A MONSIEUR JACQUES ORTIS, BOURGEOIS DE TOLÈDE
Sainte Thérèse lui marque sa reconnaissance du dessein où il était de lui procurer un établissement à Tolède, et lui promet de se rendre incessamment dans celle ville, pour r exécution de cette fondation.
L'Esprit saint soit toujours dans votre âme, monsieur, et vous donne son saint amour et sa crainte. Ainsi soit-il.
1569. 9 janv. — Le père Paul Hernandès m'a mandé la faveur et la charité que vous me voulez faire en me fournissant les moyens d'établir à Tolède un couvent de notre ordre. Je ne doute pas que Nôtre- Seigneur et sa glorieuse Mère, ma protectrice et ma maîtresse, ne vous aient mis dans le cœur cette bonne œuvre qui sera , comme je l'espère , très-agréable à Dieu, et vous procurera un trésor de biens spirituels. Je supplie sa divine miséricorde de vous en combler ; et toutes nos sœurs , ainsi que tous nos pères joignent leurs prières aux miennes. Cette nouvelle m'a donné une grande consolation et un grand désir d'avoir l'honneur de vous connaître, pour vous assurer de vive voix de mon empressement à vous servir; regardez-moi , je vous prie, dès ce moment, comme une personne qui vous est dévouée.
Dieu m'a fait la grâce de faire cesser ma fièvre; je me presse le plus que je puis de mettre cette maison-ci dans l'état où je voudrais qu'elle fût ; et je compte que cela sera fait dans peu avec la grâce de Dieu. Je vous promets, monsieur, que je ne perdrai pas un moment, et que la considération de ma santé ne m'empêchera pas de me rendre près de vous tout au plus tôt, quand même la fièvre me reprendrait.il est juste, puisque vous faites tout pour Dieu, que je fasse aussi quelque petite chose de mou côté, en prenant du moins un peu de peine. Qu'avons— nous à désirer que de souffrir, nous autres qui prétendons marcher sur les pas de celui qui a passé sa vie dans les souffrances, sans qu'il les eût méritées ?
Je compte gagner de plus d'une façon dans cette affaire ; et d'abord , suivant ce que me marque le père Hernandès , ce sera un grand avan tage pour moi de faire connaissance avec vous. Je ne me suis soutenue jusqu'à présent que par les prières des bonnes âmes ; ainsi j'ose vous demander, pour l'amour de Dieu, de ne me point oublier dans les vôtres.
Suivant ce que je vois, et si la Providence n'en ordonne pas autrement , je serai à Tolède au plus tard vers la troisième semaine du carême. J'y arriverais plus tôt si je n'étais obligée de passer par les couvents dont il a plu à Dieu de permettre l'établissement ces années dernières ; je m'y arrêterai pendant quelques jours , mais ce sera toujours le moins que je pourrai, pour me conformer à vos intentions, et nous partirons d'ici incessamment. Au surplus, tout est déjà si bien
O.JV 1 ETTRE V.
arrangé de voire part, que je regarde cette affaire comme terminer, et
je n'ai autre chose à y faire qu'à admirer et louer le Seigneur. Puisse-
l-il vous conduire toujours par la main, i ous conserver longtemps dans
une saute parfaite, et >ous combler de ses grâces. Ce sont les vœux que
fait pour vous,
Monsieur,
Voire indigne servante,
Thérèse de Jésus, carmélite.
REMARQUES
Celle lettre est adressée à un bourgeois de Tolède, qui avait proposé à la Sainte la fondation d'un couvent de carmélites déchaussées dans celle ville. La Sainte rencontra dans ci établissement plus de difficultés qu'elle n'avait cru, de la pari de ce bourmême, mais elle les surmonta par sa constance, comme on peut voir par le livre île se* Fondations.
L'année où celte lettre a été écrite n'est point marquée dans le texte ; mais on ne pont la placer qu'en l'année 1569, puisque la Sainte, lorsqu'elle l'écrivit, se disposait a se rendre incessamment à Tolède, et qu'elle aniva dans cette ville le U mars lotit). An resti', Jacques Oi lis ne se mêlait de celte fondation que parce qu'il était gendre d'Alphonse K. unirez, qui n'agissait que par ses conseils ; ci celui-ci ne faisait qu'exécuter Ks dernières volontés de feu Martin Ramirez, sou frère. Voyez le lhre des Fondations.
On trouvera plus loin trois lettres écrites au même Jacques Orlis.