AVIS XII
Pour le père provincial.
Aujourd'hui, fêle de l'Epiphanie, voici ce que la Sainte m'a commandé de dire au père provincial.
Les religieux se disent les uns aux autres qu'il ne fait point pénitence et qu'il porte du linge, ce qui n'est point sans fondement. Ceu\ d'entre eux qui remarquent avec jalousie le ménagement qu'on a pour lui ne prennent pas garde qu'il y a nécessité, et ne font nulle attention aux fatigues qu'il essuie pendant ses voyages ; et si , le jour qu'il arrive chez eux pour la visite, ils lui voient manger un peu de viande, ou prendre quelque autre adoucissement à cause de ses inflrmités , ils se scandalisent et souhaitent d'être supérieurs. Qu'il fasse donc en sorte de paraître aussi pénitent qu'eux; ou si c'est chose impraticable, que l'on observe sur cela un grand secret à cause de l'exemple.
Qu'il ne cesse de recommander la pénitence , et qu'il réprime toute sorte d'excès et de superfluité dans le manger; car la pénitence, l'austérité et l'oubli de soi-même aident beaucoup à l'esprit, pourvu néanmoins que la santé n'en soit point altérée.
Qu'il s'occupe à bannir jusqu'aux moindres relâchements sur la règle et les constitutions, et qu'il y emploie la rigueur, si la douceur ne réussit pas, parce que ces sortes de choses ont pour l'ordinaire de petits commencements et de très-grandes suites.
REMARQUES
Rien n'est plus fort que l'exemple. C'est p^r leurs actions plutôt que parleurs discours que les supérieurs doivent instruire ceux qui leur sont soumis.
Noire-Seigneur fut humble pi ur nous enseigner l'humilité ; il souffrit le premier pour nous apprendre à souffrir; il prit le premier la croix pour que ses disciples le suivissent en la portant.
Lu supérieur qui ne porte pas sa croix et qui ordonne aux autres de la porter est l'image des pharisiens de qui Notre-Seignetir disait : t Observez el laites tout ce qu'ils « vous disent, mais ne les imitez pas dans leurs œuvres. Omniaquœcumquedixerint vobis i servateel facile ; secundum opéra ver'ocorum noitiefacere i (Mattli.25, v. 5). C'étaient des gens qui mettaient sur les épaules du prochain de grands fardeaux qu'ils n'auraient pas voulu loucher du bout du doigt. Aussi ne convertissaient-ils personne,* parce qu'ils détruisaient par leurs œuvres ce qu'ils pouvaient inspirer par leurs discours.
La vertu que la Sainte recommande ici particulièrement aux supérieurs, tant pour
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eux que pour les autres, est celle île la pénitence. C'est nue doctrine toute céleste et malheureusement Irop négligée dans la chaire de vérité; je serais lente de croire que celle négligence ne contribue pas peu à rendre le monde aussi pervers qu'il l'est. Les irois plus grands prédicateurs qui aient jamais clé sont sans contredit le l' ils de Dieu, S. Jean-Baptiste et S. Paul ; tous tiois ont débuté par prêcher la pénitence.
Au sujet de ce qui est dit du P. Gralien dans cet avis de la Sainte, voyez la noie sur la dernière lettre