DISCOURS
livres fjno .a seule complaisance pour un oncle l'obligea do fnire et d'entendre malgré son inclination contraire, fut le premier remède qui commença de fermer les plaies que les livres profanes avaient faites dans son cœur, et elle en reçut un fort grand secours. < Gar quoique je n'eusse demeuré", «lit elle, que pou do jours auprès de mon oncle, ce que j'y avais lu et entendu lire de la parole de Djcu, joint à I avantage do converser avec des personnes vertueuses, lit une telle impression dans mon cœur, qu'elle m'ouvrit les yeux pour considérer ce que j'avais compris dès mon enfance, que tout ce que nous voyons ici-bas n'est rien, (|nc le monde n'est que vanité, et qu'il passe comme nn éclair. > Que sera-ce donc quand une àme qui cherche Dieu lira sa parole par un vrai désir de l'y trouver, d'y étudier ses propres devoirs, et d'y apprendre à le servir comme il veut cire servi, c'est-à-dire, en esprit et en vérité, et selon les règles de son Evangile!
Que si à la lecture de la parole de Dieu et d'autres bons livres, qui sont des direcleurs muets, elle joint le choix d'un confesseur sage et éclairé, pour recevoir de lui, avec un cœur docile ci obéissant, les règles de sa conduite ; ii est presque impossible qu'elle n'avance beaucoup dans la piété, et qu'elle ne rende solide l'édifice de sa sanctification; an lieu que si elle se livre à un guide aveugle, intéressé, sansexpérience, c'est un miracle si elle ne s'égare point avec lui, et si elle ne prend pas souvent la voix de la cupidité, qui favorise et autorise l'impénitence et toutes les inclinations corrompues, pour la voix d'une charité sage et condescendante'.
Un directeur tel que désire notre Sainte ne manquera pas de retirer celte finie dos entretiens dangereux des compagnies déréglées, et de la porter au contraire à converser beaucoup avec Dieu, par la prière et par la méditation de sa loi. Car celui qui nous a dit que nous ne pouvions rien sans lui dans l'affaire de notre salut, nous a dit aussi qu'il fout toujours prier, et ne se lasser jamais de le faire (Luc 18, 1); parce que comme c'est sa grâce qui opère en nous tout le bien que nous faisons, c'est à une prière humble cl persévérante que la grâce ordinaire est donnée.
C'est pourquoi, quand Dion voulut, sur la tin du dernier siècle, ressusciter l'esprit de la pénitence chrétienne, en même temps qu'il le donna dans un degré éminent à plusieurs grands saints, pour le répandre par leur moyen dans l'Eglise, il mit dans sainte Thérèse, l'esprit d'oraison d'une manière excellente, afin qu'elle en fût un modèle parfait, et qu'elle en devînt comme une source pour les fidèles. En effet la grâce de l'oraison est comme le propre don de notre Sainle, et on peut dire que par son exemple, par ses écrits, el par ses enfants elle en a renouvelé l'amour et la pratique dans ce dernier siècle. Ce qu'elle en dit dans sa Vie en fait une partie fort considérable, et les leçons qu'elle en donne font voir qu'elle en avait été elle-même instruite par l'Esprit de Dieu.
Quoique tout y soit admirable sur celte matière, il ne faut pas croire néanmoins que tout soit pour tous. Chacun y doit prendre ce qui est à sa portée et proportionné à la mesure de sa grâce : el ce serait faire un étrange abus de la vie et de la doctrine de notre Sainte, que de prétendre s'élever à toutes les manières d'oraison qu'elle a pratiquées par une grâce et une opération toutes singulières de l'Esprit de Dieu ; et de vouloir passer par tous les degrés d'oraison de ravissement, d'union et de quiétude, dont elle parle si saintement et si doctement dans ce livre.
Mais ce serait encore une grande ignorance, que de confondre ce que celte Sainle y enseigne de l'oraison de quiétude, avec la doctrine extravagante et erronée que le Saint-Siège vient de condamner dans Molinos, ce malheureux chef des quiétistes , et qui est un poison d'autant plus dangereux, qu'il est couvert du voile d'une fausse spiritualité, qu'on ne peut regarder que comme une source de toutes sortes d'illusions, cl d'une corruption honteuse el déplorable.
