XI
Mais je consens qu'ils aient quelque excuse raisonnable : dites-moi , je vous prie, comment s'j peut excuser celui qui tient toujours captive l'âme qu'il gouverne? Il est hors de doute que quand elle doit avancer
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Li VIVE FLAMME DE L'aMOUR.
dans la rie spirituelle, selon les secours que Dieu lui donne, elle doit changer sa manière de prier mentalement, et qu'elle a besoin en ce cas d'instructions plus spirituelles et plus relevées. Les mêmes principes ne sont pas bons en tout temps pour les mêmes personnes à qui il arrive divers changements dans la vie intérieure : tous les directeurs ne sont pas ordinairement si consommés en celle science, qu'ils puissent diriger toutes sortes d'âmes en toutes sortes d'états. 11 y en a même de si bornés, qu'ils s'imaginent que Dieu ne conduira pas une âme à une perfection plus achevée que celle où ils la trouvent. 11 me semble enfin qu'on peut dire que les maîtres en cet art sont semblables à plusieurs sculpteurs qui contribuent différemment chacun selon sa capacité, à faire une statue. Les uns ne savent que préparer le bois, les autres ne peuvent qu'ébaucher les premiers traits, les autres les perfectionnent et les polissent, les autres ont le secret d'y appliquer des couleurs, les autresy mettent la dernière main; mais un seul n'a pas assez d'habileté pour finir l'ouvrage. De même quelques-uns dos pères spirituels sont propres à donner de bons commencements aux âmes qui veulentembrasserla vertu, et nepassent pas plus outre. Quelques autres leur suggèrent les moyens de faire de plus grandes démarches en cette voie, et ils en demeurent là : d'autres les élèvent plus haut, et les arrêtent eu ce terme; mais on en voit très-peu qui sachent les mener au point où Dieu les demande.
Vous donc qui n'êtes pas assez habile pour donner à cet ouvrage divin son dernier achèvement, pourquoi l'enlreprenez-vous ? Pourquoi vous mettez-vous dans l'esprit que cette âme n'a nul besoin d'une autre main que de la vôtre pour la conduire au terme où Dieu l'attend? Mais supposé que vous puissiez bien diriger celles qui n'ont pas les dispositions propres pour monter au-dessus de la vie commune, il est presque impossible que vous ayez les qualités requises pour servir de guide à plusieurs, à qui vous ne laissez pas la liberté de sortir de votre conduite. L'Esprit de Dieu se communique si diversement aux âmes, et ses voies intérieures sont si différcnies, qu'un homme seul peut malaisément les distinguer et les suivre. Car enfin, qui est-ce qui se peut faire, comme saint Paul , tout à tous, pour procurer le salut à tous fi Cor., IX, 5fâ). Il est étrange que bien loin de vous accommoder aux besoins des âmes, vous les gêniez de sorte que vous ne leur permettiez jamais de se retirer de l'oppression: vous ne pouvez souffrir qu'elles vous quittent, ni même qu'elles demandent conseil à d'autres confesseurs, ni qu'elles confèrent avec eux sur des matières qui exigent ces conférences, ni qu'elles apprennent d'eux ce que vous pouvez leur enseigner principalement lorsqu'elles sont inspirées de leur ouvrir leur intérieur. N'est-ce point la jalousie, l'orgueil, la présomplion de vousmême, plutôt que le zèle de la gloire de Dieu et du bien des âmes qui vous engagent dans ces désordres? Car je vous demande comment vous pouvez savoir que ces personnes n'ont pas besoin du secours d'un autre directeur. Mais ne craignez-vous pas la colère et la vengeance de Dieu, qui fait éclater dans Ezéchiel son indignation en cestermes : Malheur sur vous, pasteurs d'Israël, qui mangiez le lait de mes brebis, et qui vous couvriez de leur laine : je vous demanderai compte de mon troupeau [Ezech. XXXIV, 2, 3 ; V, 10).
Ceux-là donc qui ne sont pas assez éclairés en ces routes divines, doivent trouver bon que les âmes qui se sont soumises à leur direction en consultent d'autres; ils doivent les recevoir agréablement lorsqu'elles reviennent; ils doivent même leur conseiller de prendre d'autres pères spirituels, lorsqu'elles ne profilent plus sous leur direction. S'ils en usent autrement, ils ont sujet d'appréhender que la trop grande estime