‹ uvres tres-complètes de Sainte ThérèseChapitre 165 sur 201 · AVIS II · texte numérisé non relu

AVIS II

Pour les carmes déchaussés.

Que, quel que puisse être le nombre des maisons, il y ait toujours peu de religieux dans chacune.

REMARQUES

La trop grande multitude de religieux dans une même 'maison ne peut être nue nuisible tant pour le temporel que pour le spirituel. Pour le temporel, par la difficulté de leur fournir les besoins de la vie ; pour le spirituel, par la difficulté de veiller sur la conduite de chaque particulier. Et cet inconvénient est encore plus tzrand dans les couvents de filles, dont le gouvernement est toujours plus faible. L'obsewance régulière est, pour l'ordinaire , fort négligée dans ces maisons nombreuses, où l'on compte jusqu'à cent cinquante religieuses; à peine s'en lrouve-l-il cinquante qui aillent au chœur; les cent autres s'en dispensent, et se dispersent dans la maison sous différents prétextes.

On a vu autrefois dans la Thébaïde, dans la Nitrie, dans la Palestine et dans d'autres pays de l'Orient, jusqu'à quatre et six mille religieux proies dans le même couvent; mais nous apprenons de S. Jean Chrysostôme et de plusieurs autres graves auteurs qu'il s'y trouvait quantité de sujets fort imparfaits, quoiqu'il y en eût d'autres d'une sainteté admirable.

Cependant le trop petit nombre est une autre extrémité qu'il fuit également éviter, parce qu'elle rend l'observance régulière impraticable. Que feront douze religieux dans un couvent oùl'on vit d'aumônes? 11 y en aura deux, quelquefois qualie chargés d'aller à la quête, un pour la porte, un pour l'infirmerie, un qui sera malade, un pour le jardin, un autre obligé d'aller à la ville pour quelque affaire indispensable, et celui-ci ne pourra sortir sans son compagnon. Combien en restera t-il pour le chœur, pour l'oraison et pour les autres exercices de commui auté ?

Sainte Thérèse avait d'abord fixé à treize le nombre de ses religieuses; mais l'expérience lui ayant depuis fait connaître que ce nombre n'était point suffisant pour l'observance régulière, elle l'augmenta jusqu'à vingt et une, ce qui s'observe •encore aujourd'hui, suivant la règle.

Pour moi, je penserais que dans les couvents de filles, il ne devrait pas y avoir plus de trente religieuses, ni moins de vingt, et que dans ceux d'hommes, le nombre des religieux devrait être au plus de cinquante, et au moins de treille à vingt. Mais une infinité de circonstances peuvent déranger celte fixation.

Page 1