Il est donc nécessaire d'avertir ici les âmes simples ou peu instruites de prendre garde à ne pas tomber dans l'une de ces deux erreurs opposées, qui sont, ou de se croire par une fausse humilité trop grands pécheurs ou trop dépourvus d'intelligence pour pouvoir aspirer à la grâce de faire oraison, ou de se flatter par une présomption encore plus dangereuse qu'il leur est facile, et à toutes sortes de personnes, de s'élever par elles-mêmes à ce degré sublime d'oraison que l'on appelle contemplation : d'où il est aisé de tomber dans toutes les autres illusions sur celle matière.
Il n'y a personne qui ne se doive croire appelé à la prière, el qui ne puisse aspirer en quelque façon à la grâce de l'oraison mentale, qui des quatre manières dont parle notre bienheureuse Maîtresse, est la seule qu'elle recommande indifféremment à tous ceui qui veulent travailler à leur salut. Plus on est misérable, plus on a besoin de penser à sa misère, d'en gémir devant Dieu, d'en désirer, d'en chercher cl d'en demander les remèdes au souverain Médecin des âmes : et il n'en faut pas davantage pour faire une bonne oraison mentale, à laquelle Noire-Seigneur nous appelle tous,
St"R LE rrON-QUIÉTISHE DE SAINTE-THÉRÈSE. (,~7
quand il nous dit à ions : Considère:, veillez ei prit z | Mare. 15. 53). El elle s'appelle mentale, parce (pie l'espril y a plus de pari qu'aux aunes manières d'oraison, ci qu'il y travaille à recueillir an-dedans de lui-même ses pensées, accoutumées à suivre I egarenient des sens, pour se mettre en la présence de Dieu, et comme sons les yeux de Jésus-Christ ; et là s'appliquer à considérer ce qu'on a reçu de bien, l'usage qu'on a fait de ses dons, et la vie (pie l'on a menée; à méditer la vie et les mystères de Jésus-Christ, à étudier la loi de son Evangile, à mesurer sur cette règle divine et inflexible nos mœnrs et nos inclinations, le corps de nos actions ordinaires et le fond de noire cœur, pour a\oir lieu de rendre à Dieu nos devoirs, de lui demander sa grâce et son amour, et de régler notre vie selon sa volonté.
Autant la Sainte nous exhorte à ne quitter jamais |i ir nous mêmes cette manière d'oraison sous quelque prétexte que ce soit, autant s'cffnrce-t elle de nous persuader que c'est une des plus dangereuses illusions où l'on puisse tomber, que de se vouloir élever soi-même à un degré plus haut, et passer de son mouvement à une manière plus sublime d'oraison. « Si pour passer outre, dil elle, et chercher ces gm'iis et ces « consolations que Dieu donne à qui il lui plait, on fait des efforts d'esprit, on per- « dra ce qu'on avait déjà, sans acquérir ce qu'un prétend; car ces goûts et ces « consolations étant surnaturels, la recherche que l'on en l'ait pir des voies humaines « est inutile, et lent ndeinent cessant d'agir, l'âme demeure dénuée de tout et dans < une extrême sécheresse. Nous ne devons donc point, ajoule-l-eile. nous ellbrcer « de suspendre notre entendement, ni cesser de le faire agir, parce que nous de- « meurerions comme hébétés, sans pouvoir arriver à ce que nous prétendrions ohte- « nir par ce moyen. Et c'est une rêverie de s'imaginer qu'il dépende de nous de faire i agir oti cesser d'agir, comme il nous plaît, les puissances de noire âme. C'est une « peine très-mal employée qui laisse l'âme dans le dégoût , parce qu'elle se trouve i comme un homme qui. s'étant déjà élancé pour sauter, et étant retenu par quel- « qu'un, trouve qu'il a fait un effort inutile. > El celle prétention ambitieuse peut même, comme elle dil plus liant, causer la perte d'une âme qui s'y laisse aller.
Qu'aurait donc dit cette grande Sainte, si elle avait vu, comme nous le voyons aujourd'hui, des gens qui font un art tout humain de la contemplation la plus divine, qui s'en établissent eux-mêmes les maîtres, qui y poussent indifféremment toutes sortes de personnes, qui prétendent les y élever par des méthodes qui sont de pures inventions de leur esprit, et qui, par l'espérance vainc et illusoire d'une prétendue oraison de quiétude, les retirent de la pratique solide et de la voie sûre et évangélique de l'oraison commune, de la méditation de l'Evangile, de la considération de leurs propres misères, et des besoins les plus pressants de leur âme, et, ce qu'on ne peul dire sans horreur, leur oient la vue de Jésus-Christ, et les détournent de l'application salutaire aux mystères qu'il a accomplis pour nous dans sa chair?
