‹ uvres tres-complètes de Sainte ThérèseChapitre 104 sur 201 · A DOM FRANÇOIS DE SALCÈDE , GENTILHOMME DAVILA · texte numérisé non relu

A DOM FRANÇOIS DE SALCÈDE , GENTILHOMME DAVILA

La Sainte lui fait d'aimables compliments , et l'éloge du bienheureux Jean de-la-Croix .

Septembre 1368. — Jésus soit toujours avec vous, monsieur.

Dieu soit loué de ce qu'après avoir écrit sept ou huit lettres d'affaires accablantes et indispensables, il me reste un moment pour me délasser de cette fatigue en m'entretenant avec vous , et pour vous assurer que je reçois toutes vos lettres avec une vraie joie.

Ne pensez donc pas, s'il vous plaît, que ce soit temps perdu de m'écrire; sûrement j'ai quelquefois besoin que vous me donniez cette consolation; à condition cependant que vous ne me répéterez point sans ce*se que vous êtes vieux. Ce discours me chagrine d'autant plus, que je ne crois pas les jeunes gens plus assurés de vivre longtemps. Je souhaite que Dieu vous conserve jusqu'à ce que je meure : mais comptez que dès que je serai morte je le prierai ardemment de vous appeler à lui au plus tôt, afin de ne me trouver pas sans vous en l'autre monde.

Obligez-moi , monsieur , de parler au père Jean de la Croix , et de le favoriser de tout votre pouvoir dans l'affaire dont il s'agit. Il est trèspetit de corps; mais il est très-grand aux yeux de Dieu, fort sage et fort judicieux. Il pratique depuis quelque temps de si étranges austérités , que je le crois très-propre à notre saint ordre , auquel il paraît que Dieu l'appelle. Sa conduite est si édifiante , qu'on ne peut douter que Dieu ne le soutienne perpétuellement de sa main : car, bien que je me sois quelquefois fâchée contre lui, et que dans l'accablement d'affaires où nous sommes à présent nous ayons eu bien des occasions d'offenser Dieu , je n'ai pas remarqué en lui la moindre imperfection : il n'y a pas un des religieux qui ne l'estime et qui ne s'en loue ; il ne manque pas de courage, et il a bien besoin d'en avoir pour soutenir seul, comme il est, de si rudes commencements. Je m'attends qu'il vous dira des nouvelles de nos affaires; ainsi je ne vous en dirai pas davantage.

Soyez cependant persuadé que je ne compte pas pour peu que vous ayez voulu donner six ducats pour me venir \oir; quoique je puisse vous assurer que je donnerais avec plaisir une bien plus grosse somme si je l'avais , pour avoir la consolation de vous entretenir : et ce serait avec justice , car vous valez infiniment mieux que moi. De bonne foi, quel cas peut-on faire d'une pauvre religieuse, telle que je suis, qui n'est bonne à rien, et qui ne possède rien?

Plaise à Dieu de continuer la santé du nouveau marié : ne soyez pas, monsieur, si incrédule; l'oraison peut tout, et j'espère que le sang et la parenté pourront beaucoup. Nous prierons le Seignenr de signaler sa toute-puissance en sa faveur. Le croiriez-vous ? La maladie de son épouse me paraît encore plus incurable que la sienne. Rien cependant n'est impossible à Dieu.

Je baise très-respectueusement les mains à madame votre femme, et je salue la bonne Ospedal. Faites-moi le plaisir d'assurer Maridias , la dame Flamande , et madame Marie d'Avila , que je ne les oublie point, et que je les supplie de ne me point oublier devant Dieu , et de lui recommander aussi les affaires de notre ordre. Dieu veuille vous conserver bien des années ; peut-être que celle-ci ne se passera pas sans que j'aie l'honneur de vous aller voir, tant est grand l'empressement qu'a la princesse d'Ebulie que j'aille établir des carmélites à Pastranc. Je suis avec mille respects ,

Votre véritable servante, Thérèse de Jésus, carmélite.

