PRÉCAUTIONS CONTRE LE MONDE
Pour vous garantir des dommages que le monde peut vous apporter, vous devez tous servir de ces trois précautions.
PREMIÈRE PRÉCAUTION
La première : aimez également toutes sortes de personnes; oubliezles aussi également, soit proches, soit étrangers; détachez votre cœur des uns et des autres, et plus même des parents que des étrangers, de peur que le sang et la chair n'entretiennent cette union, et que l'amour naturel, qui est toujours grand entre les proches, ne la fomente. Celui qui désire acquérir la perfection doit mortifier incessamment cet amour. 11 est nécessaire que vous regardiez tous les hommes comme des étrangers; et, par ce moyen, vous vous acquitterez mieux de votre devoir envers eux que si vous leur donniez votre amour, qui n'est dû qu'à Dieu. Si vous avez plus d'affection pour l'un que pour l'autre, vous vous tromperez extrêmement. La mesure de votre charité est l'amour que Dieu porte aux hommes. Mais comme celui-là est le plus digne d'amour que Dieu aime davantage, vous n'en pouvez juger sûrement, puisque vous ne sauriez connaître celui qui l'emporte sur les autres en l'amour divin.
Au reste, si vous oubliez également tout le monde, comme il est expédient de le faire pour parvenir au recueillement intérieur, vous ne vous tromperez pas en l'amour de ceux qui méritent d'être plus ou moins aimés. Ne pensez ni bien, ni mal d'eux, mais fuyez-les tous autant qu'il vous sera possible. Si vous négligez la pratique de ces avis, vous ne pourrez ni être bon religieux, ni vous recueillir, ni vous affranchir des imperfections qui naissent de cet amour déréglé. Si vous favorisez votre inclination en l'un ou en l'autre de ces deux points, le malin esprit vous surprendra, ou vous vous imposerez à vous-même, sous couleur de faire le bien ou d'éviter le mal. Mais si vous observez ces enseignements, vous serez en sûreté contre les défauts et les dommages qui viennent de notre attachement aux créatures.
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PRECAUTIONS spirituelles.
DEUXIÈME PRÉCAUTION
La seconde précaution contre le monde regarde les biens temporels. Pour vous défendre des dommages que nous venons de rapporter, et pour modérer les excès de voire cupidité, vous devez abhorrer les biens de la terre et ne vous en mettre jamais en peine. Ne vous inquiétez ni de votre nourriture, ni de vos habits, ni d'aucune chose créée, ni du lendemain; mais appliquez vos soins à la contemplation des choses célestes et à la recherche du royaume de Dieu; soyez fidèle à servir votre Créateur, et ne doutez pas que, selon la promesse de Notre-Scigneur, les autres choses ne vous soient données [Matth., VI, 33). En effet, celui qui a soin des animaux ne vous mettra pas en oubli; et si vous agissez de la sorte, vous établirez le silence, le repos et la paix dans tous vos sens. m