‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 341 sur 448 · LA MIT OBSCURE DE L'AME · texte numérisé non relu

LA MIT OBSCURE DE L'AME

avec David: La créance que j'ai donnée à vos paroles, m'a fait courir une carrière très-dure et très-fâcheuse (Psal. XVI, 4).

L'àuie ajoute à celte foi l'espérance, qui est représentée parla couleur verte. Elle s'en couvre pour se défendre du monde, son second adversaire. Celte vertu l'encourage de telle sorte, et la porte à la recherche de la vie éternelle avec tant de vivacité, que tout l'univers no lui paraît qu'une bagatelle de nulle valeur, en comparaison de ce qu'elle espère. Aussi elle se dépouille de tout ce que la terre a de plus riche cl de plus beau, comme d'un habit usé et méprisable, et elle ne s'attache qu'à ce que le ciel lui fait espérer. Elle s'élève si haut au-dessus des créatures, qu'elle les perd toutes de vue. Elle se garantit enfin, sous ce vêtement, des attraits et des pièges du monde. Ce qui donne lieu à saint Paul dédire, que l'espérance du salut est un casque { Thess., Y, 8 . En effet, comme le casque nous couvre la tête de telle façon, qu'il ne reste que de petites ouvertures pour se conduire, de même l'espérance couvre tellement les sens qui sont comme la lête de l'âme, qu'elle n'y laisse que de petites ouvertures par lesquelles les yeux de l'esprit regardent les choses d'en haut, sans voir celles qui sont sur la terre. C'était sans doute cette vertu qui tenait les yeux de David toujours élevés vers Dieu, et les yeux des Israélites toujours attachés sur le Seigneur, comme les yeux d'une servante toujours tournés vers sa niaitresse, jusqu'à ce que Dieu fil éclater sur eux sa miséricorde ( Psal. XXIV, 15).

Comme l'espérance ne regarde que Dieu et ne met son plaisir qu'en lui, elle lui plaît de telle sorte, qu'on peut dire que l'âme impètre de Dieu autant qu'elle espère de lui. Si bien qu'on peut lui appliquer ces paroles des cantiques: Un seul de vos regards m'a blessé le cœur (Psal. CXXII, 2). L'âme ne devait pas sortir sans être accompagnée de l'espérance, pour acquérir l'amour divin. Elle n'eût rien obtenu de Dieu, puisque c'est l'espérance conslante et ferme qui le touche et qui le surmonte. L'âme , couverte de cette espérance, a marché par la nuit obscure et secrète, parce qu'elle s'est trouvée si vide de tous biens et de tout appui, qu'elle n'a jeté les yeux pendant son passage que sur Dieu seul.

L'âme joint la couleur rouge aux deux premières couleurs, pour signifier la charité qui la conduit à une perfection si éminenle, et qui lui communique une beauté si rare, qu'elle peut dire: Filles de Jérusalem, je suis noire , mais je suis belle. C'est pourquoi le roi m'a aimée et m'a reçue en sa chambre (Cant., I, 3, 4, 6). Celte charité, non-seulement prolége l'âme et la cache à la chair qui est son troisième ennemi, mais elle donne aussi de la force aux autres vertus pour la défendre, et de la beauté pour être agréable à l'Epoux divin: car sans elle aucune vertu ne plaît au Seigneur. Aussi est-ce là où il repose, comme il est remarqué dans les cantiques sacrés. C'est par ce chemin que l'âme se retire des créatures, et qu'elle va jusqu'à l'union de Dieu, toute transportée de l'aident amour qu'elle a conçu pour son Créateur.

Ces trois vertus disposent l'âme à la parfaite union de Dieu, selon la mémoire, l'entendement et la volonté. La foi prépare l'enlendement à s'unir à la sagesse divine, en le dépouillant de ses lumières naturelles. L'espérance prive la mémoire de tout ce qu'elle possède, en lui faisaut espérer ce qu'elle n'a pas, et en l'altachant à Dieu, qui peut seul remplir ses attentes. La charité purifie la volonté de toutes ses affections pour les créatures, et l'unit avec Dieu par les liens de l'amour. C'est donc un grand bonheur pour l'âme de s'être revêtue de ces vertus, et d'avoir persévéré dans son voyage , jusqu'à ce qu'elle soit arrivée à l'union, comme elle l'assure dans le vers suivant.

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