‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 330 sur 448 · CHAPITRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIÈME

On découvre, en exposant le premier vers, comment l'âthè marche sûrement dans cette obscurité.

Etanl assurée, je suis sortie dans l'obscurité.

L'obscurité dont Pâme parle en cet endroit, regarde les passions et les puissances sensitives, intérieures et spirituelles. Pendant cetle nuit elles souffrent quelque obscurité en leur lumière naturelle, afin qu'étant purifiées, elles soient éclairées d'une lumière surnaturelle. Pour prouver cette vérité par le détail des choses qui se passent, il faut se souvenir que les passions et les puissances matérielles ou spirituelles sont mortifiées au point de ne pouvoir plus goûter avec agrément aucune chose, ni divine, ni humaine. Les affections de l'âme sont étouffées, et n'ont plus ni de mouvements vers aucun objet, ni de fondement pour s'appuyer. L'imagination est liée et ne saurait former aucune image pour contribuer au raisonnement. La mémoire paraît éteinte et ne se souvient de rien ; l'entendement est rempli de ténèbres et vide de connaissances ; la volonté est aride, serrée de tous côtés, comme morte et sans force. Toutes les puissances sont dépouillées et comme réduites à rien. Enfin un nuage épais et pesant tombe sur l'âme, l'environne, la presse, la met à l'étroit, et semble la séparer tout à fait de Dieu.

C'est de cette manière qu'elle marche dans l'obscurité, et qu'elle poursuit son chemin avec sûreté et sans crainte. La cause de cette sûreté esl, parce qu'elle s'est affranchie des obstacles de ses puissances et de ses sens. Car c'est ordinairement ou ses passions, ou ses satisfactions sensuelles, ou ses discours, ou ses connaissances, qui l'engagent dans l'égarement, dans l'excès, ou dans les défauts, ou dans le changement, ou qui lui donnent du penchant aux choses qu'il n'est pas expédient de faire. S étant ainsi délivrée, et de soi-même, et de ses propres dérèglements, elle se garantit ensuite du monde et du démon, auxquels toutes ses opérations ne donnent plus d'armes pour lui faire la guerre.

11 s'ensuit de laque l'âme a d'autant plus de sûrelé, qu'elle est plus dénuée de ses opérations naturelles. Car, comme selon le prophète Osée, la perte drs Israélites venait d'eux-mêmes, et qu'ils ne pouvaient tirer du secours que de Dieu {Ose., XIII. !)}, de même la ruine de l'âme prend son origine d'elle-même et de ses passions déréglées, et Dieu seul est l'auteur et la source de tous les biens qu'elle peut posséder. C'est pourquoi elle esl déchargée de ces fardeaux; elle marche avec plus de facilité par les voies de Dieu; elle ne court aucun risque de se perdre; elle travaille enfin efficacement à son salut, puisqu'elle acquiert et pratique les vertus les plus éminenles.

Donc , ô homme spirituel, quand vous verrez que votre appétit est plein d'obscurité à l'égard des choses intérieures; que vos affections sont sèches, resserrées et stéri.es; que vos puissances ne sont pas pro-

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