A LA TRES-ILLUSTRE MADAME GUIOMAR TARDO ET T AVER A
La Sainte ta console sur la maladie de madame sa mère, cl lui marque CulilUc nVs
affinions.
Année incertaine. — La grâce du Saint— Esprit vous accompagne incessamment, madame.
La lettre que vous m*avez fait l'honneur de m'écrire m'apprend de si tristes nouvelles , qu'elles m'ont ôté la joie que m'aurait donné celle marque obligeante de votre souvenir. Cela me fait sentir que Dieu ne veut pas que j'aie aucun plaisir qui ne soit mêlé d'amertume : qu'il en soit béni à jamais 1
Il paraît, madame, que toute votre illuslre famille aime véritablement le Seigneur, puisqu'il a soin de lui envoyer tant de diverses afflictions , qui sont en cette vie la récompense de cet amour ; afin que soutenues comme vous les soutenez avec une patience invincible , elles lu: soient un nouveau molif de la combler de plus en plus de ses dons ineffables. Pour moi je suis persuadée que ce ne serait pas une des moindres grâces de Dieu , si de fâcheux événements vous faisaient comprendre mieux que vous ne faisiez , le peu de cas qu'on doit faire de celte vie périssable, qui nous menace perpétuellement de la mort , et qui ne cesse point de nous faire sentir fort vivement son peu de consistance et son effroyable misère ; car cette persuasion vous porterait à désirer tous les jours plus ardemment cette vie qui n'aura point de fin.
Nous ne manquerons point , madame , de demander à Dieu par d'instantes prières le rétablissement de la santé de madame Louise de la Cerda et de dom Jean, que je souhaite avec ardeur : je me dalle que vous aurez la bonté de me tirer de l'inquiétude que votre lettre m'a donnée , en m'apprenant de leurs nouvelles dès qu'ils commenceront d'êlre un peu mieux.
Je vous conjure au nom de Dieu, madame , de ne vous laisser point abattre, mais plutôt d'animer votre courage , afin d'en inspirer à madame votre mère, et de la soutenir par votre constance et votre fermeté dans cette rude épreuve que le Seigneur lui a envoyée. Ma pensée est que ce serait tenter Dieu que de demeurer plus longtemps dans un lieu où vous ne cessez point d'être malade. Je le supplie de vous soutenir de sa main, et de vous combler de ses bénédictions, et madame Catherine aussi que je salue très-respectueusement. Je suis pleine d'une véritable estime , madame.
Votre indigne servante, Thérèse de Jésus.
J'ai reçu aujourd'hui la lettre dont vous m'avez honorée.
C'est aujourd'hui le 22 octobre.
REMARQUES
Madame Guiomar Paido et lavera, à qui celte lollre est adressée, élaii fille de ma
dame Louise tl<' la Cerda, ci pclîte-nièce du cardinal de Tarera, archevêque <le Tnlède, inquisiieur-général et gouverneur des royaumes d'Espagne pendant le régne de Charles-Quint-
N'ayant pn découvrir à aucune marque dans quelle année eetle lettre à madame Gniouiar a été écrite , nous n'avons vu rien de mieux à faire que de la mettre à la cuite de celle qui est adressée à madame de la Cerda sa mère.