Encore une fois , monsieur ,. ayez la bonté de parler au père Jeande-la-Croix, et de lui conseiller ce que vous jugerez convenable à sa manière de vie. Dieu lui adonné une grandeur d'âme admirable; sa ferveur est ravissante, elle m'anime et m'encourage au dernier point; et la vertu qu'il fait éclater en des occasions très-difGciles , me persuade que Dieu comblera de ses bénédictions de si heureux commencements. Il est homme de grand esprit et de grande oraison. Plaise au Seigneur de l'y perfectionner de jour en jour.

REMARQUES

Celle leltre familière est tournée si agréablement, qu'elle me fait souvenir d'un illustre témoignage que rendit à noire Sainte une grande princesse , religieuse dans le monastère des capucines de Madrid, lorsqu'à la prière de son altesse royale sainte Thérèse y alla : car cette princesse et sa communauté en turent si charmées, qu'elles ne cessèrent point, les quinze jours qu'elles la possédèrent , de rendre grâces à Dieu de leur avoir lait voir une Sainte que toutes pouvaient imiter, qui ne faisait paraître rien d'extraordinaire ni dans sa conduite, ni dans sa personne, ni dans ses manières, ni dans ses entretiens ; qui parlait, riait, mangeait connue toutes les autres, sans affectation-, sans façon, et sans nulle cérémonie. Elles trouvèrent son humeur et sa conversation si humble , si douce cl si édilianie, qu'elles répétaient sans cesse qu'elle était remplie de l'esprit deJésus-Christ, qu'elle vivait et conversait parmi elles, comme Jésus-Christ avait vécu et conversé dans le monde. En effet cette Sainte si dure pour elle-même qu'elle se consumait du désir de mourir et de souffrir, était si tendre et si compatissante pour les autres, qu'elle gagnait les coeurs de tous ceux qui avaient le bonheur de la connaître.

Monsieur de Saleède, à qui cette letlre est adressée, était si vertueux, que la Sainte le nommait sans hésiter le saint Cavalier. C'est lui dont elle parle si souvent dans le livre de sa Vie, et à qui elle attribue lant de mérite et de spiritualité. Elle lui écrivit celte lettre l'an 1508, à Valladolid, lorsqu'elle y établissait une maison de camélites déchaussées , et qu'elle envoya le bienheureux père Jean de-la-Croix à Duruelo pour y faire un établissement de carmes déchaussés, et donner commencement à la réforme des religieux établie depuis plusieurs années parmi les religieuses. Ce fut au mois de septembre. Voyez l'Histoire générale des cannes déchaussés et des carmélites déchaussées, 1 part. liv. 5, chap. 19.

La Sainte prie ici monsieur de Saleède de faire ses compliments à trois personnes célèbres dans Avila : la première était la vénérable Maridias , éminente en sainteté ; la seconde, une dame flamande depuis caniélite déchaussée, appelée en religion la

mère Anne Je S. Pierre ; et la troisième, la fille aînée de cette sainte veuve, nommée mademoiselle Gusmant.

Iles) rapporté dans les informations qui furent faites pour la béatification de la Sainte, qu'une jeune sœur de mademoiselle de Gusmant , <|iii fut depuis carmélite avec madame sa unie au monastère de saint Joscpb-d'Avila, ou elle se nommait Anne des anges, désirant avec une extrême ardeur que celle demoiselle l'imitât dans le dessein qu'elle avait formé de se consacrer à Dieu, s'adressa à sainte Thérèse afin qu'elle lui obtint de Dieu une si grande grâce; et que la Sainte, après l'avoir écoutée tranquillement, lui dit ces mots : Rendez grâces à Dieu , ma fille, de ce que votre chère sœur, après avoir été mariée, sera religieuse; et de ce qu'elle aura un fils et une fille qui serviront Dieu dans la religion. L'événement justifia la prophétie; car mademoiselle de Gusmant lut mariée, et eut un fils bénédictin et une fille religieuse; après quoi elle fil elle-même profession dans un monastère de l'Ordre de saini François.

A MADAME JEANNE d'aHUMADE SA SOEl'K.

Elle la conjure (l'avoir soin rie son propre salut, lui explique ses scrupule* sur la pauvrelé, et In prie rie ne point l'engager dans les affaires du inonde.

15G9, à la pu de l'année. — Jésus soit toujours avec vous, ma chère sœur.

