‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 346 sur 448 · CHAPITRE VINGT-QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-QUATRIEME

Eclaircissement du dernier vers du second cantique.

Pondant que ma maison était tranquille.

Ce vers signifie que l'âme, ayant pacifié les passions de sa partie inférieure et les puissances de sa partie supérieure, elle est sortie pour arriver à l'union de l'amour divin avec son Créateur. Car comme elle a soutenu divers combats dans ces deux parties, il faut qu'elle y établisse le calme et la tranquillité, et qu'elle les réforme, qu'elle les conserve dans un continuel repos, en quelque manière comme Adam se comportait dans l'état d'innocence. Néanmoins la partie animale n'est pas tout-à-fait exempte de tentations. Voilà pourquoi le vers qu'on a expliqué dans le premier cantique, de la paix de la partie inférieure, on l'entend dans le second cantique, du calme de la partie supérieure ; et pour cette raison on le répète deux fois.

L'âme acquiert cette tranquillité parfaite et permanente, par ces touches de l'union divine qu'elle a reçues de la Divinité, sans être découverte ni par le démon ni par les sens et les passions, et sans en souffrir aucun obstacle. Et c'est dans cette étroite union et par ses effets, qu'elle est devenue pure, tranquille, forte, constante, pour être l'épouse sacrée de Notre-Seigneur. Car dès là que les sens, les puissances, les passions demeurent dans un profond silence à l'égard de toutes les choses supérieures et inférieures, la sagesse divine se joint immédiatement à l'âme par le nouvel amour qu'elle allume dans le cœur. On voit alors l'accomplissement de ce que cette sagesse dit elle-même: Lorsque toutes les créatures étaient dans un paisible silence, et que la nuit était dans le milieu de sa course, votre parole toute-puissante est descendue du ciel et de son trône royal (Sap., XVIII, 14, 15 ; Cant., III, 4; V, 7 ). L'épouse exprime encore ceci dans les Cantiques. Car après avoir dit qu'elle tomba durant la nuit entre les mains des gardes de la ville, qui la dépouillèrent de ses habits, et qui la couvrirent de plaies, elle ajoute, qu'elle trouva enfin son bien-aimé. Pour concevoir sa pensée, il faut se souvenir qu'on ne peut obtenir l'union de Dieu sans avoir une excellente pureté : on ne peut avoir cette pureté sans un entier dépouillement des créatures, et sans une forte mortification. Ces deux choses sont représentées parle dépouillement des habits de l'épouse, et parles blessures qu'on lui fit dans l'obscurité de la nuit. Elle ne pouvait être ornée de la nouvelle robe que son époux lui donnait, sans quitter auparavant ses vieux habits. C'est pourquoi celui qui ne voudra ni entrer en cette nuit, ni renoncer à sa propre volo-.ilé, ni se mortifier sévèrement, mais qui demeurera dans son lit et sera toujours esclave de ses commodités, il ne trouvera jamais l'Epoux divin, quoiqu'il semble se mettre en peine de le chercher.

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