‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 83 sur 448 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

De neuf choses qui servent pour acquérir la dévotion.

Plusieurs choses sont très-utiles à la dévotion; et, premièrement, une de celles qui y servent le plus, c'est de prendre les saints exercices au sérieux et fort à cœur, d'avoir une volonté bien déterminée et bien résolue à faire tout ce qui sera nécessaire pour acquérir cette pierre précieuse, quelque ardu et difficile que soit le travail de celle entreprise. Car, s'il est certain qu'il n'y a rien de grand qui ne soit difficile, ceci n'est pas non plus sans difficulté, du moins dans les commencements.

Il faut, en second lieu, garder son cœur et en écarler toutes sortes de pensées oisives et vaines-, toutes les affections et les amours étrangers, et tous les troubles et les mouvements passionnés. 11 est clair que chacune de ces choses est un empêchement à la dévotion, et qu'il n'esl pas moins nécessaire d'avoir le cœur réglé pour prier et pour méditer, que d'accorder la guitare pour la toucher.

Troisièmement, il est nécessaire de garder ses sens, particulièrement la vue, l'ouïe et la langue, parce que par !a langue le cœur se dissip •, et par les yeux et les oreilles il se remplit des images de différent s choses qui troublent la paix et la tranquillité de l'âme. Aussi l'on i coutume de dire que l'homme contemplatif doit êlre sourd, aveugle et muet de cœur. La raison en est que plus il serait dissipé au dehors, moins il serait recueilli à l'intérieur.

Quatrièmement; la dévotion demande la solitude, car elle n'ôle pas seulement les distractions aux sens et au cœur, ainsi que les occasions du péché, mais elle appelle l'homme à demeurer en lui-même et à traiter entre Dieu et lui, à la faveur d'un lieu où il ne se trouve pas d'autre compagnie.

Cinquièmement, on peut y faire servir la lecture des livres de spiritualité et de dévotion. Ils fournissent des matières à la méditation, ils aident au recueillement du cœur, ils réveillent la dévotion, ils font penser l'homme de bonne volonté à ce qu'il apprend doucement; m.'iis, avant tout, il doit toujours avoir présent à la mémoire ce qui lui remplit le plus le cœur.

Sixièmement, rien n'est plus utile pour penser continuellement à Dieu que de marcher toujours en sa présence et de faire usage de ces courtes oraisons que saint Augustin nomme jaculatoires : elles gardent la demeure du cœur et elles en entretiennent la chaleur. Par ce moyen on est prêt à toute heure à entrer en oraison. Cet enseignement est un des principaux de la vie spirituelle et il ouvre une précieuse ressource aux personnes qui n'ont ni un temps ni un lieu commode pour faire oraison ; celui qui se tiendra toujours dans celle pratique proûtera beaucoup en peu de temps.

Septièmement, ce qui y sert encore beaucoup, c'est la constance et la

(ersévérance dans les exercices de piété que l'on fait régulièrement

tans les mêmes temps et les mêmes lieux, principalement le soir ou le

n alin, qui sont les temps les plus convenables pour l'oraison, d'après

es saintes Ecritures.

Huitièmement, on trouve encore de puissants secours dans les morli6cations et les abstinences, dans la pauvreté de la table, la dureté du lit, l'usage des cilices, des disciplines et autres moyens semblables. Car toutes ces choses inventées par la dévotion serveut à la réveiller, à la conserver et à faire croître la racine qui leur a donné naissance.

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TRAITE DE L ORAISON ET DE I A MEDITATION

Neuvièmement enfin, les œuvres de miséricorde; ce sont elles qui nous inspirent la confiance de paraître devant Dieu; elles accompagnent nos oraisons de leurs bons sen ires, et par ce moyen les prières que nous faisons ne sont pas des prières nues, et elles méritent d'être reçues miséricordieusement, puisqu'elles procèdent d'un cœur miséricordieux.

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