‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 372 sur 448 · XII · texte numérisé non relu

XII

Mais laissons là ces directeurs ignorants, pour parler de ceux qui se comportent plus mal en leur ministère, et qui sont plus pernicieux aux dînes. Il arrive quelquefois que Dieu donne de violents désirs à certaines personnes de changer de vie et d'état, et de renoncer au siècle, pour se consacrer à la majesté divine dans le cloître. Ces pensées et ces résolutions sont très-agréables au Seigneur, qui a versé de grandes grâces dans leur esprit pour les conduire à ce terme, parce que lé monde n'est pas selon son cœur. Néanmoins ces pères spirituels diffèrent l'exécution de ces bons desseins, ou la rendent très-difûcile, ou même ils l'empêchant tout à fait sous divers prétextes. Ils allèguent quelquefois la complcxion délicate et la faible sunté de ceux qui aspirent à la sainte religion ; quelquefois les austérités excessives de la vie monastique; quelquefois la rigueur de l'obéissance; quelquefois d'autres peines plus apparentes que véritables. Mais en effet, la répugnance qu'ils ont aux maximes austères de Jésus-Christ, à sa mortification, aux mépris des choses présentes, l'amour de leurs intérêts et de leurs plaisirs, leur indévolion, leur esprit gâté par l'esprit du monde et opposé à l'Esprit de Dieu, d'autres raisons humaines sont les seuls motifs qui les portent à former des obstacles à la vocation religieuse de ces prétendants. Comme ils n'entrent point eux-mêmes, selon l'expression de Notre-Seigneur, ils empêchent les autres d'entrer. Mais ils seront enfin frappés de cette malédiction du Sauveur : Malheur à voua, docteurs de la loi, qui avez pris la clef de la science, et vous n'êtes point entrés dans la maison de Dieu, ni vous n'en avez pas permis l'entrée à ceux qui y voulaient entrer (Luc, XI, 52). On peut dire avec vérité qu'ils sont comme des pierres et comme des barres de fer à la porte du ciel, pour en fermer l'entrée aux autres. Ils ne considèrent pas que Dieu les a élablis dans ce sacré ministère pour forcer ceux qu'il appelle à entrer, ainsi qu'il l'a ordonné dans l'Evangile (Luc, XIV, 23); et au contraire, ils les écartent de la porte étroite qui donne le passage et qui ouvre le chemin à la vie éternelle et bienheureuse. De celte manière le directeur est un de ces aveugles qui retirent les âmes de la conduite du Saint-Esprit.

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