‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 327 sur 448 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

On explique les trois derniers vers du premier cantique.

0 l'heureuse fortune!

Je suis sortie sans être aperçue,

Lorsque nia maison était tranquille.

L'âme exprime en ces vers l'heureuse fortune qui lai est arrivée lorsqu'elle est sortie de ses imperfections pour aller à Dieu, comme un homme sort la nuit de sa maison, tandis que ses domestiques dorment, et sans être aperçu de personne, afin de faire avec plus de circonspection et de succès ce qu'il entreprend. Comme l'âme doit faire l'action la plus rare et la plus héroïque qu'elle puisse faire, qui est de s'unir à son bien-aimé, il faut qu'elle sorte dehors, parce que son divin époux ne se trouve que dehors et que dans la solilu'Ie. Pour cette cause l'épouse sacrée désirait de le rencontrer seul : Qui me fera cette grâce, mon frère, disait-elle, que je vous trouve dehors, et que je vous donne un saint baiser (Cantic. VIII, 1), pour vous marquer l'amour divin qui me consume? De plus, il était à propos que l'âme, éprise d'amour et désireuse de parvenir à la fin qu'elle s'était proposée, sortît de nuit pendant que ses domestiques étaient ensevelis dans le sommeil, c'est-àdire après que ses opérations grossières et ses passions furent éteintes. Car ce sont là les domestiques qui veillent sans cesse pour empêcher l'âme de les quitter, et pour la priver des biens qu'elle espère de la libéralité de Dieu. Ce sont eux dont le Sauveur parle, quand il dit : Que les domestiques d'un homme sont ses ennemis {Matlh. X, 36). Il fallait donc les étouffer afin que l'âme acquît l'amour et l'union de Dieu. Leur capacité n'étant que naturelle, ne peut contribuer à l'acquisition des biens surnaturels que Dieu seul peut donner à l'âme par une infusion secrète et d'une manière passive. Oh 1 que c'est un grand bonheur pour l'âme, de pouvoir sortir libre de la maison de sa sensualité! personne ne le saurait comprendre, que celui qui en a l'expérience. 11 verra clairement combien son esclavage était fâcheux, et à combien de misères il était exposé, lorsqu'il avait de l'attachement pour le plaisir de ses passions. 11 connaîtra de quelle manière la vie de l'esprit est la véritable liberté; il comprendra l'abondance extraordinaire des biens inconcevables , dont nous en marquerons quelques-uns dans les cantiques suivants, pour montrer que c'est avec sujet que l'âme attribue son heureux sort au passage de cette nuit si formidable à l'esprit

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