Celle folle ei pernicieuse spiritualité n'a pas élé inconnue à sainte -Thérèse, et il y avait de son temps de ces faux contemplatifs qui, sous prétexte de porter des âmes a une (dus grande perfection, voulaient qu'elles ne contemplassent que la seule Divinité, sans s'arrêter à rien de corporel, non pas même à l'humanité sainte du Sauveur ; parce, disaient-ils, que l'humanité même de Jésus-Christ embarrasse ceux qui sont déjà si avancés dans l'oraison, el les empêche d'arriver à une conlemplatior. plus parfaite.
Les erreurs el illusions d'esprit, el les désordres charnels où ces maximes détestables ont conduit les auteurs et quelques-uns des sectateurs de celle fausse contemplation, comme on vient de le découvrir par la vigilance tt par les soins du Saint- Siège apostolique, suffisent pour nous persuader qu'elle vient de l'esprit de ténèbres qui se transforme si souvent en ange de lumière, en s'eludianl à contrefaire les œuvres de Dieu el les opérations de son Esprit, pour perdre les âmes par des moyens semblables à ceux que Dieu a institués pour leur sanctification, et rendre, autant qu'il peut, ceux-ci inutiles; car, par celle collusion, il fait souvent prendre le change aux âmes qui ne sont pas sur leurs gardes, il décrie l'oraison véritable, et la rend suspecte par les abus qu'il y introduit par l'entremise de ses maîtres orgueilleux et corrompus, qui, après s'èire laissé séduire les premiers à ^es artifices, font tomber dans les mêmes pièges d>'S âmes simples el imparfaites, qui, au lieu de se tenir humblement aux pieds de Jésus-Christ, par une sincère humilité, unique fondement de la bonne oraison, veulent prendre l'essor pour s'élever par ellesKiièmes vers le ciel, sans considérer, pour me servir de la comparaison de notre Sainte, que c'est comme si un crapaud, enfoncé dans la fange et tout chargé de boue, entreprenait de voler et de s'élancer au plus haut de l'air.
Celles qui pourraient tomber entre les mains de semblables directeurs doivent donc bien peser les avis si sages qu'elles trouveront dans cette vie contre cette illu-
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sion, et prendre garde surtout que l'oraison de quiétude dont elle parle est bien différente de celle de nos nouveaux qoiélistes.
Car I ceux-ci en loin une science acquise et un ouvrage de l'esprit humain; au lieu que la Sainte soutient que c'est un pur don de Dieu qu'on ne peut recevoir que de sa libéralité, que nulles prières, nuls travaux, nulles pénitences ne nous peuvent faire acquérir, et que Dieu ne donne que par le seul motif de sa bonlé.
2" Ces gens-là y portent indifféremment toutes sortes de personnes; noire Sainte nous fait connaître que celle dont e"e parle n'est que pour un pelit nombre d'âmes choisies que Dieu y appelle, après les 7 avoir disposées par un grand dégagement du mande, et par la inorliliralioii de leurs sens et de leurs puissances : encore veut-elle que quand Jésus-Christ même les y veut élever, s'en reconnaissant indignes, elles lui disent avec saint Pierre : Retirez vous de moi, Seigneur, je ne suis qu'un misérable pécheur. Car l'édifice de l'oraison étant fondé sur l'humilité , plus l'âme s'abaisse , plus Dieu l'élève.
