PRÉCAUTIONS SPIRITUELLES
pas tomber entre les mains du démon, notre second ennemi. Il est donc à remarquer qu'entre les différentes (inesses que cet esprit de ténèbres emploie pour surprendre les personnes spirituelles, la plus ordinaire est de les séduire par l'apparence du bien et non par la représentation du mal, sachant bien qu'elles ne consentiraient pas au ma! qu'elles connaîtraient évidemment. C'est pourquoi vous devez toujours craindre, même ce qui paraît bon, surtout lorsque vous ne faites pas quelque chose par obéissance. Vous agirez en ceci sûrement et saintement, si vous suivez le conseil de celui de qui vous êtes obligé de prendre avis.
PREMIÈRE PRÉCAUTION
La première précaution contre le démon est de ne jamais faire, sans les ordre ■ de l'obéissance, aucune chose, excepté ce qui est ordonné par la religion, quoiqu'elle semble bonne et charitable, soit dans le monastère, soit hors du monastère : car c'est l'obéissance qui donne le mérite à votre action et la sûreté à votre entreprise. Ne faisant rien que par obéissance, vous éviterez la volonté propre et les embûches du démon, et les dommages qu'il vous forait, et dont Dieu vous demandera compte à son jugement. Sans cette précaution, l'ennemi implacable de votre âme vous trompera également dans les grandes choses et dans les petites, quoique vous croyiez bien faire. Quand même vous ne feriez point d'autre perte que de quitter la conduite de l'obéissance, elle serait considérable, puisque vous pécheriez, et que l'obéissance est plus agréable à Dieu que les sacrifices. De plus, les actions d'un religieux ne lui appartiennent pas ; mais elles dépendent du supérieur : si l'inférieur les soustrait à sa juridiction, elles seront infructueuses, inutiles et perdues.
DEUXIÈME PRÉCAUTION
La seconde précaution est que vous ne regardiez jamais votre supérieur, quel qu'il soit, que comme Dieu même, puisqu'il vous est donné comme lieutenant de Dieu. C'est néanmoins ce que le démon, qui est l'ennemi mortel de l'humilité, empêche de toutes ses forces; car il sait bien que si vous considérez de cette manière votre supérieur, vous acquerrez de grands biens spirituels et de grands mérites; et si vous ne lui donnez pas ce rang dans votre esprit, vous ferez des pertes infinies. Gardez-vous donc bien de faire la moindre réflexion sur sa qualité, sur son savoir, sur ses manières, sur ses perfections ou sur ses défauts : si vous y aviez égard, vous vous causeriez à vous-même de très-grands dommages, car vous obéiriez à l'homme et non à Dieu; vous rendriez l'obéissance a votre supérieur par des motifs humains, et non par des motifs surnaturels; vous serviriez l'homme, qui est visible, et non pas Dieu, qui est invisible. Ainsi votre obéissance serait vaine et fausse; elle changerait selon l'humeur et la disposition de votre supérieur : s'il vous était favorable, vous lui obéiriez volontiers; s'il vous était contraire, vous lui obéiriez avec chagrin. Comment donc votre obéissance vous serait-elle avantageuse devant Dieu? Je puis donc vous assurer que quand le démon persuade secrètement aux religieux de faire attention sur les façons de faire de leurs supérieurs, il perd un grand nombre de ceux qui aspirent à la vertu, puisque leur obéissance n'est, pour cette raison, d'aucune valeur aux yeux de Dieu. Si vous ne vous faites violence au point qu'il vous soit indifférent quel supérieur que vous ayez et de quelle manière il agisse envers vous, jamais vous ne pourrez ni être homme spirituel, ni garder vos vœux fidèlement.
TROISIÈME PRÉCAUIION.
La troisième précaution combat directement le malin esprit. Elle consiste à pratiquer une sincère cl continuelle humilité de paroles et
ASPIRATION A NOTRE-SEluNEUR
d'actions, à vous réjouir des bonnes œuvres des autres comme des vôtres, à désirer sans déguisement que les autres vous soient préférés en tuâtes choses. C'est ainsi que vous vaincrez le mal par le bien, que vous chasserez le démon et que vous goûterez la joie du cœur. Etudiezvous à exercer ces vertus plutôt envers ceux pour qui vous ne sentez pas beaucoup d'amitié , qu'envers les autres ; et persuadez-vous fortement que si vous ne vous comportez de la sorte, vous n'aurez jamais une parfaite charité et vous n'y ferez aucun progrès. Aimez à recevoir des instructions de tout le monde, plutôt qu'à eu donner aux moindres de tous.