‹ uvres tres-complètes de Sainte ThérèseChapitre 174 sur 201 · AVIS XI · texte numérisé non relu

AVIS XI

Pour le père provincial.

Notre sainte mère m'a encore recommande de vous dire, mon révérend père , que désormais on ne continue point les prieurs par réélection, et cela pour plusieurs raisons bien fortes Car d'abord, quoique cette continuation puisse être utile à la maison, l'avantage des particuliers exige que ceux qui ont commandé rentrent dans l'obéissance. Cela est d'un très-bon exemple, et cela engage les nouveaux prieurs à plus de circonspection ; et quoique ceux-ci n'aient pas toute l'expérience des anciens, ils sont à portée de profiter de leurs conseils; mais il ne faut pas que les anciens s'avisent de donner leurs avis ni se mêlent en aucune manière du gouvernement, s'ils n'en sont requis par ceux qui sont en place. 11 importe au contraire, dit la Sainte, que les anciens soient effectivement subordonnés, et paraissent tels, pour donner l'exemple; et c'est une erreur de croire qu'ils doivent toujours conserver quelque autorité. Il faut qu'ils montrent autant de soumission que s'ils n'avaient jamais commandé et qu'ils ne dussent jamais être remis en place; il faut qu'ils oublient ce qu'ils ont fait lorsqu'ils y étaient, et qu'ils ne soient occupés que de leur propre avancement dans la perfection. De (*elte façon, ils ne peuvent manquer d'être grandement utiles, quand ils seront élus de nouveau.

REMARQUES

Avant d'avoir vu cet avis de la Sainte, j'avais coutume de dire que les bons supérieurs ne devraient jamais sortir de place; et effectivement nous voyons que les trois gouvernements que Dieu a successivement établis sur la terre, celui des juges, celui des rois et celui des souverains pontifes, ont été perpétuels : celui des juges en la personne de Moïse et de ses successeurs jusqu'à Samuel ; celui des rois en la personne de Saïil et de ses successeurs jusqu'à Sédécias, et celui des souverains pontifes depuis S. Pierre jusqu'à présent, qui continuera de même jusqu'à la lin du monde.

Mais on peut répondre que cette continuité d'autorité ne convient qu'aux gouvernements établis p;>r Dieu même, et non pas 5 ceux établis par les hommes, pour

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Jeux raisons : la première, c'est qu'il est à craindre, vu la corruption de notre nature, qu'à force de commande* on n'oublie à obéir; ce qui détruit l'humilité et entraîne la perle de l'âme : la seconde, c'est qu'en pratiquant l'obéissance, on apprend à commander et qu'on commande, toujours avec plus de douceur quand on a longtemps obéi.

La maxime de la Sainte n'est pas si générale qu'elle ne souffre quelques exceptions. , Voyez entre autres la lettre 1. de ce volume ou elle s'exprime en ces termes : Mous avons l'expérience dans nos couvents de ce pays-ci que la première supérieure qu'on met à ta tète d'une maison, lors de sa fondation, est toujours plus assistée des grâces du Seigneur, plus attachée aux intérêts de sa maison, et plus attentive aux besoins des sœurs que les autres supérieures qui viennent après tlle. C'est ce qui me (ait penser qu'on ne devrait point changer ces premières supérieures, à moins de quelques grands défaut» qu'on ,ùt reconnus en elles ; et en effet, il y a dans ce changement plus d'inconvénients que vous ne sauriez vous l'imaginer.

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