5° Ces contemplatifs font de leur oraison de quiétude un état où l'on se doit inter dire tout usage de l'entendement, et suspendre l'action de toutes les puissances de l'âme; notre Sainte est bien éloignée d'une telle vision. Car la différence qu'elle met entre l'oraison mentale et l'oraison de quiétude consiste en ce que la première comprend tout ce qui nous porte à la dévotion par le moyen de l'entendement; considérations, raisonnements, réflexions étudiées , recherche des vérités, examens des paroles et du sens de l'Ecriture, etc. ; au lieu que l'oraison de quiétude supposant ou la seuli! lumière de la foi , ou des vues fort simples des choses de Dieu , de ses perfections, de ses mvslères , de ses vérités, consiste principalement dans l'usage humble el p lisible que l'amour en fait faire à la volonté. La première court, pour ainsi dire, après son objet ; la seconde l'a trouvé, le possède , s'y attache et s'y repose doucement, lorsque la volonté attirée par l'esprit de Dieu s'applique à l'adorer dans quelqu'une de ses perfections, de ses opérations, de ses œuvres, de ses vérités, el à s'hu inilier el s'anéantir en sa présence, à se pénétrer de reconnaissance pour ses bienfaits, d'amour pour lui el pour Jésus-Christ, el du désir d'èlre à lui plus parfaitement, de se réunir à lui , de se perdre et se consommer en lui. Noire Sainte n'exclut pas même de son oraison de quiétude l'application de l'âme à ses propres besoins, ou a ceux du prochain. On y peut prier pour l'Eglise , pour les âmes du purgatoire, pour les personnes qui se sont recommandées à nos prières. On peut s'y servir des paroles de l'Ecriture, y employer quelques prières vocales courtes et pénétrantes , el propres à exprimer les désirs' et la disposition de noire cœur; mais elle veut que toul cela se fasse sans y employer ni de longues considérations, ni de grands raisonnements, ni beaucoup de paroles. C'est une oraison toute d'attachement et d'amour ; c'est l'affaire du cœur plus que de l'esprit : c'est un sentiment vif de la présence de Dieu , et une joie inconcevable de se trouver avec lui, et de se voir si admirablement prévenu de. sa grâce el de sa miséricorde, el un désir pressant d'y correspondre avec une parfaite fidélité.
Quand on est, dit-elle, ainsi en repos en la présence de la Sagesse éternelle, le moindre acle d'humilité vaut mieux que toute la science du monde. Ce n'est pas alors le temps de raisonner, mais de reconnaître sincèrement ce que nous sommes , el de nous présenter en cei état devant Dieu, qui , s'abaissant jusqu'à vouloir bien nous souffrir en sa présence, veut que nous entrions de bonne foi dans la vue de notre néant : à peu près comme ce pauvre publicain de l'Evangile, qui, abaissé de cœur devant Dieu, n'osait ni s'approcher du lieu saint, ni lever les yeux au ciel.
Celte manière de traiter avec Dieu lui est infiniment plus agréable que toute la rhémriqne dont se sert l'entendement. Ecouter alors tout ce que notre espril nous voudrait dire par ses raisonnements, s'est comme jeter sans discrétion sur une étincelle de grosses bûches qui l'éleignenl. i De petites pailles, dit noire grande théolo-
< gienne, et moins encore que des pailles, s'il se pouvait, que l'on jettera avec humi-
< milité dans ce feu de l'amour de Dieu, l'allumeront beaucoup mieux que si l'on y
< menait quantité de bois par de grands raisonnements : » ce qu'elle appelle encore faire un grand bruit dans notre âme, troubler son repos, et la tirer de celte quiétude avec laquelle elle se porte el s'unit à Dieu.
4" Ces séducteurs l'ont accroire à leurs disciples que tous les objets corporels sont un obstacle à l'oraison de quiétude, jusqu'à leur vouloir ôler de devant les yeux l'hu inanité sacrée de Noire-Seigneur. Il est vrai que noire Sainte se laissa entraîner dans cette erreur par la lecture de quelques auteurs de réputation qui l'enseignaient : ce qui fait voir quel mal c'est de ne pas purger l'Eglise de ces sorles de livres, qui ne seul bons qu'a séduire les âmes par celte vaine et orgueilleuse spiritualité , et a les détourner de la piété véritable par le faux brillant d'une piété sublime, et d'une oral-
SI II LE KOtf-QUIÉTISMB DE S.UNTG-TULKLSE. (,7i)
son extraordinaire. Sainte Thérèse ne demeura pas longtemps dans cette pratique et elle s'étonne qu'il lui soit entré dans l'esprit, seulement une heure, que, Jésus-Chrisl lui aurait été un obstacle à son avancement dans la piété, et comme elle a pu s'éloi lihi île lui sous prétexte de le mieux servir, et dans la créance de prendre un ineil leur chemin. < 0 Dieu de mou cœur, dit ce cœur tout ardent de l'amour de son Saut veur, Jésus-Christ crucifié qui êtes mon souverain bien, je ne me souviens jamais i sans douleur de cette folle imagination que j'avais alors ; parce que je ne puis la
< considérer que comme une grande trahison que je vous faisais , quoique ce ne lût
< que par ignorance. »
Elle ne se peut lasser de témoigner son indignation contre cette pernicieuse doctrine, qu'elle traite d'ignorance, de folie , d'aveuglement, d'erreur, de tromperie et d'illusion insupportable et incompréhensible : encore se retient-elle , par humilité et par la considération de son sexe et de quelques-uns de ces auteurs qui passaient pour savants et spirituels. Elle leur oppose l'exemple de la sainte Vierge, de l'apôtre saint Paul , de saint Bernard , de saint François , Je saint Antoine de Padoue et d« sainte Catherine de Sienne, les plus grands contemplatifs qui aient jamais été, et en même temps les plus attachés aux mystères de Jésus-Christ, et, pour ainsi dire , les plus passionnés amateurs de son humanité sainte, qu'on ne doit jamais considérer que comme unie au Verbe divin , qu'ils n'avaient garde de mettre , comme font ces nouveaux quiétistes, au rang de nos misérables corps et des autres choses créées.
