CANTIQUE
Pour revenir à ce que j'avais commencé de dire, il faut que ces paroles du cantique que je vous ai proposées comprennent de grands mystères, puisque des personnes savantes, que j'ai priées de m'expliquer le véritable sens que le Saint-Esprit y a renfermé, m'ont répondu que tant de docteurs qui ont écrit sur ce sujet, n'ont pu encore y en trouver dont on soit demeuré satisfait. Ainsi vous auriez sujet de me croire bien présomptueuse si je prétendais d'y en donner un. Ce n'est pas aussi mon intention, et quoique je ne sois pas si humble que je devrais, ma vanité ne va pas jusqu'à me croire capable de réussir dans un tel dessein.
Je prétends seulement de vous dire des choses qui pourront peut-être vous consoler autant que je le suis, lorsqu'il plaît à Notre-Seigneur de me donner quelque petite intelligence de ce que l'on a dit sur ce sujet. Et quand même ce que j'en écrirai ne serait pas à propos, il ne pourra au moins vous nuire, puisqu'avant oue vous le voyez, ii sera examiné
par dos gens savants, et que pourvu que nous ne (lisions rien de contraire à la créance de l'Église et aux. écrits des saints, je crois que Notre- Seigneur nous permet de proposer les pensées qu'il lui plait de nous donner, de même qu'en méditant attentivement sa passion, nous pouvons nous représenter beaucoup de choses des tourments qu'il y a soufferts, que les évangélistes n'ont point rapportées ; joint que n'agissant i pas en cela avec curiosité, mais ne voulant que recevoir les lumières que Dieu nous donne, je ne saurais croire qu'il ait désagréable que nous cherchions de la consolation dans ses actions si admirables et ses paroles si saintes.
Comme un roi, au lieu de trouver mauvais qu'un jeune enfant qui lui plairait fût surpris de la beauté et de la richesse de ses habits, prendrait plaisir à voir l'étonnement qu'il en aurait, Notre-Seigneur n'a pas désagréable que nous autres femmes considérions avec admiration les trésors renfermés dans ses divines paroles, que nous nous flattions de la créance d'y comprendre quelque chose, et que nous fassions part aux autres de nos pensées après qu'elles auront été approuvées par des personnes savantes. Ainsi je ne prétends pas, mes filles, que vous me regardiez en ceci que comme ce prince regarderait cet enfant, ni vous proposer mes pensées qui pourront être mêlées de beaucoup d'impertinences, que comme une consolation que je me donne en les communicant à mes chères filles.
DE QUELLE SORTE SE DOIVENT ENTENDRE CES MOTS DE BAISER ET DIf