Je ne serais pas raisonnable si la crainte île vous importuner m'empêchait de vous écrire par une voie aussi sûre qu'est celle de ce courrier; je loue Dieu de me l'avoir adressé, et je le prie de pourvoir de la même sorte à tout ce qui nous manque.

Des affaires importantes ont appelé ici monsieur votre mari , malgré l'extrême appréhension que nous avions qu'il fit ce voyage. Peut-être sera-t-il obligé de le faire une seconde fois pour recevoir l'argent que vous savez, qu'on pourrait cependant lui faire tenir très-aisément s'il le souhaitait. 11 vous apportera, ma chère sœur, des nouvelles de monsieur votre fils. Quelque joie que j'aie que vos affaires temporelles soient en bon état , je souhaite infiniment davantage que celles de votre salut leur soient préférées. Ne manquez donc pas, je vous prie, de vous confesser à Noël, et de vous souvenir de moi dans vos prières.

Je ne sais si vous avez remarqué que quoi que je puisse faire, Dieu ne veut pas que je sois vraiment pauvre : j'en aurais bien de la peine , n'était que l'argent que la Providence m'envoie m'ôte le scrupule des dépenses que je suis contrainte de faire pour des choses qui ne regardent point le service de l'ordre. Je vais donc payer de celui que j'ai reçu quelques bagatelles que je vous ai données, et laisser de quoi satisfaire à des emplettes que nos monastères ont faites , pour prévenir, si je puis, l'inquiétude dont je suis agitée dans les occasions que je viens de vous déclarer. S'il me restait de l'argent entre les mains , il me serait impossible de le garder, voyant l'extrême pauvreté du monastère de l'Incarnation. J'aurai beau faire en sa faveur, il ne me rotera pas sûrement cinquante écus à lui donner. Néanmoins, dans la distribution que je fais de cet argent, je ne souhaite pas que ma volonté soit faite, mais celle de Dieu. Je le prie du fond du cœur de vous soutenir sans cesse de

9a main, de vous rendre une grande sainte, et de vous faire passer heureusement ces grandes fêtes.

Oserai-je vous dire que je ne suis point contente que monsieur voire mari soit toujours hors de chez lui? N'csl-il pas vrai qu'il dépense dans ses voyages plus qu'il ne gagne, et qu'il vous laisse seule dans la maison toute triste et désolée, et ses affaires extrêmement dérangées? Que n'attendons-nous en patience ce que le Seigneur veut faire , nous efforçant d'accomplir sa divine volonté? Si nous ne songions qu'à lui plaire, il aurait un soin particulier de tout ce qui nous regarde. Surtout, ma chère sœur, bannissez de votre cœur la crainte que vous pouvez avoir que vos enfants ne viennent à manquer. Croyez-moi , ils ne tomberont jamais dans ce malheur, s'il font ce que je leur recommande ici. N'oubliez pas aussi de considérer souvent que tout passe et s'enfuit de nous avec une rapidité inconcevable.

Permettez-moi, ma chère sœur, de vous demander une grâce; c'est de ne me point compter pour vous rendre service dans les affaires du monde, mais seulement pour vous offrir au Seigneur; car, malgré le sentiment de monsieur Godinez, je ne m'en mêlerai de mes jours. J'ai un directeur qui a soin de ma conscience, et je ne me gouverne pas par les conseils de toutes sortes de personnes. Cette déclaration n'est point pour vous donner de la peine , mais afin que vous puissiez répondre à ceux qui blâmeront ma conduite en ce point, que j'ai de bonnes raisons d'en user comme j'en use ; que tout ce qu'on me donne appartient tellement à l'ordre , qu'il ne doit être employé qu'en des choses qui lui soient utiles, et dont il puisse disposer.

Mon dessein aussi est de vous faire comprendre que de la manière dont le monde est fait, et dans l'état où il a plu à Dieu de me mettre , il y va de sa gloire et de mon repos particulier, qu'on ne croie pas que je fais quelque chose pour vous et pour votre famille ; car, bien que ce que je fais soit moins que rien , si l'on venait à s'apercevoir de la moindre chose, je suis sûre qu'on dirait aussitôt de moi ce que j'entends dire de tant d'autres personnes. C'est pourquoi je dois plus que jamais m'observer à cet égard.

