LETTRES INÉDITES. G
n'est pas religieuse chez nous , et elle ne l'a jamais été. Cette dame devint veuve , aida à la fondation du couvent en question , où je ne crois pas qu'elle soit maintenant. Outre que je ne la connais pas, il ne m'appartient pas de m'occuper d'elle ; ma profession d'ailleurs me le défend. Je prie votre révérence de le lui dire ; on m'a même fait naître un scrupule sur ce que j'ai demandé à votre révérence dans ce cas ; mais on verra combien je connais peu ce monsieur-là , qui quoique haut placé , et mon parent , je ne l'ai vu qu'une seule fois , et j'ignore ce dont son âme peut s'accommoder; ceci soit dit entre nous. Je supplie donc votre révérence de ne rien faire dans cette circonstance que ce qu'elle croira convenable après avoir observé sa personne. Ne lui dites rien de cela, pour ne point le chagriner et lui faire de la peine; mais dites-lui bien des choses de ma part, et que je ne lui écris pas parce que j'ai mal à la tète, laquelle continue toujours d'être assez mauvaise. Dites-lui aussi que j'ai écrit aujourd'hui à madame sa femme, dona Béatrix, et surtout ne manquez pas de lui faire savoir que la dame dont il parle n'est pas religieuse. •
Je prie Dieu qu'il ait votre révérence en sa sainte garde, comme nous
en avons tous besoin , Amen.
Thérèse de Jésus.
Ce 15 mai.
A remettre de la main à la main.
Le Saint-Esprit soit avec votre révérence.
Je suis bien fâchée des craintes qu'ont montrées pour votre maison celles qui vous témoignent leur intention de s'en aller, et que vous ne désireriez pas moins conserver aujourd'hui , attendu que celle qui causait le mécontentement n'y est plus. Il faut qu'elles aient patience, et prier Dieu pour elles, afin qu'elles fassent le bien, la seule chose pour laquelle elles sont venues, pour que celle maison ne déchoie pas de la bonne réputation et de la bonne idée que doivent avoir d'elle celles qui la quittent. J'espère qu'on le fera ainsi, parce qu'il y restera de bonnes religieuses avec elles. — Je pense que vous êtes toujours indisposée ; encore si Dieu nous fait la grâce que vous ne soyez pas alitée, ce sera un moindre mal. Soignez-vous pour l'amour de Dieu, et que la Majesté divine daigne m'accorder de vous voir bientôt hors de votre maison. Je ne vous cache pas que je suis très-inquiète de voir que Dieu veut que vous souffriez de toutes les manières; qu'il soit pour tout loué, et qu'il daigne vous récompenser des aumônes que vous m'avez faites , avec lesquelles j'ai été ces jours derniers assez mauvaise pour m 'oublier, comme également avec le voile, parce que celui que je portais eu forme de guimpe, je l'avais fait pour le mettre par-dessus. Au reste, il faut con-
t>GS AVERTISSEMENT ET PRÉFACE.
venir que les voiles que votre révérence me donne sont fort jolis ; mais laites-moi la grâce, je vous en supplie, tic ne me rien envoyer qu'autant que je vous Le demanderai ; je préfère que vous en profitiez et que cela serve à vos plaisirs. — Dans cette fondation (couvent fondé) tout prospère si bien, que je ne sais pas ce que nous allons devenir. Priez Notre- Seigneur de nous donner de bonnes maisons. Nous ne voulons plus l'ermitage ; des maisons et des personnes disposées à nous en procurer ne nous manquent pas. — L'évèque ne cesse pas de nous rendre service ; priez Dieu pour lui, je vous en supplie, ainsi que pour tous nos bienfaiteurs.
Je prie votre révérence d'écrire une petite lettre au P. Fray Domingo, si je ne puis pas le faire moi-même, pour lui donner des nouvelles de cette fondation. Je tâcherai cependant de lui écrire un mot; mais si je ne le fais pas , faites-lui bien des compliments de ma part. Il m'a charmée par la manière accomplie avec laquelle il a approvisionné les sœurs; tout le monde n'en ferait pas autant; j'en suis bien contente, surtout par rapport à Isabelle-de-Jésus, à qui nous devons tout; il parait qu'elle est aussi très-contente. Et puisqu'elle et toutes les autres me disent tout ce qu'elles ont à me dire , et que j'ai d'autres lettres à écrire , je n'ajouterai rien autre chose à ma présente, si ce n'est que je supplie Notre-Seigneur Jésus-Christ de vous avoir en sa sainte et digne garde, et de vous accorder toute sainteté. Amen.
Les missels sont très-beaux; vous m'en marquez le pris, mais je ne sais pas quand nous pourrons vous les payer.
Le P. Mondiago remettra les lettres ci-jointes à mes pères dominicains ; je prie votre révérence de les lui recommander.
Thérèse de Jésus.
Nous avons cm ne., devoir pas. omettre dons celte édition les vers appelés communément la Close de sainte Thérèse , cantique où la Sainte a exprimé (l'une manière très-vive l'ardeur qu'après la communion elle sentait pour la présence de Jémis Christ dans la vie éternelle. Nous donnerons l'élégante traduction de la Momioye, et mettrons au-devant la préface qu'il y a faite.