En effet, n'est-ce pasmarcher en l'air que de marcher sans Jésus-Christ? N'est ce pas bâtir sans fondement que de n'élever pas sur lui l'édifice de la piété. N'est ce pas par ce divin Sauveur que nous devons pratiquer toutes les vertus? N'est-ce pas lui qui nous en montre l'exemple, qui en est le parfait modèle, qui nous en donne les forces? Non , sans lui nous ne pouvons avoir accès à Dieu son père , parce que c'est en lui seul qu'il a mis sa complaisance , en lui seul que nous nous devons présenter à Dieu pour faire oraison : et l'Eglise qui finit toutes ses prières par Jésus-Christ, nous apprend par là que nulle ne peut être reçue de Dieu, ni exaucée que par les mérites et par l'entremise de Jésus-Christ son Fils.
Que sa sacrée humanité ne soit donc jamais mise au nombre des choses sensibles dont nous devons nous séparer pour nous élever à Dieu , ce qui pourrait même conduire les âmes à quitter la dévotion envers la sainte Eucharistie , et à se séparer dé l'usage du sacrement adorable du corps et du sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ : car n'est-ce pas pour nous élever à Dieu que son Fils est descendu du ciel, et s'est mis au rang des choses sensibles en s'unissant personnellement à notre chair, afin d'être par elle notre voie et notre lumière, notre nourriture et noire vie, comme il le dit lui-même; ou, comme parle l'Apôtre, pour devenir notre sagesse , notre justice , notre sanctification et notre rédemption.
Estimons-nous heureux, au contraire, de l'avoir toujours devant les yeux de notre foi, de vivre continuellement en sa présence, d'avoir à nos côtés un tel ami qui ne nous abandonne jamais dans les travaux et dans les souffrances, comme font, les amis du monde, et d'avoir à combattre contre le monde et le péché dans la prière, sous un chef qui est notre unique soutien et toute notre force.
Enfui ces docteurs se mettent en possession de régler l'avancement des âmes, et de les tirer, comme il leur plaît et quand il leur plait, de la vie purgative, selon leur langage, pour les établir dans l'illuminative et dans l'unitive. Et c'est ce que notre Sainte avoue franchement qu'elle ne comprend pas, et ce qui en effet est une doctrine bien dangereuse en elle-même, quelque hou sens qu'on lui puisse donner. Car y a-t-il un temps en cette vie où une âme, quelque parfaite qu'elle soit, n'ait pas besoin de travailler à se purifier? Ne rcste-t-il pas toujours dans les plus éclairées des ténèbres à dissiper par la lumière de la charité? Et n'est-ce pas tromper misérablement des âmes simples, que de leur faire croire qu'elles ne doivent plus penser à ia vie purgative, et de leur ôter, comme on fait dans celte nouvelle école, la vue de leurs péchés et de leurs imperfections, lorsqu'elles ont peut-être plus de besoin de travailler a la mortification de leurs sens et de leur volonté, et à se purifier d'un grand nombre de défauts, et peut-être avant qu'elles aient commencé à expier une vie toute mondaine par de dignes œuvres de pénitence.
C'est peut-être trop s'étendre pour une préface; mais il a été bon de prévenir par ces avis les personnes moins éclairées qui liront celte vie, el leur faire faire attention sur les endroits qui doivent servir d'explication à d'autres dont nos faux spirituels abusent, pour tromperies âmes et les conduire par des roules qui leur sont inconnues à l'illusion et souvent à leur perle.
Je prie la Sainte qui nous a donné de si utiles instructions de nous obtenir le