Faites-moi la justice, ma chère sœur, d'être persuadée que cela ne vient point de froideur pour vous, puisque personne ne vous aime et ne vous chérit si tendrement que moi. J'essaie quelquefois de vous donner des marques de mon amitié en vous rendant certains petits services, qui ne vous déplairaient pas si je vous les racontais. Encore une fois, soyez persuadée, je vous prie, que quiconque est aussi exposé que. je le suis aux yeux du monde, doit extrêmement prendre garde de quelle manière il pratique même la vertu. Vous ne croiriez jamais la peine que j'ai à vous refuser ces sortes d'assistance : comme je la souffre pour plaire à Dieu , j'espère fermement qu'il aura soin de vous, ma chère sœur, et de tout ce qui vous appartient. Je finis en le suppliant de vous

6'2I> LETTAE l.XXI.

conserver, car je me suis beaucoup arrêtée, et l'on sonne matines. Toute à vous,

Thérèse de Jésus, carmélite.

J'embrasse tendrement Béa tri x ma chère nièce

REMARQUES

Madame Jeanne d'Ahumade, à qui celle lettre est adressée, était sœur de sainte Thérèse de père et de mère, mais beaucoup plus jeune qu'elle. La Sainte l'avait élevée auprès d'elle et dans sa cellule, lorsqu'elle était au monastère de l'Incarnation d'Avila. Ensuite elle épousa un gentilhomme de mérite nommé dom Jean d'Ovallé, à i|iii la Sainte adresse la lettre 118 de ce volume. Sainte Thérèse avait pour cette chère soeur un amour fort tendre, connaissant les rares qualités dont Dieu l'avait partagée, et dont elle fait en quelque sorte le panégyrique dans la lettre XXIX. La lettre XXX nous apprend que celle-ci a été écrite à Tolède à la lin de l'année 1509, lorsque la Sainte reçut de dom Laurent de Cépède, son Irère , une somme considérable pour l'employer à ses fondations, et une autre somme pour madame Jeanne d'Aliumadc, pour lors en nécessité.

Avertissement de la mère de Meaupeou.

Ceux qui ne savent pas les usages d'Espagne pourront être surpris île voir par cette lettre que la sœur de sainte Thérèse ne portait ni le nom de son père, appelé de Cépède, ni celui de son mari, appelé d'Ovallé, mais le nom de sa mère, appelée d'Ahumade. La coutume des Espagnols, lorsqu'il g a bien des enfants dans une famille, est de donner aux uns I- nom du père , et aux autres le nom de la mère s'il leur est également avantageux; car si la mère est d'une naissance plus illustre, tous les enfants, sans hésiter, prennent son nom préférablcment au nom de leur pire. Les familles de Cépède et d'Ahumade étaient tune et l'antre très nobles et très-distinguées. On prétend néanmoins que cette dernière s'était davantage signalée par des actions de courage , et que c'est pour cette raison que presque tous les enfants du second lit de M. de Cépède portaient le nom de leur mère. La Sainte même l'avait pris, se faisant appeler, avant que d'être carmélite déchaussée, Thérèse d'Ahumade. A'ous avons vu dans la lettre précédente que deux de ses frères, Augustin d'Ahumade et Pierre d'Ahumade, l'avaient aussi choisi comme plusieurs autres de ses frères et saurs.

Pour le nom du mari, les femmes en Espagne ne le portent jamais , à moins que ce ne soit celui d'un duché , d'un marquisat ou d'un comté; car alors on dit le duc et la duchesse, le marquis et la marquise, le comte et lu comtesse d'un tel lieu. Mais si les femmes partagent les titres des terres de leurs époux, elles ne partagent pus de même les litres de li a rs charges et de U nrs emplois ; car on ne dit point en Espagne comme en Erance : la gouvernante, la présidente, l'intendante d'une telle province ou d'un tel endroit.

LETTRE LXXL

A MADAME AGNES NIETO.

PREMIÈRE

La Sainte lui parle de l'usage de la prospérité, et de lu réception d'une fille dans une de

ses maisons.

28 décembre 15G9. — La grâce du Saint-Esprit soit toujours avec vous, madame.

