DE MÉDIRE— DU— CHAMP
tout temps et on tout lieu son ami , et quelle apparence que l'on ne pût faire oraison que dans le secret de la solitude ? J'avoue que les personnes qui sont dans l'action n'ont pas grand loisir pour prier; mais, mon Sauveur, quelle force n'a point auprès de vous un soupir qui procède du fond du cœur, par la peine de voir, qu'outre le déplaisir de demeurer dans cet exil , on ne nous donne pas le temps de jouir de la retraite de vos cérestes consolations ! Il parait, Seigneur, par ce que je viens de dire, que nous nous sommes rendues pour l'amour de vous esclaves de l'obéissance , puisqu'elle nous fait en quelque sorte renoncer au plaisir d'être à vous ; et il n'y a pas sujet de s'en étonner, lorsque nous considérons que, par une faveur que nul ressentiment ne peut égaler, elle vous a fait I aussi en quelque manière sortir du sein de votre Père éternel, pour vous rendre esclave des hommes.
Mais il faut prendre garde à n'oublier jamais dans l'action , quoique faite par obéissance cl par charité, d'élever souvent son esprit à Dieu. Croyez-moi , mes filles, l'âme ne lire point d'avantage des longues oraisons , lorsque l'obéissance et la charité l'appellent ailleurs ; et , au contraire, les bonnes œuvres la rendent en peu de temps beaucoup plus capable d'être embrasée de l'amour de Dieu que plusieurs heures de méditation. C'est de lui seul que nous devons attendre tout notre bonheur. Qu'il soit béni aux siècles des siècles. Ainsi soit-il.