‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 334 sur 448 · CHAPITRE DIX HUITIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX HUITIEME

De quelle manière cette sagesse secrète est aussi un degré par lequel l'âme

monte vers Dieu.

Noas pouvons dire que celte sagesse secrète est aussi le degré de l'âme, pour plusieurs raisons. La première est , pareeque comme on peut monter par un degré dans une chambre haute pour y entrer cl pour y prendre les trésors qu'on y garde, de même l'âme monte au ciel par celle contemplation, pour s'enrichir des biens surnaturels et des trésors spirituels de son Créateur. Le prophète-roi explique clairement ces communications et ces progrès: Heureux est l'homme qui attend de vous son secours : il a disposé en son cœur ces degrés par lesquels il veut monter jusqu'à vous dans cette vallée de larmes, dans le. liai qu'il s'est établi à lui-même. Le Seigneur, qui lui a prescrit des lois, lui donnera sa grâce et sa bénédiction pour les observer. Il ira de vertu en vertu, jusqu'à ce qu'il soit arrivé à la sainte Sion, où il verra le Dieu des anges et de toutes les créatures (Psal. LXWIII, 6, 7, 8). C'est là où il trouvera des trésors infinis, je veux dire la félicité éternelle.

La seconde raison est, parce que comme le même degré sert à monter et à descendre, ainsi la même contemplation élève l'âme vers Dieu et l'abaisse vers elle-même. Car c'est le propre des communications divines de faire en l'âme celte élévation et cet abaissement. De sorte

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que monter en celle voie, c'est descendre, et descendre, c'est monter, puisque, selon l'oracle divin, celui qui s'abaisse sera élevé, et celai qui s'élève sera abaissé (Matth., XXIII, 12).

La troisième est, parce que comme on fait des démarches différentes en montant et en descendant par un degré , de même l'âme fait en ce chemin des démarches différentes et inégales. Tantôt elle marche par la douceur, par la paix et par la prospérité ; tantôt elle va par l'amertume, par les orages et par les traverses. Mais il faut remarquer qu'elle ne jouit de la tranquillité, que pour se disposer à supporter courageusement la tempête, et qu'elle n'est battue de l'orage que pour entrer dans un calme délicieux. Ces changements sont ordinaires aux contemplatifs ; ils montent souvent à ce qu'il y a de plus sublime en la \ ie spirituelle, et souvent ils descendent à ce qui s'y trouve de plus bas ; et de cette manière ils ne demeurent presque jamais en même état, jusque à ce qu'ils soient confirmés dans un repos parfait et inaltérable. La cause de ces vicissitudes vient de deux sources : du parfait amour de Dieu et du mépris sincère que l'âme fait d'elle-même. Elle aime Dieu , et c'est ce qui l'élève en haut ; elle connaît sa bassesse, elle se méprise, et c'est ce qui l'abaisse. Mais lorsqu'elle a acquis dans la dernière perfection l'habitude de l'amour divin, les divers degrés d'élévation et d'abaissement cessent, parce qu'elle est arrivée au terme qu'elle désirait, et à l'union de Dieu, qui est au haut de cette échelle mystique. L'échelle que Jacob vit en dormant est une figure de celle-ci. Comme les anges y montaient jusqu'à Dieu, et descendaient jusqu'aux hommes, de même l'âme s'élève vers Dieu par l'échelle de la contemplation , et retombe quelquefois jusque sur la terre. Mais tout cela se fait la nuit , pour nous apprendre que l'âme s'avance vers Dieu par ce chemin pendant la nuit de la contemplation. Ceci paraît évidemment par les sentiments de l'âme, qui sont des preuves claires de ses ténèbres. Car lorsque quelque chose lui est utile, telle qu'est son anéantissement devant Dieu, elle croit que c'est sa perte ; et lorsqu'elle lui est fructueuse, elle s'imagine qu'elle n'en tire aucun profit. Ainsi elle se persuade que la dévotion sensible et les consolations lui sont avantageuses, quoique en effet elles soient contraires à son avancement spirituel.

La quatrième raison pourquoi la contemplation est la montée de l'âme, est parce qu'elle renferme la science de l'amour divin. Celte science est , à proprement parler, la connaissance de Dieu infuse et affectueuse, qui éclaire l'âme et qui l'enflamme jusqu'à ce qu'elle parvienne par degrés à son Créateur, puisque c'est l'amour seul qui l'unit à Dieu. Afin qu'on puisse voir ces choses plus distinctement, nous marquerons les échelons de cette échelle sacrée , en rapportant en détail les effets et le caractère de chaque échelon, afin que l'âme puisse conjecturer de là eu quel degré elle se trouve. Mais comme il est naturellement impossible de les connaître , et que Dieu seul nous les peut mettre devant les yeux, je me contenterai, avec saint Bernard et saint Thomas, dédire quels effets ils produisent dans l'âme, et comment ils l'élèvent vers Dieu.

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