‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 82 sur 448 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Ce que c'est que la dévotion.

La plus grande peine qu'éprouvent les personnes qui s'adonnent à l'oraison vient du manque de dévotion. Quand on a la dévotion, il n'y a rien de plus facile et de plus doux que l'oraison. Après avoir traité de la matière de l'oraison et de la manière de la faire, nous allons traiter de ce qui procure la dévotion et de ce qui y met obstacle; puis d :s tentations auxquelles sont le plus sujettes les personnes dévotes. Nous donnerons ensuite quelques avis nécessaires pour se bien conduire dans cet exercice. Faisons d'abord connaître ce que c'est que la dévotion, afin que l'on sache d'avance quelle est la joie qui attend les succès du combat.

La dévotion, dit saint Thomas, est une vertu qui rend l'homme propre et apte à toutes les vertus, et qui lui rend le bien facile et l'excite à le faire. Celte définition en dit assez pour nous faire entendre clairement la nécessité, la grande utilité de celte vertu; elle eu dit même plus que certaines personnes ne pourraient penser.

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TUA1TE DE L ORAISON" ET DE LA MEDITATION

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Pour le bien comprendre, il faut savoir que ce qui nous détourne le plus de la bonne vie, c'est la corruption naturelle qui nous vient du péché. De là celle grande inclination qui nous porte au mal, cette grande difficulté et ce dégoût pour le bien. C'est pour ces deux raisons que nous trouvons si pénible le chemin de la vertu, qui est d'elle-uième la chose la plus douce, la plus belle, la plus aimable et la plus honorable du monde. Or, la divine sagesse nous a préparé contre celle difficulté et ce dégoût un remède convenable et puissant dans la vertu et le secours de la dévotion. Car de même que l'aquilon dissipe les nuages et laisse le ciel serein et découvert, de même la vraie dévotion chasse de notre âme tous les dégoûts et toutes les difficultés, et la laisse libre et toute prêle à faire le bien. Cette vertu est telle qu'elle n'est pas seulement un don du Saint-Esprit, mais encore une rosée du ciel, un secours et une visite de Dieu, obtenus par l'oraison, dont la condition est d'être un combat. Elle nous élève au-dessus des difficultés et des dégoûts, en nous guérissant de la tiédeur, en nous rendant prompls et diligents, en nous remplissant l'âme île bons désirs, en éclairant notre entendement, en fortifiant notre volonté cl en l'embrasant de l'amour de Dieu, en éteignant les flammes des mauvais désirs, en nous inspirant le dégoût du monde et l'horreur du péché; enfin, en nous donnant un autre esprit, un autre courage, une ferveur et des forces nouvelles pour faire le bien. Et de même que Samson, tant qu'il eut des cheveux, était le plus fort des hommes du monde, et qu'après les avoir perdus il était faible comme tous les autres, de même l'âme chrétienne est forte, lorsqu'elle a la dévotion, et faible lorsqu'elle ne l'a pas. Voilà ce que saint Thomas a voulu nous enseigner par sa définition; et ce qui est sans contredit le plus grand éloge qu'on puisse faire de cette vertu, c'est de dire qu'elle seule est le stimulant et l'aiguillon de toutes les autres. Que celui donc qui désire s'avancer dans le chemin des vertus ne parte pas sans cet éperon, car autrement il ne réussira pas à relever de paresse sa mauvaise bête.

Ce que nous venons de dire donne l'idée claire de ce qu'est essentiellement la vraie dévotion, qui ne consiste pas dans cette tendresse de cœur, ou dans ces consolations que l'on éprouve quelquefois pendant que l'on prie, mais dans la promptitude et l'ardeur à faire le bien. Aussi arrive-t-il souvent que l'un est sans l'autre, lorsqu'il plaît au Seigneur d'éprouver les siens. 11 est vrai que de cette dévotion qui porte à faire le bien naît ordinairement la consolation, et que la consolation augmente à son tour la vraie dévotion, le goût spirituel et le courage pour faire le bien : c'est pourquoi les serviteurs de Dieu peuvent désirer avec beaucoup de raison ces joies et ces consolations, sinon pour le plaisir qu'elles causent, du moins pour l'accroissement de dévotion qu'elles donnent. C'est ce que nous fait entendre le Prophète, lorsqu'il dit : Seigneur, j'ai couru dans la voie de vos commandements, parce que vous avez dilaté mon cœur; c'est-à-dire la joie de vos consolations a été cause de la légèreté de ma course. 11 nous reste maintenant à traiter ici des moyens d'acquérir la dévotion; mais con«mc à cette vertu se trouvent jointes toutes les vertus qui nous mettent dans un rapport familier avec Dieu, traiter des moyens d'acquérir la dévotion, c'est traiter des moyens de parvenir à l'oraison parfaite et à la contemplation; des moyens de parvenir à jouir des consolations du Saint-Esprit, de l'amour de Dieu, de la sagesse du ciel, de l'union de notre âme avec Dieu, ce qui est la Onde toute la vie spirituelle; c'est enfin traiter des moyens de parvenir à jouir de Dieu dans celte vie, en quoi consiste le trésor de l'Evangile et la pierre précieuse pour la possession de laquelle le sage marchand se défit avec joie de tout ce qu'il avait. On voit par là combien c'est une haute théologie, puisqu'il ne s'agit de rien moins que

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* TRAITÉ DE L'ORAISON ET DE LA MÉDITATION. 3i9

d'enseigner le chemin du souverain bien et l'art de dresser, échelon par échelon, une échelle pour atteindre le fruit de la félicité dont on peut jouir en celte vie.

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