SUK LE NON-QU1ÉTISME DE SAINTE THÉRÈSE
La vie de sainte Thérèse, étant si singulière el si admirable, en même temps si édifiante el si instructive, on doit nous savoir bon gré de l'avoir séparée du reste de ses œuvres , afin (pion pùl avoir plus commodément sous les yeux celui de ses ouvrages que l'on peut appeler sou chef-d'œuvre.
On peut dire que c'est l'histoire fidèle de son cœur, et un poitrail de son âme peint par elle-même au naturel el sans aucun déguisement- Ses défauts s'y trouvent aussi bien que ses bonnes qualités, et ils y servent d'ombies pour relever l'éclat de sa beaulé, il pour rendre plus vifs les traits que la grâce avait formés dans celte âme héroïque. Car comme l'obéissance l'a obligée d'y exposer avec simplicité les dons extraordinaires dont Dieu l'avait enrichie , son humilité el sa reconnaissance ne lui ont pas permis de dissimuler ses chutes, ses mauvaises inclinations, el les divers égarements de sa jeunesse , qui l'ont mise plusieurs fois en danger de se perdre cl dans le monde et dans la religion.
C'est ce qui rend celte vie utile à tout le monde : les personnes avancées dans la piété V pouvant étudier les voies les plus sublimes de la perfection chrétienne , el les âmes "faibles et imparfaites qui commencent à chercher Dieu, et celles mêmes qui n'ont pas encore l'ail le premier pas pour aller à lui, y trouvant de grands secours pour connaître la misère du pèche, et les précipices dont le inonde est rempli, et qu'il cache si adroitement à ceux qui l'aiment ; el pour concevoir le désir d'une vie chrétienne , travailler sérieusement à l'ouvre de leur conversion, el marcher avec sûreté dans la voie du saint , quand la grâce les y aura fait entrer. • Les pères el les mères qui négligent l'éducation de leurs enfants , ou qui n'ont pas soin de leur oter de devant tes yeux tout ce qui les peut porter au péché , trembleront peut-être quand ils verront dans celle vie que la mère de Thérèse, qui était d'ailleurs lorl sage , exposa , sans y penser, celte jeune personne au danger île se perdre , par le sent mauvais exemple qu'elle lui donna de la lecture des romans. Car ce fut de cetle lecture si dangereuse que prirent naissance dans son cœur l'amour des ajustements mondains , le désir do paraître bien faite le Bnin pxcessif de ses mains cl do
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sa coiffure, l'attachement nux parfums cl aux vanités du siècle , qui l'éloignèreut si fort de I > i o 1 1 , quoiqu'elle semblât faire tout cela assez innocemment. « Car mon intention , dit-elle , au commencement de sa Vie, ne ail pas mauvaise, et je n'aurais pas voulu èlre cause que quelqu'un offensât Dieu pour l'amour de moi. Je demeurai cependant plusieurs années dans celle excessive curiosité sans comprendre qu'il y eut du péclié ; mais je vois bien maintenant qu'il est fort grand. >
Son père, qui était fort vertueux , n'eut pas de peine à apercevoir dans la conduite de sa lille le dérèglement de son cœur, et il crut que pour y remédier il n'y avait rien de meilleur que de la mettre en pension dans un monastère. Elle y entra, elle y conçut le désir d'èlre religieuse , et elle en prit en effet l'habit dans un aulre couvent. Mais ce couvent , qui devait être pour elle un asile assuré contre le monde , pensa causer sa perte , parce que la clôture n'y était pas gardée : ce qui lui donne occasion de taire celte réflexion qui devrait réveiller ceux qui sont chargés de faire observer la clôture des maisons religieuses , < qu'un monastère de femmes sans clôture , dit la Sainte, les met dans un si grand péril , que c'est plutôt le chemin de l'enfer pour celles qui sont mauvaises, qu'un remède à leur faiblesse.» Ces paroles et celles qu'elle ajoute ensuite, louchant les monastères où il n'y a ni clôiure, ni réforme, paraîtront outrées aux supérieurs et aux inférieurs qui ne veulent pas faire leur devoir. Cependant c'est une