‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 61 sur 448 · LE JEUDI · texte numérisé non relu

LE JEUDI

En ce jour, vous penserez au jugement dernier pour réveiller dans votre âme par cette considération, les deux principales dispositions dans lesquelles doit vivre tout chrétien fidèle, savoir : la crainte de Dieu et l'horreur du péché.

Pensez donc , premièrement, combien sera terrible le jour où seront mises au net les causes de tous les enfants d'Adam, le jour où seront tirées les dernières conclusions des procès de nos vies, le jour où sera renJue la sentence finale qui fixera notre sort pour jamais. Ce jour sera le jour de l'embrasement des jours de tous les siècles présents, passés et à venir; parce qu'en ce jour le monde rendra compte de tous ces temps, et qu'en ce jour éclateront les fureurs cl les vengeances qui se seront accumulées dans tous les siècles; car plus les péchés qui se sont entassés depuis le commencement du monde, auronl soulevé de colère et de fureur, plus les eaux débordées du fleuve de l'indignation divine se répandront avec impétuosité.

Considérez, en second lieu, les signes épouvantables qui précéderont ce jour; car, comme dit le Sauveur, avant que ce jour vienne, il y aura des signes dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles, en un mot, dans toules les créatures qui sont au ciel et sur la terre; avant de finir, elles sentiront toutes approcher leur fin, elles seront ébranlées et tomberont déjà avant de tomber. Mais les hommes, dit-il, sécheront de frayeur et marcheront à la suite de la mort, en entendant les hurlements épouvantables de la mer et en voyant les tempêtes et les flots énormes qu'elles soulèveront. Ils tireront d'affreuses conjectures de ces misères, de ces grandes calamités qui menaceront le monde par de terribles préludes. Dans cet effroi et ces épouvantements, ils fuiront, les joues creuses et défigurées, morts avant de mourir, condamnés avant d'êire jugés, mesurant à leurs frayeurs leurs immenses dangers, chacun tellement absorbé par ses propres impressions que nul ne songera aux autres, pas même à son père ou à son enfant. Personne ne s'inquiétera de personne, parce que chacun sera court de ressources pour soi-même.

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316 TRAITÉ DE L'OIUISO.N ET DE LA MEDITATION

Considérez, en troisième lieu, considérez ce déluge universel de feu qui précédera le juge et le son formidable de la trompette que l'archange fera retentir pour appeler et assembler en un même lieu toutes les générations du monde, et les citer devant le juge et surtout avec quelle épouvantable majesté le juge apparaîtra.

Considérez ensuite combien sera rigoureux le compte que l'on demandera à chacun. En vérité, dit Job, l'homme ne pourra jamais être justiGé s'il parait devant Dieu et s'il vient à se présenter devant lui pour être jugé. Mille charges pèsent sur lui, pourra-t-il répondre à une seule? Qu'éprouvera alors chacun des méchants, quand Dieu entrant dans l'examen avec lui et lui découvrant sa conscience , lui dira : « Viens ici, homme méchant, qu'avais-tu vu en moi? pourquoi m'as-lu « méprisé et pourquoi as-tu passé dans les rangs de mes ennemis? Je « t'avais créé à mon image et à ma ressemblance, je t'avais donné la « lumière de la foi, je t'avais fait chrétien et je t'avais racheté de mon « propre sang. Tour loi, j'ai jeûné, je me suis fatigué, j'ai veillé, traie vaille et sué des gouttes de sang. Pour loi, j'ai souffert les persécu- « tions, les coups de fouels, les blasphèmes, les dérisions, les soufflets, « les ignominies, les tourments et la croix. Témoins celte croix et ces « clous que tu vois ; témoins ces plaies de mes mains, de mes pieds et « de mon côté; témoins le ciel et la terre, en présence desquels j'ai « souffert. Mais toi, qu'as-tu fait de cette âme qui ne devait plus être à « toi, mais à moi qui l'avais payée de mon sang? Au service de qui as- « tu employé ce que j'avais acheté si cher? O génération insensée et « adultère! pourquoi as-tu mieux aimé servir ton propre ennemi dans « la peine et dans l'affliction, que moi, ton Créateur et ton Rédempteur, « dans la joie? Combien de fois ne vous ai-je pas appelés, et jamais « vous ne m'avez répondu; combien de fois n'ai-je pas frappe à vos « portes, et jamais vous ne m'avez ouvert. J'ai étendu mes bras sur la « croix et vous ne m'avez pas même regardé 1 Vous avez méprisé mes «conseils, toutes mes promesses et mes menaces. Allons, vous, « mes anges, dites, maintenant, qu'ai-je dû faire de plus pour ma vigne « que ce que j'ai fait pour elle? » A cela que répondront les méchants, ceux qui se jouent des choses divines, ceux qui se moquent de la vertu, ceux qui méprisent la simplicité, ceux qui font plu9 de cas des lois du monde que de la loi de Dieu, ceux qui sont sourds à sa voix et à toutes ses inspirations secrètes, rebelles à tous ses commandements, insensibles à ses atteintes, durs et ingrats à tous ses bienfaits? Que répondront ceux qui vivent comme s'ils croyaient qu'il n'y a point de Dieu, et ceux qui ne connaissent d'autre loi que leur intérêt? O malheureux ! que ferez-vous, leur dit Isaïe, quand viendra de loin vous surprendre le jour de la Visitation et de la calamité? A qui demanderez-vous du secours? à quoi vous servira l'abondance de vos richesses ?

Après tout cela, considérez, eu cinquième lieu, la torrihle sentence que fulminera le juge contre les méchants, et ces effrayantes paroles qui feront tinter les oreilles de quiconque les entendra. Ses lèvres, dit Isaïe, sont pleines d'indignation et sa langue est un feu dévorant. Quel est le feu dont l'ardeur soit comparable à ces foudroyantes paroles : Eloignez-vous de moi , allez, maudits, au feu éternel qui a été préparé à Satan et à tous ses anges? Dans chacune de ces paroles, vous trouverez abondamment de quoi réfléchir et de -quoi trembler; dans la séparation, dans la malédiction, dans le feu, dans la compagnie et surtout dans l'éternité.

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