Quoique je ne me sois pas donné plus tôt l'honneur de vous écrire, soyez sûre que la négligence n'a nulle part à mon retardement ; j'ai un soin tout particulier de vous recommander à Dieu dans mes faibles prières ; et comme une véritable amie, j'ai pris toute la part qu'on peut prendre à votre bonheur. Plaise à Dieu de vous en faire jouir un grand nombre d'années consommées à son service, car les biens de la terre ne sont pas absolument incompatibles avec le culte souverain que nous devons à Dieu, quoiqu'ils y forment souvent d'extrêmes obstacles.

LETTRE LXX1. i^7

Tout ce qu'on appelle biens dans cette misérable vie , ne mérite pas d'en porter le nom, puisque la plupart ne sont pas des biens, mais de véritables maux. Ainsi, madame, ce n'est pas pour vous un petit avantage de vous être appliquée les années précédentes avec tant de ferveur aux exercices de piété, parce qu'à la faveur des lumières que vous avez puisées dans celui qui en est la source intarissable, vous pouvez faire un juste discernement de ce qui est digne d'estime ou de mépris, et ne vous pas attacher à ce qui passe comme une ombre.

Mademoiselle Isabelle de Cordonne a eu depuis peu de grandes communications avec la mère prieure de ce monastère, qui, estimant beaucoup sa vertu, ma fait souhaiter de l'entretenir, et même de la recevoir en considération de monsieur votre mari , dont elle est parente. Cependant, madame, comme notre maison n'est pas encore bien établie, il sera nécessaire, si nous la recevons, qu'elle contribue à sa subsistance par quelque aumône. Quelque envie que j'eusse de l'admettre pour rien , il ne serait pas en mon pouvoir; non seulement parce que madame de Mendosa notre fondatrice ne l'agréerait pas , mais aussi à cause de l'extrême pauvreté de cette maison, à qui je ferais un grand tort dans le grand nombre de Qlles qui se présentent pour recevoir notre saint habit, de ne préférer pas celles qui peuvent nous aider à sortir d'une si pressante nécessité.

On m'a dit que monsieur votre mari lui promet une dot si elle veut être religieuse ; j'ai répondu que je croyais qu'il la lui donnerait encore plus volontiers pour entrer céans, que pour être religieuse autre pari. On assure aussi qu'elle a du bien, mais qu'il est de nature à ne pouvoir être vendu. Si l'on pouvait trouver quelque expédient pour lui donner de l'argent comptant, quand même ce serait beaucoup moins que ce que d'autres filles apporteraient, nous ne laisserions pas de lui donner la préférence, en considération de monsieur votre mari que j'honore véritablement. Permettez-moi de me recommander à vos saintes prières, et de vous assurer que je ne vous oublie point dans les miennes, tout indignes qu'elles soient. Comment pourrais-je ne pas accomplir un commandement qui est si fort de mon goût"?

On ne peut, madame, être plus reconnaissante que je la suis de l'image que vous avez eu la bonté de m'envoyer; je prie Dieu de vous récompenser d'un si magnifique présent; faites-moi le plaisir de le garder jusqu'à ce que je vous le demande ; ce sera lorsque je pourrai m'en servir et demeurer constamment dans quelqu'un de nos monastères. En attendant, je ne cesserai point de demander au Seigneur de vous combler de tous les biens spirituels que vous désire celle qui est pleine de respect ,

Votre indigne servante, TnÉiu'isr. de Jésus, carmélite.

C'est aujourd'hui la fête des saints Innocents

REMARQUES

Sainte Thérèse écriviteette lettre .1 Valladolid, 1- > tté embre 15G9.

A M0NSIECR ALONSO RAMIREZ, BODRGEOIS DE TOLEDE.

La Suinte parle de deux fondations qu'elle a faites, loue la magnificence de l'église qu'il a [ail bâtir, et traite divers sujets détachés.

5 /Vrr. 1571. — Jésus soit toujours avec vous, monsieur, pour vous combler de ses saintes grâces.