grande sainte qui parle, et la plus grande lumière que Dieu ait donnée à l'Église en ces derniers temps , pour le rétablissement de la piélé et de la discipline des maisons religieuses ; et c'est par sa propre expérience qu'elle a connu la nécessité du conseil qu'elle donne aux parents de ne pas mettre leurs lilles dans ces maisons, i parcequ'elles y courent plus de chance de se perdre que dans le monde : car ces sortes de religieuses , dit-elle , étant remplies de son esprit , de sa vanité , et de ses plaisirs, ne comprennent pas les obi galions de leur étal , el prennent souvent pour vertu ce qui est péché ; on ose moins dans ces monastères parler de l'amour qu'on doit avoir pour Dieu que des amitiés et des liaisons que le diable y fait contracter ; la jeunesse, la sensualité el le démon y poussent celles qu'on y met, à faire ce qu'on leur avait voulu faire éviter, en leur faisant quitter le monde. L'exemple du plus grand nombre y rend le mal plus agréable el plus autorisé ; et il est si difficile de ne s'y pas tromper, sans une grâce toute particulière de Dieu , que ces pauvres lilles , loin de s'apercevoir de leur dérèglement, sont presque persuadées qu'elles font bien. >
Celle vie fera encore comprendre aux jeunes lilles combien est dangereuse la conversation des personnes mêmes de leur sexe , el de leurs parentes , dont l'esprit est léger et le coeur plein du inonde. Le préjudice que cause une telle compagnie esl si grand que la Sainte nous assure qu'elle n'y pouvait penser sans élonnemenl , el qu'elle ne l'aurait pu croire si elle ne l'avait éprouvé elle-même
Mais quand un mauvais esemple domestique et toujours présent et la compagnie d'une personne mondaine se trouvent soutenus par un confesseur relâché , soit par complaisance ou par ignorance ; hélas ! en quel danger n'esl point une jeune fille, et quel miracle ne faut-il point pour l'en retirer? C'est pour leur instruction que Dieu a permis que sainte Thérèse se soit trouvée en cet état , où les confesseurs ignorants ou demi-savants lui paraissent si dangereux , el lui oui été à elle-même si préjudiciables, qu'elle ne se peul lasser d'avertir les autres d'éviter un si grand mal. < Ils me conduisaient , dit-elle , par une voie large , faisaient passer des péché , mortels pour des péchés véniels , ne comptaient pour rien les véniels : el j'étais si mauvaise , que s'ils m'eussent traitée avec plus de rigueur, je pense qu : j'en aurais cherché d'autres. » Elle était Irompée par ces directeurs aveugles , et elle en trompait d'autres , en leur rapportant ce qu'elle entendait dire à ses confesseurs : et ce Tut comme par miracle que Dieu la relira de leurs mains , et la délivra d'un état auquel elle ne pouvait depuis penser sans trembler. « Mon malheur venait , dit-elle, de ce que je ne coupais pas la racine des occasions qui donnaient lieu à mes fautes , et de ce que je ne lirais presque point de secours de mes confesseurs. Car s'ils m'eussent avertie du péril où je me trouvais , et m'eussent dit que jetais obligée de renoncer entièrement à ces dangereuses conversations , je ne doute point qu'ils n'eussent remédié à ce mal. >
On peut dire que ces trois choses qui mirent la jeune Thérèse en si grand danger de son salut, sont la cause la plus ordinaire de la damnation d'un grand nombre d'àmes. Heureuses celles qui sont en état de profiler de son exemple, si elles travaillent à éviter les lilels que le démon leur tend d'abord par les lectures dangereuses et par les compagnies mondaines, et le piège plus caché d'une fausse pénitence, où il fail tomber fort souvent celles qu'il a séduites , en se servant de la corruption de leur cœur pour les conduire à des médecins qui flattent leurs plaies au lieu de les guérir.
La vie de notre Sainte, qui leur découvre ces trois écueils, leur fait voir aussi trois moyens de les éviter, dont Dieu se servit pour son salut. La lecture des bons