PRÉCAUTIONS CONTRE LA CHAIR ET CONTRE LA SENSUALITÉ
Celui qui veut remporter la victoire de sa chair et de sa sensualité, qui est le troisième ennemi de l'âme, doit se munir de ces trois précautions.
PREMIÈRE PRÉCAUTION
La première précaution est de vous bien mettre dans l'esprit que vous n'êtes venu dans le cloître que pour être frappé, coupé et poli comme un marbre brut. Pour vous délivrer des chagrins que les autres religieux pourraient vous donner, et pour en recueillir quelque fruit, vous devez vous imaginer que tous ceux qui vivent dans le couvent sont des officiers et des ministres envoyés de Dieu pour travailler sur vous et pour vous perfectionner. Les uns exerceront votre patience par les paroles; les autres, par les actions; les autres, par les sentiments qu'ils auront de vous et qu'ils déclareront à leurs frères. Vous devez recevoir tous ces coups, comme un bois dont on veut faire une statue reçoit les coups du sculpteur ou les couleurs du peintre. Si vous n'observez ces règles avec exactitude, vous ne pourrez, ni surmonter vos sens et votre sensualité, ni vivre comme il faut avec les autres religieux, ni jouir de la paix du Saint-Esprit, ni fuir mille occasions de faire de lourdes chutes et de souffrir de grands dommages spirituels.
DEUXIÈME PRÉCAUTION
La seconde précaution est de n'omettre jamais, faute de sentiments et de goûts tendres, aucune bonne action qui contribue au service de Dieu, et de n'en point faire aussi, à cause de la douceur que vous y trouvez, si ce n'est peut-être qu'il soit aussi à propos de faire celle œuvre que celle que vous faites sans consolation. Si vous ne vous imposez cette loi, il vous sera très-difficile d'acquérir de la fermeté et de la persévérance, et de vaincre votre faiblesse.