Si j'avais autant de loisir que vous en avez , je ne serais pas aussi négligente à vous écrire que vous êtes paresseux à me donner de vos nouvelles ; car j'ai un soin continuel de vous recommander au Seigneur dans mes faibles prières. La part que je prends à tout ce qui vous regarde me rendrait très-sensible à cette indifférence, si je n'apprenais souvent par d'autres voies l'état de votre santé. Je prie Dieu de vous la conserver à tous, afin que vous ayez le plaisir de voir un jour toute votre famille avantageusement établie, et de jouir un grand nombre d'années de cette belle église si louée pour sa magnificence. Dieu soit béni de tout.

Je me réjouis de ce que notre rôvérendissime père général a si heureusement terminé notre affaire : c'est un très-saint homme dont la conservation nous est infiniment précieuse. Quelque envie que j'aie de me rendre à Tolède, il m'a été impossible de me donner cette consolation : je n'ai pas eu un jour de repos, et qui n'ait été traversé par bien des afflictions ; on a fondé depuis peu deux monastères , dont celui-ci est le moins bien établi. Plaise au Seigneur que ce soit pour sa gloire.

Je ne comprends pas pourquoi on ne porte pas le corps de feu monsieur Martin Ramirez dans la nouvelle église; car je désire qu'il y soit inhumé : faites m'en savoir, je vous prie, la raison, et si ce que nous avons concerté ensemble a été exécuté. Vous ne croiriez jamais combien je pense à vous dans nos fondations, et avec quelle ardeur je prie Dieu de vous récompenser de ce que vous avez accompli ce que vous n'aviez promis qu'en vous divertissant. Que j'aurais de joie d'être à portée de vous entretenir souvent , vous que j'aime très-sincèrement en Notre-Seigneur 1

Monsieur Orlis me ferait bien du plaisir de m'écrire quelquefois et de me donner de vos nouvelles : s'il n'avait pas envie de le faire, ayez, s'il vous plaît, la bonté de l'y engager. Permettez-moi aussi de l'assurer de mes respects, et de marquer à madame votre femme combien je l'honore. Je chéris vos petits anges ; je souhaite qu'ils soient tous de grands saints, surtout mon patron.

J'oubliais de vous dire que monsieur d'Ovallé vous baise très-humblement les mains; il ne cesse de parler à tout le monde de l'obligation qu'il vous a. Que ne devrais-je point faire moi-même, qui vous en ai de si sensibles! Je prie Dieu de vous conserver, de vous soutenir lou-

LETTRE tXXIII. V29

jours de sa main , et de vous combler d'autant de grâces que vous en souhaite

Votre indigne servante, Thérèse de Jésus.

C'est aujourd'hui le 5 février.

Je ne vous dis rien , monsieur, du plaisir que vous me faites de prendre tant de soin de la mère Isabelle de saint Paul : les obligations que je vous ai sont telles que , ne pouvant jamais les reconnaître, j'espère que le Seigneur les reconnaîtra et m'acquittera de tout ce que je vous dois ; vous faites à cette mère une véritable aumône : Dieu soit béni de tout.

Obligez-moi de dire à monsieur Jacques Ortis qu'il n'oublie pas de faire placer la statue de saint Joseph à la porte de l'église.

REMARQUES

Sainte Thérèse écrivit celle lettre à Alve l'an 1572, actuellement occupée à y établir une maison de carmélites. Les difficultés qu'elle y rencontra sont rapportées dans le livre de ses fondations. On peut dire que quoique la fondation de Tolède lui ait donné une peine extrême, à cause des différents qui étaient entre les fondateurs, celle ci ne lui a pas moins coûté par les perpétuels obstacles qu'on formait à ses desseins.

La Sainte rend compte à M. Ramirez, beau-père de M. Ortis, de deux fondations qu'elle avait faites depuis celle de Tolède dont il était le fondateur ; une à Salamanque, et l'autre à Alve, qu'elle dit être la moindre des deux. Oserai-je après cela la nommer la principale? Il est cependant vrai que celle maison esl la plus estimée de toutes, parce que ue cédant pas à un monastère de son ordre en vertu et en sainteté, elle a le bonheur de posséder son sacré corps.

L'historien de l'ordre donnant de bonnes preuves ( tom. I, Ht. 5, chap. 2i) que cette lettrea élé écrite le 5 lévrier 1571, nous l'avons placée à cette année, quoique les remarques la mettent en Ib'i.

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