QUATRIÈME, CINQUIÈME ET SIXIÈME VERS
Et dans votre douce aspiratiou,
Pleine de biens et de gloire,
Que vous m'enflammez agréablement de votre aniour !
Quoique je ne prétende pas expliquer ici cette douce aspiration de Dieu, de peur de la faire paraître moindre qu'elle n'est et de l'obscurcir au lieu de la rendre plus intelligible, néanmoins, j'en donnerai quelque idée, pour faire comprendre, en quelque manière, ce que c'est que cette opération divine.
Dieu dispose l'âme à cette admirable aspiration de la sorte. D'abord, il l'élève au-dessus de la connaissance des sens extérieurs et intérieurs, parce que ces connaissances sont renfermées dans la matière et ne sortent pas des bornes de la nature, laquelle ne peut conduire l'âme à la connaissance des choses surnaturelles et divines, puisque ces sortes de lumières sont au-dessus de toutes ses forces. Ensuite, il verse dans l'âme, par une infusion surnaturelle, la connaissance de la Divinité et de ses perfections infinies. Si bien que l'âme, toute pénétrée des rayons de ce soleil de justice, découvre, d'une manière ineffable, toutes les grandeurs de Dieu, autant qu'il est possible de les connaîlrc en celte vie mortelle. Il lui semble alors qu'elle est remplie, en quelque façon , des lumières que les bienheureux reçoivent dans le ciel, et qu'il n'y a presque plus de nuages qui lui dérobent la vue de Dieu et de ses attributs, tant sa connaissance est pénétrante et étendue.
Dieu ayant ainsi préparé l'âme, il lui communique, par cette aspiration, le Saint-Esprit, et il le lui communique seion la mesure et la grandeur de ses connaissances. Et c'est en ces heureux moments que l'Esprit divin la pénètre, la remplit, l'absorbe toute en lui-même. C'est
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en ce .emps qu'il allume en elle les flammes a un amour tres-ardent. très-agréable et tout à fait incompréhensible. Elle est tellement possédée de cet amour qu'elle ne pense qu'à aimer, et que toutes ses opérations se réduisent à l'amour. Tout ce qu'elle voit, tout ce qu'elle entend, tout ce qu'elle souffre la porte à l'amour. Chaque respiration et chaque, action sont autant d'actes d'amour, ou plutôt ce n'est qu'un amouc continuel sans aucune interruption.
Mais parce que le Saint-Esprit la consume ainsi des flammes de son amour, H la transforme en lui-même de telle sorte qu'il répand en elle tous les biens divins dont elle est capable. 11 la comble aussi d'une gloire qui est une espèce de participation de la gloire des anges et des bienheureux. Ainsi l'âme goûte par avance les douceurs du paradis, et elle semble être déjà transportée dans le ciel. Mais comme ces choses surpassent la capacité de notre esprit et ne peuvent tomber dans notre sens, je n'en parlerai pas davantage et je mettrai fin à ce traité.