XXXIX CANTIQUE
là roiw me montreriez
Ce que mon âme prétendait;
Et là même vous me donneriez encore aussitôt,
O nui vie, ce que vous m'aviez donné Vautre jour.
La fin que l'âme se propose en ce Cantique est de demander à l'Epoux divin, en premier lieu, qu'il lui apprenne à l'aimer comme il s'aime soi-même, parfaitement. En second lieu , qu'il lui donne la pureté qu'il a donnée à nos premiers pères en l'état de l'innocence originelle , ou qu'il la rétablisse en la netteté spirituelle dont il l'a embellie par le baptême.
La vous me montreriez
Ce que mon âme prétendait.
L'Epouse reconnaissant le grand amour que Dieu a pour elle , veut en avoir un aussi grand pour lui; et pour cette fin elle le prie de transformer sa volonté en la volonté divine , afin de concevoir dans cette union parfaite un amour égal à celui de son bien-aimé, autant qu'il est possible en ce monde. Car sa volonté aimerait alors Dieu par la volonté de Dieu même, ou par l'amour que le Saint-Esprit exciterait en son âme, parce que l'amour de Dieu serait alors répandu en son cœur par le Saint-Esprit, qui lui serait donné , comme saint Paul l'écrit aux Romains (Rom., V, o .
Il faut remarquer que l'Epouse prie son Epoux de lui apprendre à l'aimer, et non de lui donner son amour, parce qu'il l'enseigne à aimer Dieu, lorsque Dieu l'aime elle-même ; car comme son amour pour l'âme est pur, désintéressé , parfait , généreux , de même il lui fait la leçon d'un amour semblable. Mais il ne se peut faire en cette vie que nous aimions Dieu d'un amour aussi excellent que l'amour de Dieu même. Cet amour produit néanmoins dans l'âme les sentiments d'une joie si extraordinaire, qu'il lui semble être déjà toute pénétrée de la gloire et de la félicité de Dieu, et qu'elle éclate en louanges des grandeurs et des bontés divines. Mais elle ne possède ces avantages qu'après avoir reçu de son Dieu les premiers traits de sa pureté baptismale ou de la justice originelle.
Et là même, vous me donneriez aussitôt, O ma \ie, ce que vous m'aviez donné l'autre jour.
L'âme regarde l'infusion de cette pureté , soit originelle , soit baptismale, comme le commencement de sa naissance spirituelle; et elle appelle cet état un autre jour, ou un second jour après le premier jour de la création et de son baptême.