CHAPITRE IX
De quelle sorte celle fondation se fil, sans y rencontrer aucune difficulté. Je me suis beaucoup éloignée de mon sujet ; mais il sf> pourra faire
DE UALAGON. "il
que les avis que je viens de donner seront plus utiles que le récit de nos fondations.
Étant donc dans le monastère de Médine-du-Champ, ce m'était une grande consolation de voir que les sœurs marchaient sur les pas de celles de Saint-Joseph d'Àvila, par leur amour pour l'observance , leur charité , et leurs dispositions intérieures ; comme aussi de considérer le soin que Noire-Seigneur prenait de cette maison consacrée à son service, tant pour ce qui regardait notre église, que notre subsistance. 11 y entra alors quelques filles, qu'il paraissait bien qu'il avait choisies pour affermir cet édifice spirituel. Car ces commencements dépendent de tout, parce que celles qui viennent ensuite n'ont qu'à marcher dans le chemin qu'elles trouvent déjà marque.
Il y avait à Tolède une sœur du duc de Medina-Celi, auprès de laquelle j'avais demeuré quelque temps, par l'ordre de mes supérieurs, ainsi que je l'ai rapporté fort particulièrement en parlant de la fondation de Saint-Joseph d'Avila. Lorsque cette dame sut que j'avais le pouvoir de fonder des monastères, elle me pressa extrêmement d'en établir un dans une petite ville qui lui appartenait, nommée Malagon. Mais je ne pouvais m'y résoudre, a cause que le lieu était si peu considérable, que pour pouvoir y vivre, on serait contraint d'avoir du revenu, à quoi j'avais une grande répugnance.
J'en communiquai avec des personnes savantes et avec mon confesseur, et ils me dirent que puisque le concile permet d'avoir du revenu, je ferais mal, pour suivre mon sentiment, de refuser d'établir un monastère où Dieu pouvait être bien servi. Cette raison jointe aux pressantes et continuelles instances de cette dame, me contraignirent de me rendre à son désir ; et elle donna un revenu suffisant pour l'entretien de ce monastère; ce que je croyais nécessaire, parce que je suis persuadée qu'une maison religieuse doit être dans une entière pauvreté, ou avoir moyen de subsister, afin que les religieuses n'aient pas besoin de rien demander à personne , et ainsi, j'ai toujours fait ce que j'ai pu pour empêcher que, dans ces maisons , aucune religieuse n'eût rien en particulier, et pour y faire garder aussi exactement nos constitutions que dans celles où l'on ne peut rien posséder.
Après que l'on fut convenu de tout ce qui regardait cette nouvelle fondation , j'envoyai chercher des religieuses pour l'établir. Nous allâmes avec cette dame à Malagon , et y demeurâmes plus de huit jours dans une chambre du château , à cause que la maison qui nous était destinée n'était pas encore en état de nous recevoir.
Le dimanche des rameaux de l'année 1568, nous accompagnâmes la procession à l'église , avec nos voiles baissés et nos manteaux blancs ; et en suite de la prédication, on apporta le très-saint Sacrement dans notre monastère ; ce qui donna de la dévotion à tout le peuple.
Quelques jours après, venant de communier, et étant en oraison, Notrc-Seigneur me dit: Qu'il ferait bien servi dans ce monastère. Il me
semble que je n'y demeurai pas plus de deux mois , parce que je me trouvais pressée intérieurement d'aller fonder celui de Yalladolid poulies raisons que je vais dire.
DU MONASTÈRE !>ES CARMÉLITES