‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 336 sur 448 · LA HUIT OBSCURE DE L'AME · texte numérisé non relu

LA HUIT OBSCURE DE L'AME

V, 8). Mais celle langueur n est pas mortelle; celte âme sainte ne la souffre que pour la gloire de Dieu. Car c'est celte maladie spirituelle qui la fait mourir au péché et à tout ce qui n'est pas Dieu, et qui l'enflamme de l'amour divin. C est de quoi David parle : Mon esprit, dit-il, est mort à toutes les créatures, et mon amené cherche que vous , û mon salut et mon secours {Psal. CXL1I,7; CXV11I, 81). En effet, comme un malade perd le goût et l'appétit des viandes et change de visage , de même, lorsque l'âme est atteinte de cet amour, elle n'a plus ni goût ni appétit pour les choses créées ; elle change de couleur et de visage comme un amant transporté de sa passion. Cette infirmité n'arrive à l'âme que quand elle reçoit d'en-hnut cette excessive chaleur, que je puis appeler en quelque façon une fièvre spirituelle et mystique, et que le prophète exprime en ces termes : Mon Dieu, vous ferez tomber la pluie sur l'âme qui est votre héritage, et elle en sera infirme et malade ; mais vous la perfectionnerez par ce moyen (Psal. LX.VI1, 10).

De là elle passe au second échelon ou au second degré, cherchant Dieu sans interruption. C'est pourquoi l'Epouse ayant dit que la nuit elle avait cherché son bien-aimé et qu'elle ne l'avait pas trouvé, elle ajoute : Je me lèverai et je chercherai celui que j'aime (Cant., III, 1). Pour nous insinuer que l'âme doit le chercher sans cesse, selon le conseil que le prophète lui donne : Cherchez le Seigneur, cherchez toujours sa face (Ps. C1V, h , et ne cessez jamais de le chercher parmi les créatures que vous ne l'ayez trouvé. Ainsi l'Epouse en ayant demandé des nouvelles aux gardes de la ville, les quitta et passa plus outre.

Ainsi Marie Madeleine ne s'arréla pas aux anges qui gardaient le sépulcre de son Sauveur ; mais elle continua de faire ses diligences pour savoir où il était.

Ce degré d'amour inspire à l'âme des soins si empressés pour son Dieu, qu'elle le cherche partout, et que toutes ses pensées, toutes ses paroles, toutes ses actions ne tendent qu'à lui : soit qu'elle mange, soit qu'elle se disposeà prendre le repos du sommeil, soit qu'elle soit éveillée, soit qu'elle forme quelque dessein et quelque entreprise, elle ne songe, elle ne s'applique qu'à l'objet de son amour. Mais parce qu'elle reprend ses forces dans ce second degré d'amour, elle monte ensuite jusqu'au troisième échelon.

Ce troisième degré la fait opérer avec courage, et l'anime d'une chaleur vive et consolante qui l'empêche de se lasser en ses poursuites et de les abandonner. David en parlait, quand il disait que, bienheureux est Vhomme qui craint le Seigneur ; car il désirera avec une ardeur extraordinaire d'accomplir ses commandements (Psal. CXI, 1). Or, si la crainte filiale et respectueuse que l'amour engendre dans l'âme, allume en elle un si violent désir, que ne fera pas l'amour même avec toule la vivacité de ses flammes? Aussi l'âme , quelques grandes actions qu'elle fasse pour l'amour de son bien-aimé , les estime très-petites ; et quelque long temps qu'elle consume en son service , il ne lui paraît qu'un moment, tant elle est embrasée d'amour. Jacob était dévoré d'un semblable feu pour Uachel, lorsqu'il ne regardait sept années de service que comme un petit nombre de jours, et qu'il servit encore sept ans pour répondre à la grandeur de son amour (Gènes., XXIX, 20). Mais si l'amour de la créalure a été si puissant sur le cœur de ce patriarche, que ne pourra pas obtenir de l'âme l'amour du Créateur? L'amour excessif qu'elle a pour lui, la fait cruellement souffrir de ce que, sclon^ son sens, elle fait si peu de choses pour sa gloire ; ce lui serait même» une consolation très-douce de mourir mille fois pour lui, s'il lui était possible, et si elle en avait la permission. Quoi qu'elle fasse pour Dieu, elle se regarde comme inutile, et comme la plus méchante et la plus vile de toutes les créatures, soit parce que l'amour lui découvre les

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