‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 60 sur 448 · LE MERCREDI · texte numérisé non relu

LE MERCREDI

En ce jour, vous penserez au passage de la mort, cette pensée est une des pensées les plus utiles pour s'avancer dans la vraie sagesse, et pour éviter le péché, comme aussi pour commencer à temps à se préparer pour l'heure de la reddition des comptes. ■$

Voyez donc, premièrement, combien est incertaine l'heure à laquelle la mort viendra vous surprendre. Vous ne savez ni le jour, ni le lieu, ni l'état, où elle viendra vous prendre, seulement vous savez bien qu'il vous faut mourir; tout le reste est incertain, si ce n'est qu'ordinairement la mort enlève les hommes dans le temps et à l'heure où ils s'en inquiètent et y pensent le moins.

Pensez, en second lieu, que non-seulement il faudra quitter tout ce qu'on aime en cette vie, mais qu'il faudra que l'âme se sépare du corps son compagnon le plus ancien et le plus chéri. Si on regarde comme un grand mal d'èl.-e exilé de sa patrie et d'être éloigné de l'air natal, quoique l'exilé puisse emporter avec lui tout ce qu'il veut, combien ne sera-ce pas un plus grand mal de subir l'exil universel de toutes choses ? d'être exilé de sa maison , de son héritage, de ses biens, de ses amis, de son père, de sa mère, de ses enfants, de la lumière et de l'air communs , enfin de tout au monde ? Si un bœuf pousse des mugissements quand on le séoare du bœuf avec lequel il labourait, quels seront vos rugisse-

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TTAIRG I>B L ORAISON I.T DE LA MÉDITATION

nionts, lorsque vous serez séparé de (ous ceux à côté de qui et dans la compagnie de qui vous aurez porté les charges de votre vie!

Considérez encore la peine que l'homme éprouve, lorsqu'il se représente ce qui attend le corps et l'âme après la mort. Quant au corps, tout ce qui peut lui arriver de mieux, c'est d'être mis dans une fosse de sept pieds, en compagnie des autres morts ; mais l'âme ne connaît pas avec certitude ce qu'elle sera, ni quel sort sera le sien. C'est là une des plus grandes angoisses que l'on souffre alors, que de savoir qu'il y a la gloire et la peine éternelle, que l'on est également près de l'une cl de l'autre, sans savoir, de ces deux états si différents, lequel sera le nôtre.

Mais une autre angoisse qui n'est pas moindre, c'est celle que cause le compte que l'on va rendre; cette pensée a fait trembler jusqu'aux plus courageux. Arsène, sur le poini de mourir, se mit à trembler, et comme ses disciples lui disaient : Père, vous avez peur maintenant? 11 répondit : Mes enfants, cette crainte n'est pas nouvelle en moi, j'ai toujours vécu avec elle. Alors donc tous les péchés se présentent à l'homme, comme un escadron prêt à fondre sur lui, et les plus grands, ceux dont il a reçu le plus de plaisir, sont les plus menaçants et ceux qui lui causent le plus d'épouvante. O combien alors est amer lesouvenirduplaisir, qui autrefois paraissait si doux! Non, certes, ce n'est pas sans raison que le Sage a dit : Ne regarde: pas le vin quand ses vives couleurs resplendissent dans le verre, car quoiqu'un moment où on le boit il semble agréable , il finit par mordre comme la couleuvre, et par répandre son poison comme le basilic. Tels sont les charmes de ce funeste breuvage de l'ennemi, tel est le goût que laisse ce calice de Babylone dont l'extérieur est doré. Alors l'homme misérable se voyant entouré d'accusateurs commence à trembler à la seule instruction de son jugement et à se dire en lui-même : Misérable que je suis d'avoir vécu trompé comme je l'ai été, et d'avoir marché dans de telles voies! que sera-t-il fait de moi dans ce jugement? Si saint Paul dit qu ' ce que l'homme aura semé, il le recueillera ; moi qui n'ai semé autre chose que des œuvres charnelles, que dois-je espérer d'en recueillir, si ce n'est la corruption? Si saint Jean dit que dans cette cité dernière, qui est toute brillante de l'or le plus pur, rien de souillé ne peut entrer» que puis-je espérer, souillé comme je le suis et couvert de toute la honte dans laquelle j'ai vécu?

Mais passons maintenant aux sacrements de la pénitence, de la communion et de l'exlrême-onction qui sont les derniers secours par lesquels l'Eglise puisse nous assister en celte extrémité. En cela, comme en tout le reste, vous avez à considérer les transes , les tortures, que l'homme endure alors pour avoir mal vécu; combien il voudrait avoir suiu d'autres voies; la vie qu'il se propose alors de mener, s'il lui était accordé du temps pour vivre encore; comment il se réclame à Dieu; mais les souffrances et les progrès de la maladie lui en laissent à peine quelque moyen.

Voyez encore les efforts de ce travail de désorganisation par où finit la maladie. Combien sont effrayants et épouvantables les signes avantcoureurs de la mort I La poitrine se soulève, la voix devient rauque, les pieds sont déjà morts, les genoux glacés, le nez s'efûle,les yeux perdent leur éclat, le visage paraît mort, et bientôt la langue reste sans mouvement. Enfin, l'âme précipitant toujours les apprêts de son départ, laisse dans le trouble tous les sens qui ont perdu leur activité et leur puissance. C'est alors que l'âme souffre les plus grands maux, c'est alors qu'au milieu des combats et dans l'agonie, elle part pour l'autre monde, sous le poids de la crainte que lui causent ses comptes, qu'elle est prête à rendre. Car naturellement elle répugne à son départ autant qu'elle tient à son état présent et elle appréhende singulièrement de rendre ses comptes.

Une fois l'âme séparée du corps, il vous reste encore deux chemins à parcourir : celui que prend le corps que vous devez accompagner à la sépulture, et celui où entre l'âme qu'il vous faut suivre jusqu'à la décision de sa cause, afin de bien considérer ce qui arrive à l'un et à l'autre. Examinez d'abord ce qu'on fait pour le corps après que l'âme l'a quitté, quel est le noble vêtement que l'on emploie pour l'ensevelir, et quelle est la diligence avec laquelle on le met hors de la maison. Ne perdez aucune circonstance de son enterrement, prenez garde au son des cloches que l'on met en branle, aux invitations à prier pour le mort, aux offices, aux chants lugubres de l'Eglise, au cortège, à la tristesse des amis, enfin à toules les particularités qui se rencontrent en pareil cas, voire même l'abandon du corps dans la terre de sa sépulture où il est laissé dans un éternel oubli.

Mais aussitôt le corps inhumé, venez vous placer derrière l'âme ; ne la perdez pas de vue dans le chemin qu'elle parcourt pour aller dans une nouvelle région, ri dans ce qui lui arrivera à la fin, et voyez comment elle sera jugée. Figurez-vous que vous êtes déjà présent à ce jugement et que toute la cour céleste est attentive à la fin de celte sentence qui dépendra des charges et des décharges de tous les dons reçus, jusqu'à la tête d'une petite épingle. Alors on demandera compte dé la vie, des biens, de la famille, des inspirations de Dieu, de tous les moyens et avantages reçus pour bien vivre, et par-dessus tout du sang de Jésus-Christ ; alors chacun sera jugé selon le compte qu'il rendra de ce qu'il avait reçu.

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