‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 325 sur 448 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

On montre que cette nuit horrible est le purgatoire de l'âme, et que, comme la sagesse divine éclaire les anges dans le ciel, de même elle illumine les hommes sur la terre pendant que cette nuit dure.

Il paraît par ce que nous venons de dire que comme l'âme se purifie dans l'obscurité par le feu de cet amour, de même elle s'enflamme dans les ténèbres. De plus, on peut juger par là que comme le feu matériel et ténébreux purge les prédestinés dans le purgatoire, de même le feu spirituel et obscur de l'amour les purifie en cette vie. Car le feu les délivre en l'autre monde de leurs souillures, et l'amour les affranchit en celui-ci de leurs taches. C'est cet amour purifiant que David demandait quand il disait : Mon Dieu, rendez mon cœur pur et net (Ps. L, 12). En effet, la pureté de cœur n'est autre chose que l'amour et la grâce de Dieu. De là vient que notre Sauveur appelait heureux tous ceux qui ont le cœur net, c'est-à-dire qui sont enflammés d'amour, puisque la béatitude ne se donne qu'au prix de l'amour divin.

Jérémie prouve très-bien que l'âme est purifiée lorsque l'amour l'enflamme, et que la sagesse divine l'éclairé. Dieu, dit-il, a envoyé d'en haut le feu dans mes os et dans mon intérieur, et il m'a instruit (Thren.f I, 13). Et David avait dit auparavant : La parole du Seigneur est pure et sans dissimulation; elle ressemble à de l'argent éprouvé par le feu et sans mélange {Psal. XI, 7). L'un et l'autre enseignent que les

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LA SUIT OBSCURE DE l'aME.

lumières divines accompagnent toujours l'amour sacré, parce que Dieu ue donne pas sa sagesse sans son amour, ni sou amour sans sa sagesse; mais il les communique à l'âme suivant sa nécessité et sa capacité, afin de la purger de ses imperfections par l'amour, et de ses ignorances par la sagesse.

Nous pouvons conclure de là que la même sagesse qui vient de Dieu, et qui, passant depuis la première hiérarchie des anges jusqu'à la dernière, les illumine tous ; elle éclaire aussi tous les hommes, et en particulier les âmes que celle nuit obscure puriQe. C'est pourquoi l'Ecriture sainte nous apprend que ce que les anges font, Dieu le fait aussi, et que les saintes inspirations qu'ils nous suggèrent viennent de lui comme de la première source de tout bien : ainsi, Dieu donne ses lumières aux anges, et les anges se les communiquent l'un à l'autre, en descendant des plus hauts aux plus bas. La comparaison suivante donnera plus de t'aeilité à comprendre celte communication. Si on faisait plusieurs fenêtres sur une même ligne dans un enfoncement de perspective, et si depuis la première, qui serait la plus grande, les autres allaient toujours diminuant avec proportion jusqu'à la dernière, elles recevraient toutes ensemble les mêmes rayons du soleil, en sorte néanmoins que les premières les transmettraient aux dernières, selon leur grandeur ou leur petitesse. De même, les anges les plus proches de Dieu en sont éclairés, et ces divines lumières se répandent de telle manière sur les esprits inférieurs et plus éloignés de Dieu, qu'elles sont plus petites selon leur capacité. Et parce que l'homme est inférieur à l'ange, il reçoit des lumières plus bornées, Dieu ne lui donnant sa sagesse que selon la portée de son esprit. Mais celte communication est toujours accompagnée de douleur. Car comme les rayons ardents du soleil blessent les yeux débiles de même les grandes lumières de Dieu blessent, fatiguent et affligent les âmes, à cause de leur faiblesse et de leurs imperfections, qui les rendent incapables de supporter cet éclat. 11 faut que le feu de l'amour les purifie auparavant, les épure davantage, les rende plus spirituelles, afin qu'étant devenues semblables aux purs esprits qui n'ont rien de matériel, elles soient plus propres à l'union de l'amour divin.

L'âme ne sent pas toujours celte grande ardeur ni toutes ces inquiétudes. Au commencement de cette purgation spirituelle, ce feu divin s'occupe plutôt à sécher l'âme comme du bois, et à la préparer, qu'à l'enflammer. Mais quand il l'enflamme, elle expérimente une extrême chaleur d'amour. Cependant l'esprit est purifié par cette obscurité, et il arrive alors que cet amour lumineux éclaire l'entendement el embrase la volonté. De sorte que l'âme est remplie d'un feu d'amour trèsvif et d'une intelligence trè^-claire, et qu'elle peut dire avec David : Mon cœur s'est échauffé en moi-même, et le f a s'allunera dans ma méditation (Psal. XXXVIII, 4), et il sera si violent, que j'en serai tout embrasée. Celle ardeur, qui se fait sentir d ms l'union de l'entendement et de la volonté avec Dieu, comble l'âme de biens et de plaisirs spirituels. Mai»; l'âme ne peut atteindre à un amour et à un attrait si sublime et si délicat, qu'après avoir essuyé des peines très-rudes. Il y a dans cette union des degrés plus bas, qui ne demandent ordinairement que des souffrances et des mortifications communes , pour purifier l'âme et pour la conduire à cette union. De sorte que l'état de ces âmes est différent selon la différence de leurs afflictions.

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