‹ uvres tres-complètes de Sainte ThérèseChapitre 183 sur 201 · LETTRE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

LETTRE PREMIÈRE

La grâce du Saint-Esprit soit avec votre révérence, mon père.

Je ne m'étonne pas que vous soyez malade, mais je suis surprise que vous soyez en vie d'après ce que vous devez avoir essuyé intérieurement et extérieurement. On m'a fait beaucoup de peine lorsqu'on m'a dit que vous gardiez le lit , parce que je connais votre révérence ; mais comme le mal n'est pas dangereux, je me suis à moitié rassurée, et j'ai pensé que ce pouvait être un rhume de la nature de ceux qui régnent dans ce moment. Je supplie votre révérence d'une manière toute particulière de me faire dire comment elle se trouve ; qu'elle n'y manquepas pour l'amour de Dieu, quand même ce ne serait que par une lettre de la main du P. Miseria; je m'en contenterai Dites-moi aussi si vous avez besoin de quelque chose. Au reste, ne vous inquiétez de rien , et

LETTRES inédites: CG5

pprsuailez-vous bien que quand il semble que les ehoses sont mieux , c'est alors que je suis ordinairement plus mécontente que je n'ai lieu de l'être dans ce moment. Vous savez que le Seigneur veut toujours que nous voyions que c'est la Majesté divine qui fait ce qui nous convient; et afin que cela soit mieux compris et que nous nous apercevions que c'est son ouvrage, elle permet et nous fait éprouver mille revers; c'est alors que tout succède mieux. — On ne me dit rien de mon P. Padilla , ce qui me fait la plus grande peine; il ne m'écrit pas non plus ; je voudrais qu'il jouît d'une santé parfaite, pour qu'il pût vous soigner, puisque le P. Balthasar doit vous quitter. Je prie instamment Noire-Seigneur de daigner vous remettre promptement en santé. — J'écris à ces pèreslà pour leur faire part de ce que j'ai fait, et il me semble que le messager n'a pas d'autre mission que cela. — Sachez, mon père, que j'ai pensé que nous aurions bien besoin du bon nonce, car enfin c'est un serviteur de Dieu ; son départ, s'il a lieu, me fera la plus grande peine. Je suis persuadée qu'il ne s'abstient d'agir que parce qu'on l'a dégoûté de ce que nous comptons faire; mais ce qui fait le sujet de ses craintes, on le négotie actuellement à Rome, où nous avons quelqu'un qui s'en acquitte avec talent et sagesse, et qui lui donnera de l'occupation. Je me rappelle que le bon Nicolaso disait, à son passage par cette ville, que les carmes déchaussés devaient avoir un cardinal pour protecteur. Un de ces derniers jours j'ai parlé à un de mes parents d'un rang élevé, qui m'a dit qu'il y avait à Rome un curial (1) qui a fait prévenir qu'il ferait tout ce que nous voudrions pourvu qu'on le payât. Je lui avais déjà dit combien je serais bien aise d'avoir à Rome quelqu'un qui pût traiter certaines affaires avec le père général. Voyez s'il est convenable que l'ambassadeur demande quelque chose pour les carmes déchausses.

Je vous apprends que le P. Fray Pedro Fernandez a été ici, et qu'il m'a assuré que si le Tostado n'était point porteur d'un titre en règle qui lui donnât pouvoir sur les visiteurs, celui des autres prévaudrait; mais que s'il avait ce pouvoir, ils fallait se taire, obéir et changer de batterie , parce qu'il lui semblait que si les commissaires n'ont d'autre autorité que celle qu'ils avaient, ils ne pouvaient pas constituer une province et des définiteurs. Il faut donc que nous prenions d'autres mesures; adressons-nous à Dieu, qui est celui qui doit tout faire ; qu'il daigne dans sa miséricorde vous rendre promptement à la santé, ainsi que nous l'en supplions tous. Le messager porteur de la présente n'est expédié que. dans la vue de voir ce que vous désirez qu'on fasse, et d'avoir des nouvelles de votre révérence. Je vous prie d'avoir la bonté dédire au P. Jean Diaz comment il doit s'y prendre pour remettre quelques lettres au P. Soler. Il est. très-important pour moi que votre révérence l'envoie chercher, et qu'elle les lui remette avec le plus grand secret, si elle ne peut pas faire autrement

Indigne servante de votre révérence, Thérèse de Js::sis.

Ce 1G février.

CGC LETTRES INÉDITES.

Al' DOCTEUR FRAT MARIANO DE SAINT-BENOIT, A MADRID.

Jésus soit avec voire révérence , mon père , et qu'il vous accorde la récompense que vous méritez pour les bonnes nouvelles que vous m'avez écrites , et qui , à ce qu'il paraît, nous sont extrêmement favorables par plusieurs raisons. Le jeune bomme ne tarda pas à partir ; que Dieu conduise ses pas pour sa plus grande gloire , la seule cbose à laquelle nous devons tous aspirer. Je me réjouirais que voire révérence se trouve si bien avec ces pères-là , qui au moins ne cherchent pas à mettre îles entraves. On m'assure que le père Fray Anselmo a écrit à l'évéque de Salamauque pour l'engager à n'accorder aucune autorisalion pour fonder aucun couvent, ce qui lui a suscité un procès semblable à celui d'ici, ni plus ni moins. Ob ! mon père, qu'on sait mal conduire ces affaires 1 Celle en question serait maintenant terminée si l'on avait su s'y prendre , tandis qu'elle n'a servi qu'à déverser l'infamie sur les carmes déchaussés. Croyez que ce n'est qu'avec le temps que les affaires peuvent avoir du succès? Au demeurant, moi je pense que c'est par la volonté de Dieu que les choses vont ainsi , et que cela renferme un grand mystère. Nous verrons ; et si l'on fait ce que vous dites, ce sera un bonheur. Que Dieu vous tienne compte de la bonne opinion que vous avez de ma manière de voir; Dieu veuille qu'elle soit durable ; mais il me semble que celui qui en a une aussi bonne ne doit pas faire grand cas de la mienne. Je suis on ne peut pas plus contente de ce que les affaires soient conduites par des mains aussi habiles ; que celui qui le permet ainsi soit loué , Amen ! — Comme vous ne me dites jamais rien du père Fray Balthasar , et que j'ignore où il est , je vous prie de lui dire bien des choses de ma part , ainsi qu'à mon père Padilla et au père Juan Diaz. La prieure d'ici et celle de Malagombrianda se rappellent au souvenir de votre révérence. La première se trouvait beaucoup mieux ; mais depuis qu'elle est arrivée ce soir, elle est devenue plus malade. Nous espérons la conserver; que Dieu veuille lui prolonger la vie comme vous voyez que nous en avons besoin , et avoir votre révérence en sa sainte garde. — Faites attention, mon père , et songez bien toujours que ces amitiés pourraient devenir trop violentes pour ne point se tenir sur ses gardes en tout point; le véritable ami , l'ami dont nous devons faire le plus grand cas, c'est Dieu; en tachant de faire sa volonté il n'y a rien à craindre.— Je désirerais bien connaîtie la réponse en question ; je voudrais aussi que votre révérence et le père maître pussent rester là où ils croiraient être bien accueillis ; il est certain que, quoi qu'on fasse, il ne peut pas manquer des croix dans cette vie poui celui qui est du parti du Crucifié.

Quanta Antonio Manuel, il se trompe; dona Catherine d'Olalora

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