si douce, et si légère, et qu'elle ne touche l'âme que très-délicatement; car Dieu ne la traite de la sorte que pour l'enrichir de ses dons, et non pour la châtier.