‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 408 sur 448 · TRENTE-SEPTIEME CANTIQUE · texte numérisé non relu

TRENTE-SEPTIEME CANTIQUE

Y luego alas subidas Cabernas de la piedra nos iremos, <Jue estan bien escoudidas,

Y alli nos entraremos,

Y el mosto de granadas gustaremos.

Et incontinent nous irons ensemble Aux sublimes cavernes de ta pierre, Qui sont fort cachées ,

Et nous entrerons là ;

Et nous y goûterons te jtts des grenades.

L'Epouse, après avoir fait ces démarches, dit qu'elle passera avec son. Epoux jusqu'à la connaissance des mystères de Jésus-Christ, lesquels

718 EXPLICATION DES CANTIQUES SPIRITUELS

sont plus cachés en Dieu que la plupart îles choses qui regardent la Divinité. Elle ajoute qu'elle s'y plongera tout entière; qu'elle sera toute pénétrée des délices qui en coulent sans cesse, et qu'elle jouira des perfections infinies de Dieu , de sa bonté, de sa miséricorde, de sa justice, de sa sagesse , de sa puissance et des autres attributs qu'elle connaît par les lumières que ces mystères divins lui donnent.

Et incontinent nous irons ensemble Au\ sublimes cavernes de la pierre.

Jésus-Christ est cette pierre, suivant le langage de saint Paul (I Cor., X, 4). Ces cavernes profondes signifient les profonds mystères qui s'accomplissent dans l'union personnelle du Verbe divin avec la nature humaine, dans l'union des âmes avec Dieu, et dans les effels de la juslice et de la miséricorde de Dieu sur le salut des hommes. Ces mystères sont d'autant plus impénétrables qu'ils renferment plus de secrets incompréhensibles, tels que sont la prescience de Dieu, la prédestination des élus et des autres. C'est pourquoi l'Epouse dit : Qu'ils sont fort cachés.

En effet, quoique les saints docteurs et les personnes les plus éclairées en aient pu dire et pu connaître, il en reste toujours plus à connaître et à dire. Car Jésus-Christ , dit saint Paul , contient tous les trésors de la sagesse et de la scienee de Dieu (Coloss. , Il , 3) : et quelque effort que l'esprit humain fasse pour les découvrir tous, il aura toujours une infinité de richesses à connaître. L'Epouse ne perd pas néanmoins l'espérance de percer ces obscurités, puisqu'elle dit à son Epoux : Et nous entrerons là.

C'est-à-dire, nous entrerons dans la connaissance de ces mystères divins. Elle ne dit pas : J'y entrerai seule, mais nous y entrerons, pour nous apprendre qu'elle ne fait pas seule cet ouvrage, mais que son Epoux le fait avec elle. Sur quoi il faut remarquer qu'elle est déjà transformée en son bien-aimé: mais celte transformation se perfectionne à proportion qu'elle reçoit de nouvelles lumières , et qu'elle est embrasée de nouvelles flammes d'amour pour son Epoux. El c'est de la que coulent de nouveaux torrents de plaisirs, qui lui font dire : Et nous goûterons le jus des grenades.

Les grenades représentent les plus hauts mystères de Dieu , ses plus profonds jugements et ses plus sublimes grandeurs. Les grains de la grenade sont le symbole des effels innombrables des perfections divines. Leur figure ronde exprime l'éternité de Dieu, qui n'a, comme le cercle , ni commencement ni fin. Le jus des grenades signifie la jouissance que l'âme a par s-a connaissance et par son amour , de la nature et des atlribu.'.s de Dieu, et le contentement admirable qu'elle reçoit de celle possession. Elle offre à Dieu ce breuvage délicieux , comme l'Epouse l'offre dans les Canliques à son Epoux. Là , dit-elle , vous m'instruirez, et je vous donnerai à boire du vin mix tienne et de la liqueur de mes grenades (Cant., VIII, 2). Elle les appelle ses grenades, parce que Dieu les lui a données en propre, et elle les lui rend comme celle à qui elles appartiennent. Ainsi l'Epoux lui présente ce breuvage à goûter, et elle le lui présente réciproquement, de sorte qu'il est commun à l'un et à l'autre.

SM

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