‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 338 sur 448 · CHAPITRE VINGTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGTIEME

Les effets des cinq derniers degrés de l'amour divin.

Le sixième degré de l'amour fait courir très- vite l'âme vers Dieu; et n espérance soutenue des ailes de l'amour, y vole avec force et avec

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i ipidité. Car ceux qui espèrent nu Seigneur, dit ïsaïfl on parlant de ce degré, changeront de force: ils prendront des ailes comme des aigles; ils coût ront, ils voleront sans peine, ils avanceront sans cesse [Isa., XL, 31). Parée que, comme parle un prophète, mon âme, ô mon Dieu, désire d'arriver jusqu'à vous de la même manière que le cerf, brûlant de soif, désire les eaux vires des fontaines [Peut. XLI, 2). La cause de l'agilité et de la vitesse que l'âme acquiert dans ce degré d'amour, n'est autre que l'étendue de sa charité, et la parfaite pureté que Dieu lui a communiquée en la faisant passer par ces épreuves. Ainsi elle peut dire à Dieu avec David : N'étant plus souillée de mes péchés, j'ai courra vers vous, ô mon Dieu, et j'ai marché avec promptitude et avec facilité par la voie de vos commandements, lorsque vous m'avez dilaté le cœur [Psal. LVHI, 5).

Le septième degré de cette montée donne à l'âme de la hardiesse, du courage et de la véhémence en ses entreprises (Psal. CXVI1I, 32). Cette M'hémence l'empêche de suivre les règles du jugement, quand il faut attendre les réponses qu'elle souhaite, et prendre conseil, quand il faut changer de dessein: la honte même et la pudeur ne sont pas capables d'arrêter l'exécution de ses projets. Car les faveurs que Dieu lui fait, et l'amour qu'il lui témoigne, la rendent intrépide et ardente en ses actions. Moïse pratiquait les maximes de ce degré, lorsqu'il disait à Dieu avec beaucoup de hardiesse : Ou pardonnez-leur ce crime, ou effacez-moi du livre que vous avez écrit (Exod., XXXII, 31 , 32). Cependant ces gens-là impètrent de Dieu tout ce qu'ils lui demandent, en ne recherchant que sa sainte volonté. Mettez tout votre plaisir en Dieu, et il vous accordera les demandes de votre cœur [Psal. XXXVI, 4). L'Epouse même a osé dire : Qu'il me donne un baiser de sa bouche [Cant., I, 1 . Mais il faut prendre garde que l'âme ne doit pas user de celte familiarité avec Dieu, à moins qu'elle n'ait une inspiration particulière qui lui persuade que Dieu veut la favoriser comme Assuérus favorisa la reine Esther en lui donnant son sceptre à baiser. Si elle ne sentait pas ce mouvement intérieur, elle se mettrait en danger de tomber du haut des degrés où elle est montée; elle ne pourrait même conserver l'humilité ni le respect pour Dieu, qu'elle doit avoir en toutes choses. Cette liberté avec Dieu la dispose au...

Huitième degré, dont le propre est d'engager l'âme à embrasser Dieu, et à s'attacher inséparablement à lui, comme le dit d'elle-même la sainte Epouse: J'ai trouvé celui que j'aime, je l'ai pris et je ne le quitterai jamais (Cant., III, 4). Dans ce degré d'union l'âme remplit tous ses désirs : il s'y glisse néanmoins de l'interruption, puisque quelquesuns de ceux qui sont parvenus à ce terme, s'en retirent incontinent. En effet, s'ils y persévéraient, ils jouiraient en quelque manière dés cette vie delà gloire des bienheureux. Aussi est-il véritable que l'âme demeure très-peu de temps en cet état. Ce fut la récompense que Dieu donna autrefois au prophète Daniel : Persistez en votre degré, lui diton, parée que vous êtes un hommme de. désirs (Dan., X, 11).

Le neuvième degré d'amour, qui est le degré des parfaits, conduit l'âme à une ardeur pleine de délices spirituelles. C'est le Saint-Esprit qui l'allume dans le cœur, à cause de l'union de l'âme avec Dieu. Les apôtres en furent embrasés, comme remarque saint Grégoire, lorsque ce divin Esprit descendit visiblement sur eux. Pour les biens surnatuiclsdont l'âme est alors enrichie, il est impossible de les comprendre; ït quelques livres qu'on pût faire pour les expliquer, il en resterait beaucoup plus à dire.

Le dixième et dernier degré n'est pas de la vie présente, mais do la -ie future. L'âme y devient semblable à Dieu, par la claire vue qu'elle en a lorsuu'elle est délivrée de son corys. Notre Sauveur lui promet

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