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assis le long de la rivière, et qu'il était impossible de rendre la maison logeable pour des religieuses, sans une grande dépense.
Bien que je fusse fort lasse, il nie fallut aller entendre la messe dans un monastère de notre ordre, qui est à l'entrée de la ville , et j'en trouvai le chemin si loug , que cela redoubla ma peine. Je n'en témoignai rien à mes compagnes, de peur de les décourager; car, quoique faible, ce que Dieu m'avait dit me soutenait; et ma confiance en lui me faisait espérer qu'il y apporterait du remède. J'envoyai secrètement quérir des ouvriers, et leur fis faire quelques cloisons pour nous loger. Un des deux religieux qui voulaient embrasser la réforme, et Julien d'A\ Ma. ce bon prêtre dont j'ai parlé , étaient avec nous. Le premier s'informait de notre manière de vivre, et l'autre travaillait à obtenir la permission de l'ordinaire pour notre établissement, que l'on ne mettait point en doute avant que nous fussions arrivées. On ne put l'avoir sitôt, on nous accorda seulement de faire dire la messe dans le lieu dont nous avions fait une chapelle , et je l'y fis dire.
Cela ne me mit pas néanmoins l'esprit en repos touchant cette âme pour qui je la faisais célébrer, parce qu'encore qu'il m'eût été dit qu'elle serait délivrée à la première messe, je croyais que ces paroles s'entendaient de la messe qui se dirait lorsque l'on mettrait le saint Sacrement dans notre chapelle. Mais quand le prêtre , tenant entre ses mains la sainte hostie, vint à moi pour me communier, j'aperçus à côté de lui la figure de ce gentilhomme, qui, les mains jointes, et avec un visage gai et resplendissant, me remerciait de ce que j'avais fait pour le tirer du purgatoire ; et je le vis ensuite monter dans le ciel. J'avoue que la première fois que l'on me dit qu'il était en voie de salut, j'eus de la peine à le croire , à cause qu'il était , entre autres choses , si attaché au monde , qu'il me semblait que la vie qu'il avait menée donnait sujet d'appréhender pour lui une seconde mort. Mais il avait assuré mes compagnes que celte pensée de la mort lui était toujours présente. On voit par un tel exemple combien Notre-Seigneur considère les services que l'on rend à sa sainte Mère , et quelle est sa miséricorde. Qu'il soit béni et loué à jamais de récompenser ainsi par une bomie vie et une gloire éternelle nos bonnes œuvres, qui, étant si peu considérables par ellesmêmes, n'ont d'autre prix que celui qu'il lui plaît de leur donner.
Le 15 d'août de l'année 1568, jour de l'assomption de. la sainte Vierge , nous prîmes possession de ce monastère , et n'y demeurâmes pas longtemps , parce que nous y tombâmes presque toutes malades. Il y avait en ce lieu une dame, nommée madame Marie de Mendoce , femme du commandeur Cobos, et mère du marquis de Camarasa, trèsvertueuse et très-charitable, ainsi que ses grandes aumônes le faisaient assez paraître. Comme elle était sœur de levèque d'Avila, je l'avais connue dans le monastère que nous y avions , et reçu de grandes preuves de sa bonté pour moi et pour tout notre ordre. Elle la témoigna bien encore alors. Car, voyant qu'il paraissait impossible que nous de-
mewassioBS en ce lieu-là, tant à cause qu'il était si malsain, que parce qu'il était trop éloigné de la ville pour y recevoir des aumônes, elle me dit de quitter cette maison , et qu'elle nous en achèterait une autre beaucoup plus commode. Elle l'a exécute avec tant de libéralité, qu'elle ne nous a jusqu'ici laissé manquer de rien , et elle continuera sans doute toujours à nous assister de la même sorte.
Le jour de saint Biaise , nous allâmes en procession dans cette maison, accompagnées de tout le peuple, qui témoigne toujours d'y avoir une très-grande dévotion, à cause des grâces dont Dieu la favorise. Car Nôtre-Seigneur y a attiré des âmes si parfaites, que l'on pourra, avec le temps, écrire combien grande est leur sainteté , afin qu'on lui donne les louanges qui lui sont dues , de se servir de moyens si faibles pour faire de si grandes choses, et répandre ses bénédictions sur ses créatures.