‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 381 sur 448 · TROISIÈME VERS · texte numérisé non relu

TROISIÈME VERS

Où vous demeurez seul eu secret.

L'âme assure ici que Dieu demeure en secret dans son sein, c'est-àdire dans le fond de sa substance et de ses puissances. Car il est constant que Dieu demeure comme en cachette dans les âmes et dans leur substance, puisque sans cela elles ne pourraient subsister. Mais il y demeure en différentes manières : il se trouve volontiers dans les unes et à contre-cœur dans les autres. Dans les unes , il y est comme dans sa propre maison, où il commande et où il gouverne tout; dans les autres, il y est comme dans une maison où l'on ne lui permet pas de rien ordonner ni de rien faire.

Lorsqu'une âme a étouffé ses passions, il y est plus seul, il y est plus content; il la conduit plus absolument.il y demeure plus sûrement avec une union plus étroite, avec un plus grand détachement des créatures. Le démon n'y peut entrer, et l'esprit humain ne peut comprendre

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CC4 LA VIVE FLAMME DE LAMOUR

ces familiarités diviacs. Mais ce Dieu de bonté n'est pas caché à l'âme en cet état; elle sent sa présence et ses caresses spirituelles , elle s'aperçoit de son réveil , c'est-à-dire des saints mouvements qu'elle excite en elle, lorsque, paraissant dormir auparavant et reposer dans son sein, il l'embrase tout à coup des flammes de son amour.

Oh ! que cette âme est heureuse de savoir que Dieu prend son repos dans son sein I oh ! qu'il lui est avantageux de se dégager des créatures, de fuir les affaires du monde, de vivre dans une grande tranquillité, de peur que les moindres bagatelles ne troublent et n'interrompent le sommeil de son bien-aimé! Il y est ordinairement comme assoupi dans celte union avec l'âme, et l'âme le possède communément avec beaucoup de satisfaction spirituelle. S'il s')' tenait toujours dans le réveil et dans l'action, c'est-à-dire s'il la favorisait toujours de connaissances nouvelles et d'amour enflammé, ce serait l'état de la gloire céleste et éternelle. Car si un seul écoulement de ces grâces extraordinaires élève l'âme à un bonheur si inconcevable , que serait-ce si ces profusions étaient continuelles?

Pour ce qui concerne les âmes qui n'ont acquis ni cette union ni les dispositions d'y parvenir, Dieu y demeure, non pas malgré lui ni mal content, mais si caché, qu'elles n'ont nulle marque de sa présence. Néanmoins, il fait glisser quelquefois dans leur cœur certains traits doux et aimables qui leur donnent une satisfaction bien sensible, mais qui ne sont pas de même nature que les mouvements tout divins que Dieu produit dans ces grandes âmes. Ils ne sont pas si cachés au démon ■et à l'entendement que ceux-ci : les opérations des sens les peuvent faire connaître, parce que ces âmes ne se sont pas encore défaites entièrement des imperfections de la partie inférieure. Au contraire, l'âme parfaite est tellement possédée de son époux , qu'elle ne voit plus que lui, qui opère en elle avec toute la douceur possible. C'est pourquoi elle dit :

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